Revue de la presse russe du 11 août

MOSCOU, RIA Novosti

Vremia novosteï

Conflit en Ossétie du Sud: un échec pour toutes les parties engagées

Pour la première fois depuis le démembrement de l'URSS, la Russie mène des opérations militaires de grande envergure contre un pays auquel elle est liée par des liens historiques, culturels et humains très étroits: quelle que soit l'origine de ces événements, ils constituent un échec pour la politique de toutes les parties engagées dans le conflit, lit-on lundi dans le quotidien Vremia novosteï.

Depuis que le statu quo qui s'était maintenu pendant environ dix ans dans les zones de conflit s'est fragilisé, la politique russe est devenue de plus en plus contradictoire. Le désir de jouer en même temps le rôle de médiateur neutre cherchant à maintenir la paix et celui de protecteur, garant de la sécurité de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, s'est révélé préjudiciable à ces deux statuts. A un moment donné, Moscou a cessé de fait d'essayer de contribuer à un règlement politique en misant sur l'extension de la coopération avec Tskhinvali et Soukhoumi et l'arrêt des aggravations en cours. Ce faisant, la Russie tentait de rester formellement dans le cadre juridique existant, ce qui entrait de plus en plus en contradiction avec la réalité.

Certes, ce n'est pas le moment de mettre en question les rapports entre la Russie et les autorités des Etats non reconnus. Le devoir de Moscou est de les défendre et de garantir l'inviolabilité de leurs territoires. Mais lorsque la guerre prendra fin, il faudra absolument tirer au clair à tête reposée le problème suivant: dans quelle mesure les intérêts des dirigeants sud-ossètes et abkhazes coïncident avec ceux de la Russie et combien de fois Tskhinvali ou Soukhoumi ont mené un jeu indépendant en vue d'aggraver la situation et d'atteindre ainsi leurs objectifs.

Les actions de Mikhaïl Saakachvili ont leur propre logique. Son programme maximum est d'envahir instantanément la région et d'annoncer le rétablissement de l'intégrité territoriale. Si ce plan avait réussi, l'intervention de la Russie aurait été plus difficile. En effet, Moscou n'avait formellement jamais contesté l'appartenance de l'Ossétie du Sud à la Géorgie, et les vainqueurs ne peuvent pas être jugés, ce que la Russie sait bien par sa propre expérience tchétchène. En outre, l'Occident n'aurait pas exigé le retrait des troupes géorgiennes. La guerre éclair n'a pas eu lieu, par contre, un autre objectif est atteint: Moscou est entraîné dans la guerre et il ne peut plus être considéré comme médiateur.

Les événements d'Ossétie du Sud montrent bien le piège dans lequel est tombée la politique américaine dans l'espace postsoviétique. Washington est intervenu activement dans ces événements en misant sur des régimes loyaux. Mais les Etats-Unis n'ont la possibilité ni de les "brider", ni de prendre leur défense en cas d'aggravation. Mais les Etats-Unis ne peuvent pas non plus rester à l'écart: trop de promesses ont été faites. Tout cela fait de la présence américaine un facteur de déstabilisation.

L'Union européenne est incapable, comme d'ordinaire, de formuler une position unanime. Les instruments politiques dont dispose l'UE ne fonctionnent pas et l'activité apparente de l'Europe dans la région ne fait que stimuler les actions de Tbilissi, en inspirant l'espoir de pouvoir bénéficier d'un soutien qui ne sera, en réalité, pas apporté. Certes, le lobby antirusse de l'UE s'efforcera de tirer le maximum de ces événements: les pays baltes et la Pologne ont déjà appelé à une révision radicale des rapports avec Moscou.

Auteur: Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Rossia v globalnoï politike (La Russie dans la politique globale).

Nezavissimaïa gazeta, Moskovski komsomolets, Izvestia

Saakachvili n'obtiendra pas le soutien de l'OTAN

Les analystes russes prévoient que l'Occident n'apportera pas un soutien direct au régime ambitieux du président géorgien, que la guerre prendra prochainement fin et que le conflit caucasien reviendra dans le domaine purement politique, lit-on lundi dans les quotidiens Nezavissimaïa gazeta, Moskovski komsomolets et Izvestia.

