Eau douce: l'Antarctique étanchera bientôt la soif de l'humanité

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Par Nikolaï Osokine, de l'Institut de géographie de l'Académie russe des sciences, pour RIA Novosti.
Par Nikolaï Osokine, de l'Institut de géographie de l'Académie russe des sciences, pour RIA Novosti.

L'Antarctique a déjà dévoilé beaucoup de ses secrets, mais tellement d'énigmes attendent encore une solution... Par exemple, les scientifiques ne sont toujours pas en mesure aujourd'hui de déterminer la balance de sa calotte glaciaire, c'est-à-dire la quantité de neige qu'elle reçoit chaque année et la glace qu'elle perd sous forme d'icebergs. Un vaste programme scientifique intitulé "l'Année polaire internationale 2007-2008", incluant des scientifiques de plus de 60 pays, a débuté au printemps de cette année dans les régions polaires du globe, afin de résoudre cette question et bien d'autres encore. Il était nécessaire d'unir les forces scientifiques, parce que seuls de grands programmes complexes permettent d'obtenir des connaissances vraiment nouvelles sur la nature.

Ce projet a été initié par les scientifiques russes. En 2004, l'Organisation météorologique internationale (OMI) et le Conseil international pour la science (ICSU) ont soutenu cette idée. Le célèbre géographe et glaciologue de l'Académie russe des sciences Vladimir Kotliakov fait partie des membres du Comité de coordination pour la préparation et le déroulement de l'Année polaire internationale 2007-2008. Ce comité a élaboré le programme scientifique commun de l'Année polaire internationale, contenant plus de 200 projets des scientifiques russes.

Le programme permettra d'obtenir des informations complexes sur les différents composants des milieux naturels de l'Arctique et de l'Antarctique et de créer un système pour recueillir des données sur les régions polaires. Peut-être obtiendra-t-on des évaluations fiables et précises sur les évolutions actuelles et les prévisions concernant les changements climatiques à venir, ainsi que sur la situation de l'environnement naturel. Dans les faits, les résultats devraient principalement être des recommandations scientifiques.

Des éléments aussi importants que les icebergs seront étudiés au fil de différents projets. Ils reflètent en effet la situation actuelle des glaces en Arctique et en Antarctique. Et s'ils ont un lien avec les questions de navigation ou de construction de plateformes pétrolières au pôle nord, au pôle sud, c'est de l'utilisation des glaciers comme ressource en eau douce dont il est question.

Selon l'OMI, le ravitaillement en eau douce est l'un des principaux obstacles au développement durable. Aujourd'hui encore, un tiers de la population mondiale habite des pays où l'eau manque de manière chronique. Si les tendances actuelles se poursuivent, en 2025, la pénurie d'eau touchera les deux tiers de la population mondiale. L'Antarctique pourrait alors nous aider à étancher la soif de l'humanité.

Chaque année, ce continent rend à l'océan des milliers de km3 de glace propre, sous forme d'icebergs. Ces blocs mesurent de quelques dizaines de mètres à des centaines de kilomètres. L'un de ces monstres de glace a par exemple mesuré 160 km de long pour une largeur d'environ 70 km et une épaisseur de 250 mètres. Les gros icebergs peuvent vivre de 8 à 12 ans. Les courants et les vents marins les transportent assez souvent des régions du pôle sud jusqu'aux 40-50e parallèles. Si l'on utilise ces voies de migration naturelles des icebergs, dans un futur proche, il sera techniquement possible de transporter des blocs de glace de 0,1 km3, à l'aide de remorqueurs, jusque sur les rives africaines.

La question de l'utilisation des icebergs comme ressource en eau potable est d'autant plus importante que ces dix dernières années, on a constaté une dégradation de la situation écologique des rivières, lacs et réserves d'eau dans de nombreux pays. Cela est lié en premier lieu à l'influence grandissante sur l'eau des activités humaines, laquelle se manifeste par la diminution des ressources en eau et la dégradation de leur qualité. La population mondiale n'utilise aujourd'hui que 0,01% de l'eau douce à sa disposition. Mais où est donc tout le reste? 70% de cette eau est conservée dans les glaciers de l'Antarctique. Ce vaste réservoir d'eau douce, des plus propres, s'enrichit chaque année de 2.500 km3 de glace.

La couche de glace de l'Antarctique augmente avec la neige qui s'y accumule. Cette masse de glace qui occupe plus de 12 millions de kilomètres carrés et mesure plus de 4 kilomètres d'épaisseur au centre, va du milieu jusqu'aux extrémités du continent. Ce gigantesque glacier se termine dans la mer et des morceaux s'en détachent en cas de situation instable, formant ainsi des icebergs. Ces géants de glace flottants, d'une superficie pouvant atteindre 10.000 km2, se détachent de glaciers continentaux qui occupent, eux, des centaines de milliers de kilomètres carrés. Certains ont une épaisseur de 200 à 400 mètres. Et chacun d'entre eux représente presque la quantité d'eau douce consommée par l'ensemble de la population mondiale en un an. Mais les quelques milliers d'icebergs habituels qui se détachent chaque année ne sont pas aussi grands. Leur longueur moyenne est d'un kilomètre, pour 500 à 600 mètres de largeur et une épaisseur pouvant aller jusqu'à 300 mètres. En ce moment, ce sont 4.700 km3 d'icebergs qui dérivent en permanence au large de l'Antarctique.

Il existe deux méthodes d'utilisation des icebergs pour obtenir de l'eau douce, encore au stade d'idées. La première consiste à les transporter. On propose de suivre les voies qu'ils empruntent naturellement à l'aide de remorqueurs, pour des icebergs de 100 m3. Il faudrait d'abord les recouvrir d'un film spécial, pour éviter une fonte trop importante, sans quoi ils disparaîtraient tout simplement au cours du voyage. La seconde méthode consiste à transporter de l'eau. Il s'agirait de briser les icebergs sur place à l'aide d'équipements spéciaux, puis de charger les morceaux de glace sur des tankers adaptés qui livreraient le précieux liquide directement aux consommateurs.

Utiliser les icebergs pour obtenir de l'eau douce n'est pas une idée nouvelle. En 1773 déjà, l'équipage du célèbre James Cook avait retiré 15 tonnes d'eau douce des icebergs de l'Antarctique pour son navire The Resolution. La situation n'a pas beaucoup changé depuis, aujourd'hui aussi on tire de l'eau douce des icebergs, mais en petite quantité, ce qui en fait une boisson exotique.

Cependant, il faut se rappeler qu'au cours du seul XXe siècle, la consommation d'eau dans le monde a été multipliée par sept, et cette tendance se maintiendra évidemment. Dans un futur très proche, les pays développés n'auront plus assez d'eau. Il deviendra alors économiquement viable d'ouvrir le robinet des icebergs.

 

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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