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Pakistan: 14e tentative pour la démocratie

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Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti
Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti

Le nouveau président a prêté serment au Pakistan. Il s'agit d'Asif Ali Zardari, 53 ans, homme d'affaires, leader actuel du Parti du peuple pakistanais (PPP), et veuf de la légendaire Benazir Bhutto assassinée en décembre dernier. Samedi 6 septembre, Asif Ali Zardari a remporté une victoire convaincante: 481 des 702 députés du collège électoral constitué des membres de l'assemblée nationale et de quatre assemblées provinciales ont voté pour lui.

Zardari est un phénomène unique dans l'establishment politique du Pakistan. Représentant du clan des riches propriétaires fonciers dans les milieux politiques, il est devenu célèbre non pas en tant que remarquable homme politique, mais en tant que mari de Benazir Bhutto, l'une des femmes politiques les plus populaires de l'histoire du Pakistan, qui avait assumé à deux reprises les fonctions de premier ministre. Il s'était également retrouvé au coeur d'affaires retentissantes, en premier lieu, de corruption, alors que sa femme était au pouvoir. A présent, ces affaires sont classées: elles l'ont été, entre autres, par le président sortant Pervez Musharraf et par la banque suisse dans laquelle ont été découverts des comptes soi-disant suspects de Benazir Bhutto et d'Asif Ali Zardari.

D'autres détails non moins importants caractérisent également M. Zardari. Tout d'abord, il a remporté l'élection dans les conditions d'un cas de force majeure, ce qui est presque devenu traditionnel au Pakistan. Il a été élu après le départ de son prédécesseur Pervez Musharraf, qui avait décidé de démissionner en vue d'éviter une destitution qui menaçait de diviser la société pakistanaise. Il a gagné en subissant une forte pression de Nawaz Sharif, principal opposant au PPP et adversaire politique de feue Benazir Bhutto. Homme politique puissant dans le Pakistan actuel, c'est lui qui avait menacé Pervez Musharraf de destitution, et il avait bien l'intention d'occuper le poste présidentiel: Nawaz Sharif s'est aujourd'hui retiré de la coalition avec Zardari, contre lequel il mène une opposition farouche.

Le 14e président du Pakistan parviendra-t-il, dans ces conditions, à éviter au pays une nouvelle crise politique, de celles qui aboutissent, en règle générale, à une dictature militaire?

Cette situation complexe est déterminée par plusieurs facteurs.

Premièrement, la coalition au pouvoir s'est désintégrée. Elle comprenait le PPP et la Ligue musulmane pakistanaise de Nawaz Sharif. A présent, beaucoup dépendra du comportement d'une autre Ligue musulmane pakistanaise, dont le leader est Pervez Musharraf. Qui soutiendra-t-il: Asif Ali Zardari ou Nawaz Sharif?

Deuxièmement, l'économie pakistanaise traverse aujourd'hui probablement la période la plus difficile de ces dernières années. Pourtant, il n'y a pas si longtemps encore, la croissance du PIB du Pakistan se situait à 8,4%. Le textile et l'industrie de l'habillement, avec les principales cultures agricoles - le coton et le blé - constituaient les deux tiers des exportations pakistanaises. A présent, l'économie du pays traverse une profonde crise alimentaire aggravée par l'immense déficit du secteur énergétique. Les causes de la dégradation de l'économie sont nombreuses, la principale étant l'instabilité politique qui avait frappé le Pakistan en 2007.

Troisièmement, et c'est là l'essentiel, Asif Ali Zardari pourra-t-il maintenir l'équilibre, comme l'avait fait Pervez Musharraf, entre d'une part les tendances islamistes d'une certaine partie de la société pakistanaise et, de l'autre, la nécessité d'assurer le respect des engagements pris par le Pakistan dans la lutte contre le terrorisme international?

Avant l'élection, Zardari avait déjà fait une déclaration grandiloquente dans une interview à la BBC, en invitant la communauté mondiale à porter les structures pakistanaises du mouvement des talibans sur la liste mondiale des organisations militaires et politiques interdites. Selon lui, le monde "est en train de perdre la guerre" contre l'islam belliqueux, et le Pakistan contre les talibans armés.

Ce geste est certainement justifié, mais il est aussi risqué. En neuf ans de présidence Musharraf, les Etats-Unis ont accordé au Pakistan plus de 20 milliards de dollars pour la lutte contre le terrorisme. Il est évident qu'Asif Ali Zardari tente d'obtenir des Etats-Unis un financement sinon supérieur, au moins égal. Mais c'est précisément ce problème qui a coûté à Pervez Musharraf son poste de président. Ce n'est pas tant qu'il n'ait pas su le régler, mais plutôt qu'il est impossible de le faire actuellement sans provoquer au Pakistan de sérieux ébranlements politiques et sociaux.

Il y a neuf ans, lorsque Pervez Musharraf arriva au pouvoir, le Pakistan était déjà, selon sa propre expression, un "Etat terroriste déficient". Il était alors difficile de tracer la limite des rapports qu'entretenait l'Etat pakistanais avec Al-Qaïda, installée à la frontière avec l'Afghanistan, sans même parler des talibans.

Les Etats-Unis ont fermé les yeux sur cela jusqu'au 11 septembre, après quoi ils éprouvèrent le besoin de disposer d'un allié fidèle en la personne du Pakistan dans la lutte contre les talibans et Al-Qaïda. Cette mission leur a été garantie par Pervez Musharraf.

Aujourd'hui, ce problème comporte trop de facteurs contradictoires. L'exemple le plus éloquent est sans doute la situation dans la province frontalière du Nord-Ouest du Pakistan et sur les territoires autonomes du Nord et du Sud du Waziristan (limitrophes de l'Afghanistan) où se sont installés, selon les Etats-Unis et l'Occident, les terroristes d'Al-Qaïda et les talibans. Cela est possible. Mais il y a un hic: ils y vivent depuis plus d'une dizaine d'années, ils y ont leurs familles, bref, ils s'y sont profondément enracinés. Dans cette province, surtout dans les territoires autonomes, il est bien difficile de distinguer les civils des combattants terroristes. C'est pourquoi n'importe quelle frappe aérienne effectuée par la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis en Afghanistan contre les bases terroristes sur ces territoires et, à plus forte raison, n'importe quelle opération de l'armée pakistanaise, se répercute immédiatement sur la stabilité politique à Islamabad et dans d'autres grands centres politiques.

Les partisans d'Asif Ali Zardari ont qualifié son élection de victoire de la démocratie. Ces victoires sont déjà devenues traditionnelles dans l'histoire du Pakistan. Pour l'instant, la démocratie n'a jamais réussi à se maintenir au pouvoir dans le pays pendant la totalité du délai prévu par la Constitution. Nous en sommes à la 14e tentative. Peut-être la personnalité peu ordinaire du 14e président pourra-t-elle y contribuer?

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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