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Israéliens et Palestiniens: 60 ans après

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Par Maria Appakova, RIA Novosti
Par Maria Appakova, RIA Novosti

Les Israéliens fêtent ces jours-ci les 60 ans de la proclamation de l'indépendance de leur Etat. Les Palestiniens, eux, fêteront 60 ans de catastrophe nationale. Ni les uns ni les autres ne savent quand la paix s'installera dans leur région. Depuis 60 ans, c'est toujours la même question qui reste au premier plan de l'agenda proche-oriental: deux Etats, l'un arabe et l'autre hébreu, peuvent-ils coexister sur un même territoire?

Cela dit, même si la question reste la même, la situation a tout de même bien changé. L'Etat d'Israël existe depuis 60 ans déjà, en dépit de ses ennemis extérieurs et de ses problèmes intérieurs. Et aujourd'hui, excepté les fanatiques irréductibles, peu de gens remettent en question le droit à l'existence d'Israël. Ce droit a également été reconnu par des Etats arabes, certains l'ont fait officiellement, en signant la paix avec l'Etat hébreu, d'autres attendent encore, mais en tout cas le Proche-Orient n'est plus aujourd'hui prisonnier du mot d'ordre "tout ou rien". De leur côté, les Israéliens sont prêts à reconnaître l'Etat palestinien, et même à signer la paix avec la Syrie. La question est juste de savoir à quel prix.

"Nous rêvons de la paix, mais pas au prix d'une capitulation, nous n'accepterons pas un diktat", a déclaré à la veille du Jour de l'indépendance le président israélien Shimon Peres. Cependant, on ne voit pas comment éviter que le retrait des territoires occupés ne ressemble pour la majorité des Israéliens à une capitulation. Du moins, beaucoup de gens le pensent encore aujourd'hui, particulièrement à la lumière des événements de la bande de Gaza. Les Israéliens ont besoin de garanties de sécurité, garanties que l'administration palestinienne, paralysée par ses problèmes intérieurs, n'est aujourd'hui pas en mesure de leur fournir. Cela rend la paix presque impossible. Les Israéliens ne veulent pas d'une paix au prix de nouvelles guerres et donc de nouvelles pertes, ils préfèrent de loin la sécurité. Même si elle reste irréaliste sans une paix définitive.

Depuis la fondation de l'Etat, plus de 16.500 Israéliens sont morts sur les champs de bataille, et plus de 1.500 dans des attentats terroristes. Rien que pour l'année passée, 65 militaires et environ 20 civils ont trouvé la mort. Ce n'est pas par hasard que lors de la cérémonie en mémoire des victimes des guerres et des attentats, qui précède traditionnellement le Jour de l'indépendance, Shimon Peres a désigné Israël comme une "maison édifiée sur une mer de larmes". Aujourd'hui la liste tragique des victimes continue de s'allonger, et les nouvelles générations d'Israéliens se demandent quand la paix règnera enfin sur cette terre. Les Palestiniens, parmi lesquels les victimes se comptent en dizaines de milliers, se posent la même question.

Le président américain George W. Bush est attendu la semaine prochaine dans la région. Il doit participer aux cérémonies officielles à l'occasion des 60 ans de l'Etat d'Israël et, cela va de soi, ne pourra éviter les déclarations sur le déroulement des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens. Rappelons que Bush avait promis en novembre 2007 qu'un accord de paix serait conclu avant la fin de son mandat présidentiel. A un peu plus de six mois de cette échéance, le président américain se voit obligé de faire état d'un progrès dans les négociations.

Une semaine avant l'arrivée de Bush dans la région - en Israël et dans les territoires sous le contrôle de l'Autorité palestinienne - c'est sa secrétaire d'Etat Condoleezza Rice qui s'est rendue sur place. Elle a eu des entretiens tant avec le premier ministre israélien Ehud Olmert qu'avec Mahmoud Abbas. Après sa rencontre avec ce dernier, Rice a déclaré que l'objectif de faire aboutir les négociations était tout à fait réalisable, et Abbas d'ajouter que 90% du chemin avait déjà été fait. Les médias israéliens ont également relayé des progrès en la matière, à l'issue de la rencontre israélo-palestinienne qui s'est déroulée le lendemain de la visite de la secrétaire d'Etat américaine sous la présidence d'Olmert et Abbas et avec la participation des groupes de travail responsables de l'élaboration des conditions des accords de paix. Le porte-parole du premier ministre israélien Marc Regev a qualifié les négociations de "plus sérieuses jamais menées sur la question palestinienne".

