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La Sibérie orientale et l'Extrême-Orient sont l'avenir de la Russie

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MOSCOU, 24 janvier (par Igor Tomberg, chercheur à l'Institut d'économie relevant de l'Académie des sciences de Russie, RIA Novosti).

Le virage à l'est de la politique étrangère russe désormais axée sur l'approfondissement du partenariat avec la Chine, l'Inde et les autres pays d'Asie-Pacifique n'a pas échappé à l'attention des analystes et il ne pouvait ne pas avoir une incidence sur la vision que l'on a de la situation dans les régions orientales de la Russie.

Les objectifs énoncés par Vladimir Poutine en qualités de tâches prioritaires de sa seconde présidence - développement de l'infrastructure de l'économie, des transports et du secteur social de la Sibérie et de l'Extrême-Orient russe - focalisent l'attention des autorités. Le fait que pour son premier déplacement de l'année à l'intérieur du pays le président Poutine ait choisi la Iakoutie, la région la plus orientale du pays, n'a rien de fortuit.

La visite du chef de l'Etat en Iakoutie a révélé la nouvelle approche globale du centre vis-à-vis des rapports avec les régions. Le président a investi les dirigeants de la Iakoutie ainsi que le gouvernement fédéral d'une mission des plus importantes, celle de réaliser les projets nationaux globaux. Il s'agit notamment de projets ayant trait au secteur social, au développement du complexe pétrogazier de Sibérie orientale, du réseau routier et ferroviaire de la région, de la mise en valeur des gisements de houille et du développement de l'agriculture.

Près de 90% du gaz naturel, 70% du pétrole et du charbon sont extraits en Sibérie, c'est là que se trouvent la plupart des gisements de métaux non ferreux et rares. D'importantes réserves de matières premières chimiques y ont été prospectées. La Sibérie c'est aussi la moitié des réserves de bois, plus de 50% des ressources hydrauliques et hydroélectriques de la Russie.

Le président Poutine a donné des instructions en vue de dynamiser la création en Sibérie orientale et en Extrême-Orient russe un système unifié d'extraction et de transport du gaz. La Sibérie orientale recèle quelque 14% des ressources pétrolières russes, soit environ 10 milliards de tonnes de brut extractible. Le plateau continental russe, surtout dans la zone arctique, est particulièrement riche en gaz: approximativement 30% des richesses gazières russes.

La Sibérie orientale, la Iakoutie et Sakhaline totalisent près de 20% des réserves de gaz, soit plus de 40.000 milliards de mètres cubes de combustible. Les réserves et les ressources envisageables de gaz naturel de la Sibérie orientale et de l'Extrême-Orient russe permettent de créer dans cette région de nouveaux centres d'extraction qui assureront l'approvisionnement du marché russe et aussi l'exportation de ce combustible. Selon le Programme de création d'un système unifié d'extraction, de transport et d'approvisionnement en Sibérie orientale et en Extrême-Orient russe, les quantités de gaz extraites dans la région pourraient augmenter de plus de 10 fois d'ici à 2015 et de 15 fois d'ici à 2020 par rapport au niveau de l'année en cours.

Cependant, l'extraction et la réalisation de toutes ces richesses réclament de substantiels investissements. L'Institut de la géologie du pétrole et du gaz de la Section sibérienne de l'Académie des sciences de Russie a calculé que d'ici à 2020 quelque 26,5 milliards de dollars devraient être investis dans la prospection géologique en Sibérie occidentale.

Pas moins de 14,5 milliards de dollars devront être injectés en Sibérie orientale pour porter l'extraction de brut à 80 millions de tonnes d'ici à 2030. Quant au plateau continental de Sakhaline, il aura besoin de 2,8-3 milliards de dollars. De l'avis des experts sibériens, pour un prix de 26 dollars le baril, ces sommes ne représentent que pas plus de 2% du produit de la vente du pétrole et du gaz. C'est considérablement moins que ce que dépensent ordinairement les compagnies pétrolières. Ce qui signifie que le rendement de la prospection géologique sera élevé, ce qui pourrait susciter l'attrait de gros investisseurs. Le seul problème, c'est qu'il reste encore à séduire ces derniers. Pour le moment il est prévu d'investir dans la région pas moins de 2 milliards de roubles par an (70 millions de dollars) en 2005-2006.

