Revue de la presse russe du 21 août

MOSCOU, RIA Novosti

Nezavissimaïa gazeta/Vedomosti

Abkhazie-Ossétie du Sud: les signes d'une reconnaissance russe se multiplient

Moscou est prêt, semble-t-il, à réagir positivement à la volonté exprimée par les Abkhazes et les Sud-Ossètes: Sergueï Mironov, président du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe), a évoqué mercredi une possible reconnaissance de l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, lit-on jeudi dans les quotidiens Nezavissimaïa gazeta et Vedomosti.

Les sénateurs et les députés de la Douma (chambre basse du parlement russe) ont même cité une date pour cela: le 25 août.

Le leader sud-ossète Edouard Kokoïty a été reçu mardi par Dmitri Medvedev à la résidence présidentielle de Botcharov Routcheï. Le dirigeant abkhaze Sergueï Bagapch s'est quant à lui rendu mercredi dans la résidence du président russe à Sotchi. L'avenir des républiques non reconnues a été le sujet principal des rencontres. Les deux leaders ont transmis au président russe les textes des futures demandes officielles de reconnaissance. Comme l'a indiqué Sergueï Bagapch, celles-ci seront adressées à Moscou après leur approbation par les assemblées législatives des deux républiques. Elles ont été approuvées mercredi à Soukhoumi et Tskhinvali par les députés abkhazes et sud-ossètes, et doivent l'être aujourd'hui lors de rassemblements populaires.

Dmitri Medvedev avait assuré dernièrement aux leaders des républiques non reconnues que la Russie soutiendrait toute décision qui serait prise par les peuples sud-ossète et abkhaze et qu'elle en serait le garant.

Comme l'a fait remarquer Zoulfia Nigmatoullina, chef du département juridique du Conseil de la Fédération, dans la mesure où aucun texte international régissant la procédure d'adoption de l'indépendance des Etats n'existe, en Russie, un décret du président suffira pour cela. "Le parlement peut applaudir une décision ou exprimer son mécontentement, cela n'a aucune importance juridique", a-t-elle déclaré. Mais, compte tenu de la position occupée par la Russie visant à défendre ses citoyens et de sa volonté de mettre fin à une agression, il s'agit d'un cas dans lequel le parlement doit manifester sa position politique, estime Dmitri Mezentsev, vice-président du Conseil de la Fédération.

De l'avis d'Alexander Rahr, directeur des programmes Russie-CEI (Communauté des Etats indépendants) au Conseil allemand de politique étrangère, il ne fait pas de doute que les deux républiques autoproclamées seront prochainement reconnues par la Russie. "Tout le monde a compris que l'espace postsoviétique ne pouvait pas être remodelé par l'Occident à sa guise. Il n'y a aucune possibilité pour cela. Si l'Occident tente de remanier l'espace postsoviétique, cela pourra entraîner un conflit avec la Russie, ce que l'Occident ne souhaite pas, en principe", a déclaré l'expert.

Cependant, la reconnaissance de la souveraineté de ces républiques par la communauté mondiale se heurtera à de grandes difficultés, estime Alexander Rahr: "Pour la Russie, le plus important en ce moment est de réfléchir à ce qui suit: qui soutiendra l'indépendance abkhaze et l'annexion de fait de l'Ossétie du Sud? Voici ce à quoi il faut penser, et non pas à la victoire dans la guerre géorgienne. Aujourd'hui, aucun pays occidental ne reconnaîtra l'Abkhazie. La Russie doit comprendre que l'Abkhazie aura le statut de la république turque de Chypre du Nord. Cela perturbera l'équilibre assez fragile de l'ordre mondial qui est en place depuis la fin de la guerre froide."

Vedomosti/Kommersant

Russie-OTAN: couper les ponts serait une erreur

La guerre en Ossétie du Sud s'est soldée, pour la Russie, par une détérioration des rapports avec l'Occident, au moins au niveau de l'OTAN, constatent jeudi les quotidiens Vedomosti et Kommersant.

Cela se manifeste, entre autres, par l'annulation d'actions communes prévues antérieurement. Certains experts estiment que la Russie pourrait prendre des mesures de rétorsion. Cependant, d'autres voix retentissent dans la capitale russe, invitant à s'abstenir de toute réaction brusque.

A ce titre, l'initiative appartient à l'OTAN: la première annulation a concerné les exercices FRUKUS qui devaient être effectués dans le Pacifique avec la participation des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France et de la Russie. Ensuite, les Etats-Unis ont renoncé à la participation de la Russie à l'opération antiterroriste commune Active Endeavour prévue pour août-septembre. La Russie a fait un geste réciproque: elle a refusé de participer aux exercices annuels Open Spirit.

La coopération entre la Russie et l'OTAN sera réduite au maximum, a déclaré Vladimir Evseïev, chercheur à l'Institut d'économie mondiale et de relations internationales de l'Académie russe des sciences, cité par le quotidien Kommersant. Seul le travail commun concernant l'Afghanistan sera probablement maintenu. Les membres de l'OTAN sont autorisés à transporter des cargaisons par le territoire de la Russie et à utiliser l'espace aérien russe.

