Automne difficile pour Nicolas Sarkozy

Il aura été prévenu : les actions contre les Roms n'ont jamais rien apporté de bon. La chasse du président français Nicolas Sarkozy engagée au milieu de l’été contre les Roms pourrait conduire à des sanctions de l'Union Européenne, à des exigences de corriger la législation nationale, voire même à la convocation par la Cour européenne.

Il aura été prévenu : les actions contre les Roms n'ont jamais rien apporté de bon. La chasse du président français Nicolas Sarkozy engagée au milieu de l’été contre les Roms pourrait conduire à des sanctions de l'Union Européenne, à des exigences de corriger la législation nationale, voire même à la convocation par la Cour européenne. En été et en automne, les vagues de déportation de près d'un millier de Roms en Roumaine et Bulgarie, et la suppression de près de 300 campements se retournent contre l'Élysée à travers une menace réelle de poursuites judiciaires, le mécontentement non dissimulé et l'irritation de la Commission européenne de l'UE et les échanges hargneux entre les autorités françaises et les responsables siégeant à Bruxelles. Tout cela à la veille du sommet de la politique extérieure de l'UE à Bruxelles le 16 septembre.

Mais ce n'est pas tout. Sarkozy est également attendu par des problèmes juridiques en France. Et ils sont bien plus graves. Ils pourraient lui coûter son second mandat aux élections de 2012.

Le Monde, le premier journal libéral du pays, a déposé une plainte contre l'administration auprès du parquet. Le journal, fondé, d’ailleurs sur l’ordre de Charles de Gaulle, accuse l'administration (en fait, Sarkozy personnellement) de “ chasse aux sorcières “, de harcèlement et d'intimidation des sources d'information, d'espionnage des journalistes et de violation des lois républicaines pour la protection des sources journalistiques d'information.

Le public russe semble être au courant de “ la campagne contre les Roms “ du président. Mais d'autres choses devront être révélées quant à l'affaire Le Monde contre Sarkozy. Cela pourrait conduire à des conséquences bien plus graves pour Sarkozy que toute “ la saga rom “. Le journal n'a pas l'intention de se désister et, pas plus tard que le 14 septembre, a rendu publics des matériaux compromettants concernant “ le petit Bonaparte “.

Il est question de l'affaire qui a éclaté en juillet, concernant l'héritière de l'empire cosmétique L'Oréal, Liliane Bettencourt. En été, Le Monde a publié des informations sur le fait qu'en 2007, l'entourage de Sarkozy avait réussi à soutirer à cette vieille femme sénile âgée de 87 ans une grande somme d'argent pour financer la campagne électorale du “ chef “ (Sarkozy a été élu en mai 2007). Il s'est avéré qu'auparavant, tandis que Sarkozy était encore ministre de l'Intérieur, il recevait également de L'Oréal des “ dons personnels “.

Ces révélations peu flatteuses ont fait surface en raison de la compassion du majordome de Liliane, qui avait enregistré les conversations de la maîtresse avec “ les solliciteurs “, y compris avec Sarkozy, et a transmis les enregistrements à sa fille. La vieille femme “ s'était faite avoir “ de plus d'un milliard de dollars(!). On ne plaisante pas avec une telle somme d'argent, et sa fille, indignée, a transmis tous les enregistrements à la police, qui les a envoyés au ministère de la Justice, d'où ils ont “ effectué une fuite “ au Monde. Le palais de l'Élysée (et apparemment Sarkozy personnellement) était si furieux que toutes les forces de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) ont été lancées à la recherche de “ la taupe “. David Senat, le fonctionnaire responsable, dans les meilleures traditions de “ la bonne vieille France “, n'a pas été démis de ses fonctions mais a été “ muté sur un autre poste “ en Guyane française. Après Paris, si ce n'est pas l'enfer, cela y ressemble fortement. Il s'est avéré également que personne n'avait donné l'autorisation de mettre sur écoute l'exilé guyanien. Or c'est une violation directe de la loi pour la protection des sources journalistiques, datant de plus de cent ans et qui a été renforcée pas plus tard qu'en janvier 2010.

En France, on compare déjà ce scandale au Watergate américain de 1971-1972 (la pose de micros dans les locaux du Parti démocrate sur l’ordre du président Nixon) et certains l'appellent Sarkogate, Le Mondegate ou encore L'Oréalgate.

Maintenant l'opposition est convaincue que l'expulsion des Roms n’a été trouvée par Sarkozy que pour détourner l'attention des Français des affaires Bettencourt ou Le Monde, au choix. La proximité de “ l'explosion “ de l'affaire des mises sur écoute illégales avec celle de l'action contre les Roms est plus que suspecte : la première mi-juillet et la seconde vers la fin du mois.

Et les deux retentissent maintenant. Et comment.

La chef de l'opposition, la présidente du parti socialiste, Martine Aubry, a déclaré que l'administration de Sarkozy avait fait “ du mensonge le principe dominant de l'État “. Ce n'est pas plaisant à entendre mais l'opposition est capable de bien pire. Ce n'est pas l'opposition pour rien.

Pire encore, ce sont les commissaires de l'UE qui se permettent désormais les attaques contre la France. Viviane Reding, la commissaire européenne à la Justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, a déclaré le 14 septembre qu’elle ne laisserait pas passer l'affaire des Roms, que c'était “ une honte “ pour toute l'Union Européenne, que la France transgressait “ les principes fondamentaux “ et les valeurs fondamentales de l'UE, qu’il n’y aurait d’exception pour personne au sein de l’UE, et que les ministres français avaient menti à Bruxelles quant à l'absence de discrimination ethnique. Elle a déclaré qu’en deux semaines elle ferait prendre une décision concernant “ l’affaire de la France “ par l’UE et qu’elle ne laisserait pas bafouer les lois (les traités sur l’UE) qu’elle et l’UE protègent.

Mais en Union Européenne, on n'emploie pas ce langage et ces expressions en s'adressant à la deuxième puissance (avec l'Allemagne) de l'UE. Et entendre une telle réflexion de la part d'une Luxembourgeoise pour un Français reviendrait pour un lycéen à recevoir une gifle d'un collégien. Pierre Lelouche, le ministre français des Affaires Européennes, en réponse à cette hystérie antifrançaise, a déclaré que l'UE (et à plus forte raison Mme Reding) n'avait rien à voir avec les protecteurs des traités. C'est ‘’ le peuple français ‘’, représenté par le parlement, qui les a approuvés.

En fait, tout cela montre que la réputation de Sarkozy en UE n'est plus ce qu'elle était il y a à peine deux ans. Et il en est lui-même responsable. Il a voulu détourner l'attention de la France par les Roms pour étouffer un scandale, mais, en retour, en a reçu deux à la fois. Et si les Français avaient pu ignorer “ l’attaque européenne “, en disant que ce n'est que de la politique, c'est la Bruxelles mal aimée etc. Or, l'affaire de mise sur écoute illégale et des pots de vins s'élevant à des millions d'euros relève du domaine pénal et de la corruption morale et politique.

Selon le dernier sondage d'opinion publique du journal Le Parisien, si les élections avaient lieu demain, seulement 25% voteraient pour Sarkozy. 65% des électeurs voteraient pour le candidat socialiste Dominique Strauss Kahn.

L'automne sera difficile pour Sarkozy.

Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur

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