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Haut-Karabakh: le règlement se fera par la voie économique

© RIA Novosti . Oleg Lastochkin / Aller dans la banque de photosNikolaï Zlobine
Nikolaï Zlobine - Sputnik France
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Dimanche dernier, le 23 mai, ont eu lieu les élections législatives dans le Haut-Karabakh. Nikolaï Zlobine, membre du conseil d’experts de RIA Novosti, politologue, directeur des programmes russes et asiatiques de l’Institut de sécurité des États-Unis, s’est exprimé sur la situation et les possibilités de règlement du problème du Haut-Karabakh.

 

 

Dimanche dernier, le 23 mai, ont eu lieu les élections législatives dans le Haut-Karabakh. Nikolaï Zlobine, membre du conseil d’experts de RIA Novosti, politologue, directeur des programmes russes et asiatiques de l’Institut de sécurité des États-Unis, s’est exprimé sur la situation et les possibilités de règlement du problème du Haut-Karabakh.

 

- Existe-t-il une solution plus ou moins acceptable pour toutes les parties au problème Karabakh dans un avenir prévisible?

- Le compromis est, en fait, une situation où les deux parties n’obtiennent pas tout ce qu’elles veulent, mais où tout le monde obtient quelque chose, de manière plus ou moins équitable, mais personne ne reçoit tout.

Le Haut-Karabakh se trouve dans une situation où tout le monde souhaite une solution à cent pour cent: tout ou rien, et personne ne veut faire de compromis. Bien entendu, le Haut-Karabakh est l’otage de très nombreux facteurs et aucune des parties impliquées dans ce processus n’est prête à faire des concessions. Cela n’aboutira à rien. Premièrement, j’estime qu’il est important de bien comprendre qu’il est impossible de tout obtenir dans notre monde.

Deuxièmement, il est crucial de comprendre qu’il n’est pas question du Haut-Karabakh en tant qu’État, territoire éclaté, occupé ou libéré. Il s’agit de la population qui vit sur ce territoire. J’estime, par exemple, que la qualité de vie de la population prime sur l’appartenance du territoire à un État. Au XXIème siècle les indicateurs du niveau de vie, de sécurité et de bien-être sont beaucoup plus importants que de savoir quel est le drapeau qui flotte au-dessus de Stepanakert, quel est le nom du président et où vont les impôts.

Dans les conditions actuelles le droit à l’autodétermination est incomparablement plus important que l’immunité d’Etat et l’intégrité territoriale. La population est plus importante que l’État et j’estime qu’il faut chercher la solution au problème du Karabakh précisément dans le cadre de cette logique. On se bat pour les gens, leur esprit, leur humeur, leur cœur, et non pas pour un territoire. On n’a qu’une vie et la population doit se voir assurer les conditions de vie les plus favorables selon ses besoins. Les gens doivent avoir le choix. Il est impossible de les faire entrer de force dans des stéréotypes politiques et idéologiques en ne leur laissant pas le choix sur leur manière de vivre, le lieu et les conditions de vie, car voyez-vous, il existe en Arménie et en Azerbaïdjan des hommes politiques qui ont construit toute leur carrière politique sur le combat pour ce territoire.

Troisième facteur. Il me semble, qu’il est important de comprendre, afin de résoudre le problème du Haut-Karabakh, qu’en fait la terre en tant que telle  n’a pas de nationalité, ni d’appartenance à un État, ni à une religion, ni à une culture ou encore une idéologie. Ce n’est qu’une terre, ni plus ni moins. Quant à la religion, l’idéologie, la culture et les priorités politiques, tout cela a été inculqué à l’esprit des gens.

Pour cette raison, les arguments qu’une chose nous appartient et une autre ne nous appartient pas me laissent sceptique en tant qu’historien. Toujours et partout quelqu’un vous a précédé et cela a appartenu à quelqu’un d’autre que vous. On peut toujours soulever la question de savoir pourquoi cela vous appartient précisément à partir de ce moment là ? Je ne dis pas que cet argument soit en faveur de l’Arménie ou de l’Azerbaïdjan, mais il faut comprendre que la terre en tant que telle n’a pas de nationalité ou de religion. C’est un lieu où vivent des gens depuis une certaine époque avec telle religion, telle nationalité, telle histoire, telle culture et son sang versé sur cette terre…

Le quatrième facteur est lié aux changements politiques et géographiques, les États s’effondrent, se créent, se rétrécissent, s’agrandissent: ceci est un processus logique, une loi. L’effondrement de l’URSS est en fait un début. En réalité, ce n’est pas l’effondrement même de l’URSS mais les changements globaux qui ont conduit à l’effondrement de l’URSS, du communisme mondial et aux changements géographiques majeurs dans  l’Europe de l’Est. La Tchécoslovaquie a disparu, l’Allemagne unifiée s’est formée, la Yougoslavie s’est effondrée: tout cela n’est qu’un début.