Selon l'expert, en réponse, la Russie accroîtra les vols de patrouille de son aviation stratégique. "Pour l'instant, les patrouilles ne s'effectuent que dans le cadre d'exercices. Il n'y a pas constamment des avions en vol, a-t-il dit. Si la confrontation s'envenime, il se peut que, de même qu'à l'époque soviétique, la patrouille soit permanente et que sa zone soit étendue".

La détérioration des rapports avec les Etats-Unis remettra en cause les contacts militaires de la Russie avec les plus proches alliés des Américains: le Japon, l'Australie et la Corée du Sud. En outre, les autorités russes pourraient restreindre l'activité du Bureau d'information de l'OTAN à Moscou.

La Russie sera tentée de prendre la pose de celui qui a été injustement offensé et de claquer la porte, mais l'arrêt de la coopération avec l'OTAN serait une erreur, lit-on dans le quotidien Vedomosti. Comme l'ont montré les récents événements, l'unanimité fait défaut au sein de l'Alliance. A la différence des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et des pays néophytes, les Etats d'Europe occidentale ne veulent pas s'enliser dans un grave conflit avec Moscou en accélérant l'admission de la Géorgie à l'OTAN. Si elle applique une politique responsable en Ossétie du Sud, la Russie ne fournira aucun argument aux partisans de son isolement, résume le journal.

Gazeta

Le Canada pourrait porter un coup sensible aux intérêts de Gazprom

Les accords commerciaux sur le gaz conclus entre la Russie et le Canada pourraient être remis en cause par le conflit en Géorgie, lit-on jeudi dans le quotidien Gazeta.

Le premier ministre canadien Stephen Harper a déclaré qu'Ottawa avait l'intention de revoir tous les aspects de la coopération entre les deux pays, y compris les projets dans le domaine du gaz naturel liquéfié (GNL) examinés au sommet du G8 de 2006 en Russie. Les experts estiment que cela pourrait perturber les plans de Gazprom sur tout le continent.

Le seul projet que Gazprom met déjà en oeuvre au Canada concerne les livraisons de GNL au terminal de regazification de Rabaska. Un accord préalable pour le chargement des 100% des capacités de production a été récemment signé par une filiale du monopole russe du gaz: Gazprom Marketing & Trading USA. Gazprom voudrait obtenir en perspective une part considérable dans le capital social de Rabaska. Selon les déclarations des deux parties, le holding est déjà parvenu à des ententes préalables à ce sujet.

La rupture de ces ententes priverait Gazprom de l'espoir d'accéder prochainement au marché nord-américain, fait remarquer Ivan Andrievski, partenaire de la compagnie 2K Audit - Delovye konsoultatsiï. L'analyste du groupe d'investissement Kapital Vitali Krioukov partage cet avis: "Gazprom envisageait de livrer des volumes importants de GNL justement sur le marché d'Amérique du Nord, c'est pourquoi ces déclarations constituent, dans l'ensemble, une tendance regrettable pour le holding, car elles peuvent entraver considérablement l'arrivée de la compagnie sur ce nouveau marché", estime l'expert.

La persévérance du monopole russe du gaz qui essaie depuis 2005 de prendre pied sur le marché des Etats-Unis (l'un des plus dynamiques) est bien justifiée, estiment les analystes. Cependant, le déficit de capacités de regazification aux Etats-Unis ne permettait pas jusque-là à Gazprom d'accroître l'importation de GNL. Dans ce contexte, le terminal canadien pourrait être une sorte de billet d'entrée sur le marché américain. En outre, les terminaux canadiens sont une solution idéale du point de vue de l'optimisation de l'itinéraire et de la durée du transport du gaz liquéfié.

"Si d'autres pays prennent des décisions analogues, cela se répercutera négativement sur le développement de Gazprom en tant que compagnie énergétique globale", indique Vitali Krioukov. D'ailleurs, l'expert estime qu'une telle évolution des événements est peu probable.

De l'avis unanime des experts, la déclaration de Stephen Harper n'est pas inspirée par des motifs économiques, et se fonde sur des considérations purement politiques. "Le Canada est le principal partenaire économique, commercial et politique des Etats-Unis, c'est pourquoi, compte tenu des critiques acerbes adressées par Washington à Moscou, Ottawa ne pouvait pas rester muet. Cependant, cela ne signifie pas que les choses iront jusqu'à la rupture des rapports énergétiques", estime Ivan Andrievski.

Vedomosti

La Russie n'a pas l'intention de livrer des armements offensifs à la Syrie

Les présidents russe et syrien, Dmitri Medvedev et Bachar al-Assad, s'entretiennent aujourd'hui de la coopération militaire, il n'est cependant pas question de livraisons d'armes offensives, bien qu'Israël ait apporté une aide militaire à la Géorgie, lit-on jeudi dans le quotidien Vedomosti.