Peut-on croire à toutes ces déclarations, en considérant qu'hier encore Abbas a reconnu que ces six derniers mois les parties n'ont pas ajouté une seule lettre au projet d'accord de paix? Certaines sources palestiniennes évoquent de plus en plus souvent une possible démission d'Abbas en cas d'échec des négociations, et ce n'est pas anodin. Il est vrai, aucune déclaration officielle n'a été faite à ce sujet, et il s'agit probablement d'un chantage envers Israël et les Etats-Unis afin qu'ils accélèrent les négociations et fassent preuve de plus de souplesse. Parce qu'en cas de démission d'Abbas, il n'y aura plus personne avec qui conclure des accords de paix, du moins avant un certain temps. D'un autre côté, de quel compromis peut-il être vraiment question? Les 10% sur lesquels, à en croire Mahmoud Abbas, les deux parties doivent encore tomber d'accord ne seront-ils pas finalement une pierre d'achoppement?

Comme l'écrit le journal israélien Haaretz, la partie israélienne est prête à libérer 90% du territoire qu'elle occupe en Cisjordanie. Les Palestiniens insistent sur le chiffre de 98%. Tout cela dans un contexte où les deux parties démentent officiellement toute information provenant de "sources bien informées" évoquant de près ou de loin des chiffres ou des projets précis. Mais chacun sait que le principal problème réside dans les négociations sur le statut de Jérusalem. La partie palestinienne n'a aucune intention de renoncer à son droit de considérer Jérusalem-Est (Al-Quds) comme la capitale de son Etat. Pour le premier ministre israélien, accepter une séparation de la ville équivaudrait à un suicide politique.

Même sans cela, l'avenir du gouvernement d'Olmert est extrêmement flou. La coalition gouvernementale qu'il dirige est composée de 64 députés, pour une majorité se situant à 61. La menace d'un échec du gouvernement et de l'organisation de nouvelles élections est une réalité objective, d'autant qu'Olmert fait l'objet de poursuites judiciaires, dont le motif reste inconnu de la société israélienne en vertu d'une décision du tribunal. Les juges ont préféré éviter toute agitation superflue à la veille des fêtes et de la visite de George W. Bush. Cependant, de nombreux experts estiment qu'il s'agit d'un nouveau scandale de corruption. Ce genre de poursuites à l'encontre de personnalités israéliennes ne sont pas rares, et beaucoup dans le pays relèvent déjà une tendance: à chaque fois qu'un politique ou un autre se trouve proche d'avancées significatives dans le processus de paix, les poursuites judiciaires s'intensifient autour de lui. Beaucoup parviennent à se maintenir au pouvoir, mais cela demande des compromis non plus avec les Palestiniens, mais avec leurs partenaires dans la coalition. Dans le cas d'Olmert, il s'agit d'ailleurs du refus de séparer Jérusalem en échange du maintien dans la coalition du parti orthodoxe Shass.

D'ailleurs, même si Olmert prend le risque, il devra obligatoirement faire ratifier toutes les ententes intervenues par la Knesset et, selon toute vraisemblance, par un référendum national. Ce référendum pourrait parfaitement être remplacé par des élections qui confirmeraient la légitimité des actions d'Olmert dans les négociations de paix. Mais a-t-il une chance de l'emporter? La même procédure attend Mahmoud Abbas, qui n'a pas proposé par hasard d'organiser prochainement en Palestine des élections législatives et présidentielle. Cette idée est cependant tombée à l'eau avec la prise du pouvoir du Hamas à Gaza en été 2006. Et sans son accord, il est impossible d'organiser des élections.

Ainsi, Abbas comme Olmert devront surmonter de nombreuses difficultés, en premier lieu intérieures, pour avancer sur le chemin de la paix. Y parviendront-ils, ou faudra-t-il encore attendre 60 ans?

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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