Jeux Olympiques 2008: quelques réalités

© Agence Chine nouvelle / Accéder à la base multimédiaCérémonie de clôture des XXIXèmes Jeux olympiques de Pékin
Cérémonie de clôture des XXIXèmes Jeux olympiques de Pékin - Sputnik Afrique
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Un pays qui organise les Jeux Olympiques doit faire face à un double défi: il doit recevoir dans des conditions satisfaisantes des milliers d'athlètes et de journalistes. Il doit également faire bonne figure sur le plan sportif. Objectif atteint peuvent se dire les responsables chinois.

Un pays qui organise les Jeux Olympiques doit faire face à un double défi: il doit recevoir dans des conditions satisfaisantes des milliers d'athlètes et de journalistes. Il doit également faire bonne figure sur le plan sportif. Objectif atteint peuvent se dire les responsables chinois.

Les cérémonies d'ouverture et de clôture ont impressionné y compris sceptiques et critiques de la Chine. L'organisation a été parfaite, les infrastructures irréprochables. Le public a suivi en masse les Jeux, montrant qu'il s'agissait d'une cause nationale et non celle du seul pouvoir comme l'ont souvent affirmé les médias occidentaux.

La Chine est la grande triomphatrice des Jeux, s'imposant de loin dans le classement des médailles d'or (51 contre 36 à Washington) et ce pour la première fois de l'Histoire des JO. Dans cette compétition symbolique, censée refléter non seulement la grandeur sportive des nations mais aussi leur grandeur tout court, elle est la première puissance mondiale détrônant les Etats-Unis. Ceux-ci ont d'ailleurs bien noté le message puisque la presse américaine a présenté le bilan des Jeux en faisant le compte total des médailles, qui leur est favorable quel que soit le métal, et non le classement traditionnel et véritable qui tient compte avant tout des médailles d'or. Les Chinois se réjouissent également d'avoir largement distancé leurs deux rivaux asiatiques, le Japon et l'Inde. Avec une seule médaille d'or, la première de son histoire, le rang de cette dernière n'est pas à la hauteur de sa démographie, de son économie et de sa volonté de rayonner.

Les Chinois n'en parlent pas, mais y pensent très fort: le sport est pour eux le signe avant-coureur de ce qui va se passer au niveau économique et stratégique. La place de la Chine doit être la première. Bref le message d'une Chine performante a bien été envoyé au reste du monde. Deux ombres au tableau: le forfait de l'icône nationale Liu Xiang au 110 mètres haies, qui ternit l'éclat de la victoire.

Et surtout l'ampleur des protestations contre le régime à l'occasion des Jeux. Car l'organisation de ce rendez-vous suivi dans le monde entier attire forcement tous les regards. Cela est pour le pays organisateur à double tranchant. Il peut mettre en avant ses réalisations et ses succès, mais a les projecteurs braqués sur lui, ce dont profitent ses rivaux et adversaires. Les critiques contre la Chine ont cependant été confinées au monde occidental et ont pris parfois des formes trop spectaculaires et agressives. Ceux qui les ont orchestrées, qui appartenaient presque exclusivement au monde occidental, n'ont pas compris que tous les Chinois étaient fiers d'organiser les Jeux, qui n'étaient pas uniquement un instrument au service du régime. La population chinoise y a de ce fait vu une remise en cause jalouse de la Chine et de sa montée en puissance et non une critique du gouvernement et de sa politique. Elle a donc fait bloc autour de ses autorités.

Les Etats-Unis qui pensaient être débarrassés de la menace (olympique) soviétique doivent affronter durablement le défi chinois. Ils se consolent avec le nouveau héros Michael Phelps qui rentre dans l'histoire avec ses 8 médailles d'or mais sans lequel l'écart aurait  été plus grand encore.

Avec 23 médailles d'or, la Russie occupe une très honorable troisième place. Paris avait déjà perdu la bataille contre Londres pour l'attribution des Jeux de 2012. La France a été battue à plate couture par la Grande-Bretagne dans les Jeux de 2008 avec sept médailles d'or contre dix-neuf.

L'Europe unie aurait été l'hyperpuissance des Jeux. Les pays membres de l'Union européenne ont en effet remporté 86 médailles d'or. Mais l'Europe n'est pas un Etat fédéral et le sport reste un élément d'affirmation de l'identité nationale. Il est même, au moment où les pays de l'Union européenne ont non seulement un marché commun mais aussi des frontières, une défense et une monnaie commune, un moyen résiduel et bienvenu d'afficher un patriotisme soft ; et de rassembler derrière leurs champions la communauté nationale.

Le thème du boycott va devenir un moment récurrent des prochains JO. C'est la rançon de l'hyper-médiatisation. Les demandes s'appuieront sur des arguments moraux derrière lesquels se cacheront de fortes motivations géopolitiques. Ceux d'hiver de 2014 de Sotchi sont déjà dans le collimateur de ceux qui voudront créer des difficultés à la Russie. Le débat sur le boycott de ces Jeux a d'ailleurs commencé le jour même où ils ont été attribués. Ceux de Vancouver et de  Londres ne sont pas à l'abri, car le monde occidental n'a pas ou n'a plus le monopole de la bataille de communication. Mais sauf évènement géostratégique majeur, le boycott sera un sujet qui fera rage dans les débats publics mais ne sera suivi par aucune nation. A défaut d'être total (et ne pas concerner que le sport), et largement suivi, le boycott est un boomerang qui se retourne contre celui qui l'utilise.

Pour la première fois de l'histoire des Jeux modernes, un conflit militaire a été déclenché le jour même de l'ouverture des JO. Dans l'antiquité, la trêve olympique était censée permettre aux athlètes et aux spectateurs de se rendre en toute sécurité aux Jeux. Pierre de Coubertin espérait que les Jeux permettent de contribuer à la paix mondiale. Mais les Jeux, s'ils ont un rôle positif dans le rapprochement entre les peuples, ne sont pas une baguette magique capable d'éviter la guerre. Ils ont d'ailleurs été annulés lors des deux guerres mondiales (1916, 1940, 1944). Et les différents conflits existant ne s'interrompent pas au cours des compétitions olympiques. Jamais, en tous les cas, une offensive militaire n'avait été lancée par un pays participant aux Jeux au cours de ceux-ci, encore moins le jour de l'ouverture.

La Géorgie a donc réalisé une première dont on se serait bien dispensé, et qui par ailleurs ne lui a été en rien profitable. Si cette ouverture militaire avait été lancée par un pays non lié stratégiquement aux Etats-Unis, le thème de la violation de la trêve olympique aurait été beaucoup plus développé dans les médias occidentaux.

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