Vladimir Poutine a mis l'accent sur l'importance du développement du complexe pétrogazier dans l'est du pays. Selon lui, ce développement pourrait être l'un des piliers de l'essor de l'ensemble de la région extrême-orientale. "Cela permettrait de couvrir les besoins intérieurs de la Iakoutie et aussi d'approvisionner en hydrocarbures le marché du District fédéral extrême-oriental et ceux de nos partenaires dans la région Asie-Pacifique", a dit le président.

Un important événement vient de se produire dans la création de la base pétrogazière orientale du pays. En effet, l'extraction du brut a commencé sur le gisement pétrogazier Verkhnetchonsk, le plus grand de Sibérie orientale. C'est de là que partira le futur pipeline Sibérie orientale-océan Pacifique (Taïchet-Nakhodka).

La pose de cette conduite devrait commencer en été 2006. Le président russe a déclaré que l'oléoduc partant de Sibérie orientale était un projet de portée nationale. Le pipeline Taïchet-Nakhodka rendra la Russie indépendante dans la région Asie-Pacifique et dopera le développement de l'Extrême-Orient russe et de la Sibérie orientale. En outre, lorsque le pipeline entrera en service en 2008 le territoire du Primorie cessera d'être une région subventionnée. En 5 ans les nouveaux emplois et les rentrées fiscales supplémentaires permettront au budget d'économiser environ 1,2 milliard de dollars.

Par ailleurs, cette conduite contribuera dans une grande mesure à l'intégration des économies des régions orientales de la Russie dans l'économie en plein essor de la région Asie-Pacifique. Dès 2003, au sommet de l'Association de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Bangkok, le président Poutine avait pour la première fois positionné la Russie en qualité de garant de la sécurité énergétique de la région Asie-Pacifique.

Par tradition, la Russie attache une attention prioritaire au volet énergétique de l'activité de l'APEC. A cet égard, le président du groupe industriel sud-coréen Deasung, David Kim, a déclaré qu'en 2030 la région Asie-Pacifique serait dépendante à 66% des sources extérieures d'hydrocarbures, et ce alors que le prix du brut ne cesse de grimper. Sur les 21 économies que l'on recense dans l'APEC, une seule, la russe, fournit de grandes quantités de pétrole et de gaz.

Dans le même temps, dans l'est de la Russie les problèmes sont bien plus nombreux que dans sa partie européenne. De l'avis des analystes russes, l'état dans lequel se trouve l'est du pays - la Sibérie orientale et l'Extrême-Orient russe - est la principale source de préoccupation interne pour la Russie. Surtout qu'au XXIe siècle c'est précisément dans l'est que la question de l'unité du pays se réglera.

Après l'éclatement de l'Union soviétique ces régions ont plongé dans une crise profonde. C'est la raison pour laquelle il est vital aujourd'hui de parvenir à la "double intégration" de la Sibérie et de l'Extrême-orient russe, tout en les conservant en tant que partie de l'espace russe et en faisant d'elles simultanément une composante de la région Asie-Pacifique en développement.

L'histoire de la Russie du XXe siècle a été marquée dans les années 70 par la grandiose épopée de la création du complexe pétrogazier de Sibérie occidentale. Le "phénomène ouest-sibérien" était un projet économique et géopolitique de portée mondiale sans précédent, dans le cadre duquel une richissime région pétrolifère avait été rapidement mise en valeur au prix de formidables investissements matériels et techniques. Aujourd'hui on nourrit les mêmes ambitions nationales, économiques , politiques et démographiques à l'égard de la Sibérie orientale et de l'Extrême-Orient russe.

Ce qui est essentiel pour un projet de cette envergure, c'est tout d'abord la mise en valeur globale des ressources et ensuite la volonté de ne pas simplement extraire les matières premières du sous-sol, mais aussi de créer une infrastructure pour les transformer en produits finis. Il est bien évident ici qu'il s'agit de toutes les ressources et pas seulement du pétrole et du gaz. La Russie n'a pas d'alternative à ce "virage à l'Est".

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