Boulava, la joie amère du succès

Le tir du missile balistique Boulava (SS-NX-3D dans la classification de l'OTAN), effectué avec succès jeudi dernier, a marqué une étape importante des essais, mais il ne signifie pas que tous les problèmes du nouveau missile sont réglés.

Le tir du missile balistique Boulava (SS-NX-3D dans la classification de l'OTAN), effectué avec succès jeudi dernier, a marqué une étape importante des essais, mais il ne signifie pas que tous les problèmes du nouveau missile sont réglés.

Le 13ème lancement du Boulava, le premier en 2010 et le premier effectué avec succès après une série de trois tirs échoués de fin 2008 à début 2009, n'a pas donné raison à la traditionnelle superstition concernant le chiffre 13 : comme cela a été annoncé, le missile avait entièrement accompli ses missions de vol et ses têtes multiples à guidage individuel ont atteint leurs cibles.

Le succès est venu à point : un nouvel échec aurait entraîné l'annulation du programme, ou au minimum sa révision très sérieuse, et un nouveau report de la mise en service des nouveaux navires lance-missiles du projet 955. Cette situation est d'autant plus sérieuse qu'il n'y a pas d'alternative réelle et rapidement réalisable au Boulava. Le SLBM Sineva actuellement fabriqué en série pour les navires lance-missiles du projet 667DRM a d'excellentes caractéristiques techniques et tactiques, mais il a d'autres dimensions. L'essentiel est que les conditions différentes de stockage, d'entretien et de lancement du Sineva rendent l'adaptation potentielle des navires du projet 955 au nouveau missile assez onéreuse.

Le lancement réussi du Boulava a confirmé, une fois de plus, la possibilité théorique de réaliser le programme : le fait est qu'à une certaine étape, bien que des lancements réussis aient eu lieu, certains spécialistes avaient déclaré que le missile avait des défauts insurmontables ne permettant pas, même en théorie, d’espérer réaliser ce projet. Par conséquent, le récent lancement a confirmé l’idée selon laquelle les problèmes actuels du Boulava sont dus avant tout à des défauts de production et au faible contrôle de la qualité.

Cette situation engendrée par l'état critique du complexe militaro-industriel national qui a connu une longue période d'absence presque totale de financement et de commandes a été aggravée par la nouveauté du sujet. L'Institut de technologie thermique de Moscou (MIT) qui a conçu le missile Boulava pratiquement de zéro ne possédait pas d'expérience de travail avec des missiles balistiques des sous-marins (SLBM). Lorsque l'Institut a été chargé de concevoir un nouveau missile, on supposait utiliser pour la mise au point du Boulava des procédés techniques utilisés lors de la création des systèmes de missiles terrestres Topol et Topol M, mais ces espoirs ne se justifièrent pas, car le projet spécifique excluait de tels emprunts.

Les difficultés apparues aux essais ont été aggravées par le caractère aléatoire des défaillances. Les inconvénients du Boulava ne s'expliquaient par un défaut précis de construction, mais par l'échec de la culture technique et administrative, par conséquent, l'élimination de certaines déficiences ne garantissait pas l'absence de nouvelles surgissant, semblait-il, sans aucune raison apparente. Cet échec général n'a fait qu'aggraver les problèmes soviétiques typiques du contrôle de la fabrication en série.

En fin de compte, les délais de la mise en service du Boulava restent incertains malgré son récent tir réussi : un succès enregistré après une série d'échecs ne suffit certainement pas pour tirer des conclusions. Pour que celles-ci soient rendues possibles, il est nécessaire d'effectuer une série de tests qui confirmeraient enfin l'existence d'un système bien rodé de fabrication de missiles. Par conséquent, le perfectionnement du Boulava s’inscrit dans l’objectif bien plus difficile et grandiose d'établir une coopération entre les entreprises en vue de fabriquer des produits hight-tech foncièrement nouveaux.

Notre pays ne s'est pas posé de tels objectifs probablement depuis les années 1970, lorsqu'on a achevé la mise en fabrication en série de systèmes qui constituent actuellement la base de la puissance combative de toutes les Forces armées russes. Mais cet objectif doit être atteint dans les conditions de la dégradation de l'enseignement professionnel technique et de la formation des ingénieurs, du déficit sensible de spécialistes hautement qualifiés qui en découle et, de plus, dans le contexte des salaires ridicules de la majeure partie des employés des entreprises du complexe militaro-industriel.

Tant que ces tendances ne changeront pas (il est impossible de les surmonter en ne réformant que le complexe militaro-industriel), on ne peut pas parler de garanties de la mise en oeuvre réussie du projet Boulava. Tout succès exigera d'immenses dépenses sans connaître d'avance le résultat.

Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

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