Un représentant du Kremlin a fait savoir mercredi que les deux hommes examineraient la situation au Proche-Orient et a mis l'accent sur l'accroissement du chiffre d'affaires des échanges commerciaux entre les deux pays, qui a atteint récemment un milliard de dollars. Il sera question des livraisons d'armes russes à la Syrie, notamment de chasseurs MiG-29 et de la mise en oeuvre des contrats en vigueur, mais la signature de contrats déterminés n'est pas prévue, a déclaré au quotidien Vedomosti un dirigeant d'entreprise d'armements.

La Russie fait preuve de mesure dans ses livraisons d'armes à la Syrie, rappelle Rouslan Poukhov, directeur du Centre d'analyse des stratégies et des technologies. A la demande du gouvernement israélien, Moscou avait refusé à Damas de lui livrer des missiles opérationnels tactiques Iskander et, au lieu des systèmes de DCA longue portée S-300, la Russie avait livré à la Syrie des systèmes de missiles de DCA de portée moindre, Pantsir et Buk-M2. Israël avait exprimé son inquiétude par rapport au fait que l'organisation libanaise Hezbollah détenait des missiles antichars Kornet, qu'elle avait employés contre les chars israéliens pendant la guerre au Liban en 2006. En réponse, le gouvernement russe avait adopté à l'automne de la même année un arrêté sur des mesures supplémentaires de contrôle de l'exportation d'armes légères.

Cependant, après le conflit en Ossétie du Sud, la situation est totalement contraire. Comme l'a déclaré mardi Anatoli Nogovitsyne, chef adjoint de l'Etat-major général des forces armées russes, Israël a livré à la Géorgie des drones de huit types, 100 charges destinées à frayer des passages dans les champs de mines et 500 lots de filets de camouflage. De plus, des conseillers israéliens ont entraîné les unités spéciales géorgiennes. Des livraisons de chars, de transports de troupes, d'armes d'infanterie et de moyens de reconnaissance aérienne ont même été prévues. Une source au ministère de la Défense a expliqué que la Géorgie s'apprêtait à acheter, entre autres, quelques dizaines de chars Merkava, mais que le gouvernement israélien avait annulé la transaction afin de ne pas détériorer les rapports avec Moscou.

La Russie n'envisage pas de livrer des armements sensibles à la Syrie, indique l'employé de l'administration présidentielle. Cela signifie, a déclaré Rouslan Poukhov, que les missiles Iskander et autres armes offensives ne seront pas vendus à la Syrie, mais on peut s'attendre à des livraisons de systèmes d'armes moins sensibles, par exemple, des chasseurs tactiques.

Novye izvestia

Les Etats-Unis pourraient infliger des sanctions économiques à la Russie

Les Etats-Unis pourraient ne pas abroger l'amendement discriminatoire Jackson-Vanik en raison des actions de Moscou en Géorgie, lit-on jeudi dans le quotidien Novye izvestia.

Cet amendement, qui limite le commerce entre les deux pays, est depuis longtemps considéré comme un vestige de la guerre froide et, de facto, n'a pas été utilisé depuis presque 20 ans. Toutefois, compte tenu de la détérioration récente des relations russo-américaines, de nombreux experts envisagent la possibilité que les Etats-Unis réactivent les sanctions contre la Russie.

Selon Evgueni Nadorchine, expert à l'Institut international d'économie et des finances du Haut collège d'économie, avec ou sans l'amendement Jackson-Vanik, les tensions récentes entre les deux pays ont déjà provoqué des conséquences négatives telles qu'une baisse considérable des investissements et des difficultés dans les relations commerciales.

"Il est possible que dans le cas d'une aggravation des relations bilatérales, le Congrès annule le moratoire sur l'amendement Jackson-Vanik, estime Mikhaïl Deliaguine, directeur scientifique de l'Institut des problèmes de la mondialisation. En tout cas, les Etats-Unis examinent actuellement la possibilité de prendre des sanctions contre la Russie, ce qui, en théorie, pourrait se traduire par une saisie d'actifs de sociétés publiques russes en Amérique".

Selon l'expert, un coup économique contre la Russie ne serait en aucun cas mortel, même dans le cas où l'amendement serait réintroduit. Les entreprises de certains secteurs de l'économie subiront des pertes considérables, mais les liens économiques et commerciaux entre la Russie et les Etats-Unis ne sont pas assez importants pour que l'on puisse parler de conséquences catastrophiques."La Russie possède des moyens puissants pour influer sur les Etats-Unis, explique M. Deliaguine. L'Etat russe a fait d'énormes investissements en dollars, soutenant ainsi l'économie américaine. En cas d'introduction de sanctions, Moscou pourrait retirer ses dollars, aussi bien que les fonds investis dans des titres américains. De plus, les sommes ainsi libérées pourraient facilement être réinvesties en Asie ou en Europe. Les répercussions de ce genre d'actions aux Etats-Unis seraient beaucoup plus graves que celles de la levée du moratoire sur l'amendement Jackson-Vanik pour la Russie".

Ces articles sont tirés de la presse et n'ont rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti.

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