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"Couvre-feu" pour les enfants russes: un sujet qui divise

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Par Vera Politkovskaïa, RIA Novosti
Par Vera Politkovskaïa, RIA Novosti

La Douma d'Etat (chambre basse du parlement russe) vient d'adopter en première lecture un projet accordant aux régions russes le droit de décréter un "couvre-feu" nocturne pour les enfants de moins de quatorze ans non accompagnés d'adultes.

L'idée générale du projet de loi a reçu un soutien unanime, mais les députés ont cependant eu des divergences sur certaines de ses dispositions. Jugeant à juste titre que le texte n'était pas assez sévère, une partie des députés a proposé de l'étendre à toutes les personnes de moins de 18 ans.

La puberté dure de 12 à 18 ans. C'est à cet âge que l'intérêt pour les copains et le manque de communication avec les parents pousse les enfants à chercher des distractions en dehors du domicile familial. Dans le meilleur des cas, ils optent pour de petits cafés ou des clubs d'intérêts. Dans le pire des cas, les adolescents se retrouvent dans la cour, dans une cage d'escalier ou dans des greniers abandonnés.

Tout ce qui n'est pas interdit est autorisé. Un enfant ayant appris que tout adolescent de plus de quatorze ans a désormais le droit de se promener dans la rue la nuit s'en servira comme d'un argument lors de sa prochaine dispute avec ses parents.

Les parlementaires ont également souligné que ce sont principalement les délinquants et les enfants issus de familles à problèmes, dont le sort n'intéresse presque personne, qui "traînent" dans la rue le soir. Ce sont leurs parents qui devront payer des amendes et entendre des discours éducatifs si la police arrête leurs rejetons pendant le "couvre-feu". Reste à savoir si cette mesure sera à même de changer l'attitude de ces parents vis-à-vis de leurs enfants.

Le revers de la médaille

En Russie, sont considérés comme délaissés les enfants ayant un domicile mais qui errent néanmoins dans la rue. Les enfants abandonnés, eux, n'ont pas de domicile fixe. Dans la plupart des cas, des groupes d'enfants abandonnés s'installent dans des gares où ils mendient, sous le contrôle d'une autorité criminelle.

Les "enfants des rues" racontent qu'il leur est beaucoup plus facile de mener une vie de ce type que de vivre dans des orphelinats (d'où ils s'évadent en permanence) ou avec leurs parents (qui sont souvent des alcooliques qui mettent les enfants à la porte). Certains avouent même bien gagner leur vie en mendiant et n'avoir aucune envie de retourner chez leurs géniteurs.

La question du "couvre-feu" et de l'adoption d'une loi à cet effet est beaucoup plus importante qu'il ne semble de prime abord. Avec l'adoption de la nouvelle loi, la situation sociale des "enfants des rues" se dégradera davantage. Intégrés à différents groupes criminels, les adolescents sans abri auront encore moins de chances d'avoir un jour une vie normale.

Avec chaque nouvelle "affaire", les enfants abandonnés tombés sous l'autorité de malfaiteurs ont de plus en plus de mal à rompre avec ces activités, et se convertissent en véritables criminels. La nouvelle loi renforcera cette tendance si rien n'est fait pour protéger ces enfants avant son entrée en vigueur.

Les statistiques montrent que les enfants ne s'évadent jamais des orphelinats "familiaux" (établissements privés, organisés par des familles), parce qu'ils s'y sentent bien. Pourtant, un enfant abandonné arrêté par la police a très peu de chances d'arriver dans un de ces établissements, qui sont extrêmement rares en Russie, surtout après être passé par de nombreuses institutions spéciales. Or, cet enfant s'échappera à la première occasion de tout autre orphelinat.

Il semble prématuré d'adopter le projet de loi proposé par le président, vue l'ampleur des problèmes rencontrés par les "enfants des rues". Il faudrait d'abord s'occuper de leur situation, octroyer un financement à des projets d'organisation de maisons d'enfants familiales, retrouver ces malheureux, leur administrer un traitement médical et les placer dans des conditions rendant repoussante à leurs yeux la vie dans la rue.

Selon différentes estimations, la Russie compte entre deux et cinq millions d'enfants abandonnés. Certains spécialistes assurent que la croissance de la natalité constatée dans le pays ces dernières années pourrait bientôt provoquer une augmentation du nombre de sans-abris. Le montant des allocations de naissance ayant été revu à la hausse, de nombreuses familles à problèmes décident de faire un enfant afin de toucher une indemnité et une petite allocation, versées par l'Etat à tous les citoyens aprè la naissance d'un bébé.

Certes, la Russie n'est pas la seule à être confrontée au problème de ces enfants rejetés de tous, les familles à problèmes ayant toujours existé, dans tous les pays. Aujourd'hui, l'Etat se décide brusquement à se tourner vers un problème aussi crucial que celui des enfants se promenant dehors la nuit; mais il aurait sans doute fallu résoudre les problèmes de ceux qui mènent une vie semi-légale avant de s'inquiéter de la progéniture des personnes qui n'auront aucune peine à payer une amende à l'Etat.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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