"La tentative de Mikhaïl Saakachvili de présenter ce conflit comme russo-américain n'a pas été soutenue, écrit dans le journal Moskovski komsomolets Nikolaï Zlobine, directeur des programmes russes et asiatiques du Centre d'information militaire des Etats-Unis. Bien entendu, ce pays est important pour l'Amérique sur le plan géopolitique, comme pour tout autre Etat prétendant à l'hégémonie mondiale. Mais M. Saakachvili n'a pas bénéficié et ne bénéficiera pas du soutien sur lequel il comptait, entre autres, de la part de pays de l'OTAN. Ils n'arrivent pas à comprendre pourquoi ils devraient entrer en conflit avec la Russie sur un problème qui suscite des points de vue partagés. L'indépendance et le caractère incontrôlable de Mikhaïl Saakachvili commencent à préoccuper".

Selon le quotidien Nezavissimaïa gazeta, "alors que les avions russes bombardent les banlieues Est de Tbilissi où se trouve une usine aéronautique qui produit des Su-25 et que les dirigeants américains tardent à apporter une aide militaire à la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili commence à se sentir mal à l'aise". Se référant à l'opinion de la majorité des analystes américains, le journal affirme: "S'il faut échanger la Géorgie contre l'Iran, les Etats-Unis le feront, car les ambitions nucléaires de Téhéran préoccupent bien plus la Maison Blanche que les ambitions politiques de Tbilissi. C'est la géopolitique, il n'y a là rien de personnel".

"Il est absolument exclu que les troupes de l'OTAN soient entraînées dans la guerre, affirme dans les Izvestia Alexandre Khramtchikhine, chef du service analytique de l'Institut d'analyse politique et militaire. Les armées européennes ont une peur panique des pertes, une guerre contre la Russie est impossible pour elles. Il en est de même pour les Etats-Unis qui sont entièrement absorbés par l'Irak et l'Afghanistan. Seule la Turquie qui, à la différence de ses alliés à l'OTAN, ne craint pas les pertes, pourrait théoriquement venir en aide à la Géorgie. Mais il n'est pas certain que Tbilissi le veuille: cette aide pourrait se transformer en une forme d'occupation de toute la Géorgie. D'autre part, pour une opération qui conduira probablement à une confrontation militaire directe avec la Russie, la Turquie demandera beaucoup: aux Etats-Unis, une importante aide économique et militaire, à l'Europe, des garanties d'admission à l'UE. On soupçonne que ni Washington ni Bruxelles ne considéreront le sort de la Géorgie comme assez critique pour eux pour pouvoir payer un tel prix".

De l'avis de l'expert, "la guerre prendra certainement fin dans les jours qui viennent et le conflit reviendra dans le domaine purement politique. Mais il faut se rendre compte du fait que nous avons maintenant à nos frontières méridionales non seulement un pays inamical, mais aussi un ennemi direct avec qui il sera bien plus difficile de mener des négociations".

Vedomosti

Conflit en Ossétie: la Russie mal engagée dans la bataille de l'information

La Russie devra bientôt enterrer ses soldats et les civils tués en Ossétie du Sud, guérir les plaies du corps et de l'âme des réfugiés et des militaires, reconstruire les maisons et les infrastructures détruites, mais une tâche non moins importante l'attend: prouver son bon droit, au sens large du terme, lit-on lundi dans le quotidien Vedomosti.

Quelles que soient les conséquences de l'opération terrestre, ses conséquences dans l'interprétation des principaux médias du monde, dans la compréhension des leaders de la planète et dans la conscience des simples citoyens sont claires: les autorités russes ont permis à Tbilissi de remporter une guerre éclair sur les ondes.

Pour gagner la guerre de l'information, aussitôt après les premiers tirs sur Tskhinvali, Moscou aurait dû constituer et envoyer dans la région un groupe le plus représentatif possible de journalistes étrangers, sous une escorte russe. Il fallait donner tout de suite la parole aux représentants de la mission de l'OSCE en Ossétie du Sud qui auraient confirmé les données sur les destructions et les victimes parmi les civils et les soldats de la paix. Les tirs des unités géorgiennes sur les civils et les forces de maintien de la paix constituent une violation grossière du droit international, et les coupables doivent comparaître devant un tribunal international. Mais les chaînes officielles russes ont évoqué le caractère inapproprié de Mikhaïl Saakachvili et de ses contacts avec les Etats-Unis, ce qui est d'emblée parfaitement évident.

Prenant la décision de renforcer les forces de maintien de la paix sur le territoire du pays voisin, il fallait la rendre publique et l'expliquer du point de vue des procédures du droit international.

Même si l'interprétation de la partie russe aurait semblé insatisfaisante pour certains, elle aurait au moins été présente dès le début sur les ondes. Elle aurait été citée ensuite par tous les médias mondiaux. La présence sur les ondes d'une information est aussi importante que son contenu.