Depuis la dernière décennie du siècle dernier, on note le début du processus global de changement de la géopolitique qui, auparavant, avait eu cours depuis la Seconde guerre mondiale. Actuellement aussi la géopolitique de l’espace postsoviétique continue à changer, de nouveaux États seront créés. De même, que d’autres États existants pourraient disparaitre. Le fait que l’Union Soviétique s’est disloquée selon les frontières des anciennes républiques soviétiques est absurde, ces frontières, dans la plupart des cas, ne signifiaient pas grand-chose. Les États ne peuvent pas être créés selon les frontières intérieures de l’URSS.

En réalité, la situation est assez complexe, et il est impossible de dire qui possède quoi « pour l’honneur et pour toujours ». Si les frontières dans le monde ne changeaient pas, nous vivrions encore dans les frontières définies par l’Empire romain et la Byzance. Le droit international est lui aussi sujet aux changements. S’il ne changeait pas, nous vivrions encore selon les lois de Hammourabi.

J’estime que le problème du Haut-Karabakh n’est pas juste le problème du Karabakh, c’est un problème important lié à l’effondrement de l’URSS, et précisément au fait que cet effondrement n’est pas encore terminé. Il ne pouvait pas se terminer en décembre 1991. Nous vivons dans le processus de l’effondrement de l’Union Soviétique, les frontières se déplacent, de nouveaux centres d’attraction économiques et politiques se créent. Pour cette raison, il ne peut y avoir actuellement aucune solution radicale au problème.

J’estime que si l’on pose la question de manière globale, le règlement du problème du Haut-Karabakh devra se faire par la voie économique, et non politique. En fin de compte, c’est celui qui saura créer un modèle de développement économique plus attrayant qui gagnera ce genre de conflits. Il n’existe aucune solution, que ce soit militaire ou politique, à ce problème, mais il existe plutôt une solution économique et humanitaire nécessitant un certain laps de temps.

 

- Admettez-vous l’éventualité d’une reprise des opérations militaires dans la zone du conflit de Karabakh?

- Malheureusement une telle possibilité existe toujours. La réalité est telle qu’il est facile de construire une carrière politique sur le conflit et la guerre, et il est très difficile de l’édifier sur l’amitié et la paix. La plupart des hommes politiques tentent cyniquement de trouver une situation, où la vision est en noir et blanc, et d’y construire leur carrière, en rendant la population otage d’une telle carrière politique. Edifier tout une carrière sur le conflit car ils n’ont pas assez d’intelligence pour la fonder sur la paix, la réconciliation et l’amitié. Malheureusement le Haut-Karabakh offre une telle possibilité.

Un conflit militaire est assez plausible et, malheureusement, il pourrait faire des victimes humaines, mais comme nous le savons, cela n’a jamais arrêté les hommes politiques. Ces derniers existent aussi bien en Arménie, qu’en Azerbaïdjan, qu’en Russie et dans d’autres pays du monde, même aux États-Unis.

 

- Ne pensez-vous pas que la communauté internationale s’est résignée à l’inévitable reconnaissance de l’indépendance du Haut-Karabakh?

- Qu’entendons-nous par la reconnaissance d’un pays au XXIème siècle? J’estime que dans le monde contemporain, il n’est pas important d’être reconnu par tout le monde. L’économie globale, le système financier global, le marché du travail global et le système d’information devenu global depuis longtemps effacent les frontière des États à tel point, que je ne comprends plus bien ce que la souveraineté signifie aujourd’hui.

A mon avis, le plus souverain des pays est la Corée du Nord, car personne n’en a vraiment besoin, et elle ne suscite de l’intérêt que parce qu’elle détient la bombe nucléaire. Personne n’a besoin d’une telle souveraineté et d’une telle reconnaissance, plus néfaste que bénéfique. La plupart des États, plus particulièrement ceux qui sont apparus ces dernières années existent sans reconnaissance unanime. On peut rappeler l’exemple de Chypre du Nord. Par ailleurs, les États baltes durant toute l’époque soviétique n’étaient pas reconnus en tant que membres de l’URSS par l’Occident et les États-Unis, mais cela n’a aucunement influé sur la réalité politique. On peut citer encore beaucoup d’autres exemples. Pour cette raison j’estime que la question de la reconnaissance est une affaire du siècle passé, quand ces formalités avaient encore leur importance.

Il ne faut pas observer les conflits du point de vue d’il y a cent ou cinquante ans, à travers le prisme de la guerre froide ou de l’ancien système de relations internationales, mais plutôt d’un point de vue d’un monde contemporain non polaire, où il n’existe pas en réalité de pays dominants et de centres de pouvoir, où l’important marché d’informations et celui de l’économie globale sont créés en absence de frontières entre les États, ces dernières ayant perdu leur sens.

Il me semble que le problème ne consiste pas en la reconnaissance en tant que telle, mais en les moyens d’empêcher un conflit militaire afin d’éviter des pertes humaines. Il faut essayer par tous les moyens de passer d’une compréhension politico-militaire à une compréhension économico-humanitaire de la situation. Alors le problème de la reconnaissance sera résolu, mais cela ne résoudra pas les problèmes du Haut-Karabakh, de l’Arménie ou de l’Azerbaïdjan.

 

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