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Le BRIC fait son chemin à Ekaterinbourg

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Par Dmitri Kossyrev, RIA Novosti
Par Dmitri Kossyrev, RIA Novosti

Difficile d'évaluer le bilan des discussions des ministres des Affaires étrangères des quatre pays "leaders mondiaux de demain" à la lecture des documents adoptés à l'issue de leurs négociations. Rappelons qu'il s'agissait de deux rencontres: celles du RIC et du BRIC (Russie, Inde et Chine, ensuite cette même troïka s'est entretenue avec le Brésil). Mais des rencontres bilatérales ont également eu lieu. Par exemple, Sergueï Lavrov a discuté avec son homologue chinois Yang Jiechi de la prochaine visite du président russe Dmitri Medvedev en Chine, après quoi il a rencontré son homologue indien Pranab Mukherjee et examiné avec lui la tenue de l'Année de la Russie en Inde, qui s'avère être peu brillante. Le chef de la diplomatie brésilienne Celso Amorim a fait de même, en débattant de problèmes bilatéraux avec ses collègues.

Le monde extérieur a été tenu au courant de ce marathon diplomatique par deux communiqués. Mais la plupart de ces documents sont habituellement écrits à l'avance et arrangés lors de rencontres de travail. D'ailleurs, de nombreux points ne sont même pas examinés sérieusement, car on sait déjà par exemple que ces quatre puissances mondiales se prononcent pour un monde multipolaire et le rôle central de l'ONU. C'est bien compréhensible, car chacune d'entre elles est un "pôle", c'est-à-dire un puissant centre d'influence global et régional. Quant aux prévisions qui font d'au moins deux de ces quatre pays - la Chine et l'Inde - les futures premières économies du monde, ils ne font que renforcer leur enthousiasme au sujet de la multipolarité.

Il est également évident que les leaders de demain ont déjà suffisamment de forces et de possibilités pour parler des droits et des libertés de l'homme en évitant les deux poids, deux mesures, et en tenant compte des particularités de chaque civilisation dans le monde. Tout cela est évoqué dans les communiqués, de même que le problème du Kosovo, dont la proclamation unilatérale d'indépendance est contraire au droit international. A vrai dire, le problème du Kosovo n'a pas préoccupé le Brésil et les communiqués ne le mentionnent pas. En revanche, la Russie, l'Inde et la Chine se rendent compte de ce qui arrivera si chaque organisation terroriste commence à proclamer l'indépendance du territoire qu'elle a envahi.

Bref, toutes ces coïncidences de positions étaient prévisibles et il n'était pas nécessaire de se déplacer à Ekaterinbourg pour rappeler une fois de plus la façon dont raisonnent les candidats au leadership mondial. Mais certains résultats plus intéressants sont toutefois à mettre en évidence.

Et ces résultats sont très différents, car le RIC et le BRIC ne peuvent être confondus. Pour le RIC, il s'agissait de la huitième rencontre, alors que pour le BRIC, c'était la troisième.

D'après les données dont on dispose, la Russie, l'Inde et la Chine ont fermement déclaré pour la première fois que la vieille idée du dialogue tripartite entre hommes politiques et diplomates de l'échelon supérieur s'était avérée fertile, qu'elle engendrait de nombreux résultats secondaires, ce qui est toujours un signe de succès. Il s'agit de résultats peu perceptibles pour le monde environnant: c'est ainsi, par exemple, que se présentait au départ le mouvement vers l'intégration au sein de l'UE ou de l'ASEAN.

En l'occurrence, il est question de la naissance d'une coopération entre les trois pays dans le domaine de l'agriculture, du début d'un dialogue régulier entre les milieux d'affaires et les grands experts, ainsi que de contacts dans le domaine de la Santé publique et de la médecine. La Russie a également proposé de contribuer à des programmes culturels tripartites. Tout cela prend déjà l'apparence d'une organisation, ou peu s'en faut.

C'est la rencontre du RIC à Harbin (Chine) en octobre dernier qui doit être considérée comme le point de départ de ce mouvement. La prochaine réunion tripartite doit se tenir en Inde et il ne fait aucun doute que cette tendance continuera à se développer.

La déclaration faite par les trois ministres sur l'Asie centrale, région située, pour ainsi dire, à la jonction des frontières des trois pays, mérite l'attention. L'influence des pays du RIC y est plus grande qu'ailleurs. Les communiqués ne soufflent mot au sujet de l'admission de l'Inde à l'Organisation de coopération de Shanghai (un vieux sujet délicat). En revanche, Moscou et Pékin saluent l'intensification de l'activité de New Delhi au sein de l'OCS, c'est-à-dire en Asie centrale, dans le cadre de son rôle actuel d'observateur. C'est là un progrès évident.

L'Iran joue également un rôle important dans la politique centrasiatique. Bien que les incessantes diatribes lancées par Téhéran à l'adresse de l'Occident ne soient appréciées par aucun des pays du RIC, personne ne conteste le droit de l'Iran à avoir un programme nucléaire civil. On sait que la Chine et la Russie ont contrôlé la situation en la matière au cours des négociations. A présent, la position de l'Inde est devenue plus claire, surtout après la récente visite de Mahmoud Ahmadinejad à New Delhi. Il faut relever que les trois pays du RIC considèrent l'UE et les Etats-Unis comme leurs principaux partenaires économiques, et n'ont par conséquent aucune intention de leur lancer des défis. Quant à la stabilité de la région, il faut s'en préoccuper ensemble, ce qui a été fait à Ekaterinbourg.

Par rapport à ce trio cohérent, les résultats du BRIC sont plus modestes. En fait, l'objectif du ministre brésilien était de découvrir de nouveaux marchés pour son pays et d'établir une coopération avec de nouveaux partenaires. Cette politique ne date pas d'hier. A en juger par la structure de ses échanges commerciaux, le Brésil a abandonné depuis longtemps l'alignement "latino-américain" exclusif sur les marchés du Nouveau monde. Les Brésiliens entretiennent de sérieux contacts avec les pays africains, arabes, et cette capacité à diversifier leurs relations est l'un des éléments qui suggère aux analystes que ce pays aura dans le futur un rôle particulier dans le monde.

La rencontre du BRIC s'est distinguée par son accent énergétique, compte tenu de deux facteurs. Primo, l'Inde et la Chine sont importateurs de ressources énergétiques, secundo, le Brésil expérimente les biocarburants et se passionne pour le nucléaire civil. En ce sens, il ressemble plus à l'Inde qu'à la Chine.

Dans l'ensemble, on peut déjà affirmer que ces quatre futures puissances économiques ont déjà intégré l'habitude d'entretenir des contacts réguliers afin d'éviter les heurts dans leur quête de nouveaux marchés, de ressources et d'avantages politiques. Quant à évoquer une véritable coopération économique, il s'agit plutôt, pour l'instant, de tentatives en vue de la rendre possible.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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