Beaucoup de temps a été perdu, mais la Russie peut encore retourner en sa faveur la bataille de l'information. Pour cela, il faut passer rapidement à l'offensive dans les médias. Il faut publier beaucoup d'interviews et présenter inlassablement la position russe sur tous les problèmes majeurs. Il faut parler des actions de l'armée géorgienne au début des hostilités, prouver la légitimité de la participation de contingents supplémentaires de l'armée russe dans la zone du conflit, parler du droit de la Russie de renforcer le contingent de maintien de la paix, de l'envergure de la catastrophe humanitaire et de la violation des accords internationaux par Tbilissi.

En outre, les dirigeants russes doivent stopper l'afflux de volontaires et retenir les têtes brûlées prêtes à transformer l'opération, qui vise à contraindre la Géorgie à la paix, en guerre de grande envergure contre un Etat voisin. Enfin, il faut éviter à tout prix que se produise quelque chose semblable à la campagne antigéorgienne de l'automne 2006. Il faut éviter de donner à Tbilissi une chance de présenter le conflit avec Moscou comme une confrontation entre la Russie et le monde civilisé.

RBC Daily, Kommersant

Conflit en Ossétie du Sud: chute des indices boursiers russes

Le déclenchement d'opérations militaires en Ossétie du Sud a entraîné une chute considérable des cotations sur le marché russe des valeurs, lit-on lundi dans les quotidiens RBC Daily et Kommersant.

De l'avis des experts, le marché russe ne pourra rétablir ses positions qu'en cas de cessation prochaine des actions militaires. La Géorgie a également essuyé des pertes: Standard & Poor's et Fitch ont réduit leurs notes pour le pays.

L'indice RTS a perdu 6,51% vendredi pour atteindre son plus bas depuis 2006. La chute des cotations a concerné tous les secteurs sans exception. Selon Oleg Viouguine, président du conseil des directeurs de la MDM Bank, l'évolution du marché russe des valeurs dépendra de la durée du conflit et de la "façon dont les hommes politiques pourront le régler".

"La situation actuelle n'est pas comparable même avec l'époque de Ioukos. En ce moment, tout est bien plus sérieux, a indiqué Sergueï Jarov, directeur de CIT Finance chargé des opérations sur le marché des capitaux. En 2004, une seule entreprise avait pâti des événements négatifs, tandis qu'aujourd'hui plusieurs facteurs agissent simultanément". "La situation s'assombrit de jour en jour: il y a d'abord eu le conflit autour de TNK-BP, ensuite celui autour de Mechel, à présent, la situation s'est aggravée dans le Caucase", indique Denis Filippov, chef de la direction des opérations de courtage chez Renaissance online.

D'après les analystes de la compagnie BrokerCreditService, si le conflit armé s'étend à d'autres territoires, cela pourrait déstabiliser la situation dans la région de la mer Noire et discréditer la Russie en tant que fournisseur stable de ressources énergétiques. Alors, les cotations des compagnies russes pourraient continuer leur chute jusqu'à ce que le RTS atteigne 900-1.000 points.

D'ailleurs, Andreï Stoïanov, directeur du département d'analyse des marchés financiers de Rosbank, aborde la situation qui s'est créée de façon plus optimiste. D'après lui, le départ des investisseurs occidentaux du marché russe s'explique par la surestimation des risques sur le marché des Etats-Unis, et non pas par l'accroissement des risques politiques en Russie ou les événements qui ont lieu en Géorgie. "Rappelons-nous de l'affaire Ioukos. Les non-résidents étaient revenus sur le marché russe quelques mois après l'arrestation de Mikhaïl Khodorkovski. Il se peut que la même chose se répète cette fois-ci", affirme le financier.

Pendant ce temps, vendredi soir, les agences de notation Standard & Poor's (S&P) et Fitch ont réduit leurs notes pour la Géorgie. S&P a baissé la note à long terme du pays de B+ à B. Un communiqué de l'agence indique que les déclarations de la Géorgie et de la Russie prouvent que leurs gouvernements ont fermement pris le chemin de la guerre, ce qui se répercutera négativement sur l'afflux d'investissements étrangers en Géorgie.

Dans le même temps, les agences de notation n'ont rien dit à propos d'une éventuelle détérioration des notes pour la Russie. Les experts estiment que, tant que le conflit garde un caractère local pour la Russie, la diminution de ses notations est peu probable.

Ces articles sont tirés de la presse et n'ont rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti.

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