Les légendes d’Anna Pavlova

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Anna Pavlova - Sputnik Afrique
Il existe une photo avec deux cygnes, le premier "immortel" et le second vivant. Le premier cygne représente Anna Pavlova, majestueuse, valétudinaire, despotique, fragile et grande ballerine qui danse dans la miniature de Mikhaïl Fokine sur une musique de Camille Saint-Saëns.

Il existe une photo avec deux cygnes, le premier "immortel" et le second vivant. Le premier cygne représente Anna Pavlova, majestueuse, valétudinaire, despotique, fragile et grande ballerine qui danse dans la miniature de Mikhaïl Fokine sur une musique de Camille Saint-Saëns. Le second cygne est l’oiseau préféré d’Anna Pavlova de sa propriété à Londres. On lui rognait les ailes pour l'empêcher de voler trop haut. En revanche, sa maîtresse volait, planait et virevoltait sur scène. Le 12 février marque le 130e anniversaire d’Anna Pavlova.

"Aucun fouetté, aucun truc virtuose, seulement la beauté et le glissement dans les airs, si léger qu’on dirait qu’elle ne faisait aucun effort…", s'est extasié Serge Lifar, danseur russe qui a dirigé par la suite la troupe de ballet de l’Opéra de Paris, en confiant ses premières impressions sur le spectacle d’Anna Pavlova. Mais par la suite, la ballerine au "talent de Mozart" a désagréablement surpris Serge Lifar: il a vu dans son jeu une "certaine singerie." On voit également sur ses portraits photos qu’elle outrait son jeu: les yeux langoureusement baissés ou le regard mélodramatiquement détourné.

Des dissonances dans la manière théâtrale d’Anna Pavlova ont été également remarquées par Serge de Diaghilev, créateur des légendaires Saisons russes promouvant l’art russe à l’étranger. Toutefois, l’impresario pardonnait beaucoup de choses à la ballerine avant qu'elle ne quitte son entreprise théâtrale.

"Nous avons tous été bercés par Diaghilev", explique Roland Petit, qui par "nous" sous-entendait les chorégraphes européens contemporains. Ses paroles se réfèrent également à Anna Pavlova. Quoi qu’il en soit, la gloire internationale de la ballerine a précisément commencé par les Saisons russes de Serge de Diaghilev.

Néanmoins, Anna Pavlova a commencé à voler de ses propres ailes dès 1910, après avoir passé une seule saison de ballet chez Diaghilev en 1909.

Anna Pavlova avait plusieurs raisons de faire une "carrière en solo." Premièrement, elle n’avait pas l’intention de partager le trône avec d’autres "primas." Anna Pavlova avait parfaitement appris les leçons de "règne monarchique", dispensées par Mathilde Kchessinskaïa. Cette dernière était la reine indétrônable du théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, et son autorité n'a été ébranlée qu'avec l’apparition dans la troupe de quelques jeunes talents, dont Anna Pavlova. Deuxièmement, étant indépendante et capricieuse, Anna Pavlova considérait Diaghilev comme un impresario trop autoritaire.

Il y avait une troisième raison de la rupture avec Diaghilev. Le compagnon de la danseuse, le baron Victor D'André a dépensé une somme colossale pour ses tenues dans les spectacles de Diaghilev et s’est retrouvé en prison. En signant un contrat avec l’agence théâtrale Bragg de Londres, Anna Pavlova a immédiatement reçu une avance et a libéré D’André de prison.

Sur scène la ballerine paraissait étrangère et éphémère. Mais cette femme fragile avait un caractère inflexible qui l’a aidée à entrer dans le monde du ballet puis à y régner. La fille illégitime d’une blanchisseuse et d’un banquier qui avait grandi dans la pauvreté est entrée à l’école théâtrale de Saint-Pétersbourg. Et dans un premier temps elle était considérée comme le "vilain petit canard." Les jeunes ballerines musculeuses se moquaient de leur condisciple maigrelette. Et seul le professeur, Pavel Gerdt, a expliqué à la débutante que sa force était dans sa fragilité. La jeune fille savait danser avec inspiration et légèreté, pouvait traduire dans la langue des mouvements toute émotion. En 1899, Anna Pavlova a été admise au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg et a commencé à danser Giselle, Raymonde, Aurore (La belle au bois dormant), Nikia (La Bayadère), Quitterie (Don Quichotte), Paquita. Au tout début du XXe siècle, elle a commencé à faire des tournées en Russie.

Et le partenaire d’Anna Pavlova, Mikhaïl Fokine, inspiré par sa plasticité, sa légèreté et son talent dramatique, a mis en scène des ballets pour elle: La Vigne en 1906, Les Sylphides et Le Pavillon d’Armide en 1907, Les Nuits d’Egypte en 1908. Fokine et Pavlova étaient considérés par le public comme des novateurs qui insufflaient une nouvelle vie au ballet et l'affranchissaient des stéréotypes.

Le principal chef d’œuvre, Le Cygne sur la musique du Carnaval des Animaux de Camille Saint-Saëns, a été créé par le chorégraphe (Mikhaïl Fokine) avec Anna Pavlova en 1907 en seulement quelques minutes. Et cette miniature palpitante est jusqu’à présent dansée par les plus grandes ballerines du monde. La miniature est célèbre sous le nom La Mort du Cygne.

En 1910, Anna Pavlova a fondé sa propre troupe pour parcourir avec elle des pays et des continents en organisant des tournées. Anna Pavlova a conféré au ballet russe une dimension internationale, et des théâtres nationaux de ballet ont commencé à faire leur apparition dans de nombreux pays. Le nom de la danseuse de ballet russe a servi à baptiser des parfums, des viennoiseries et même un avion. Elle a été parrainée par des monarques européens et imitée par des beautés du monde entier, des Etats-Unis à l’Inde. Les journaux ont publié ses innombrables photos et n’ont eu de cesse d’inventer des fables à son sujet.

Toutefois, Anna Pavlova a payé le prix fort pour asseoir sa légende. Pendant deux décennies, la danseuse a donné entre huit et neuf représentations par semaine, ne s’accordant de courte pause qu’une fois par an, le 31 décembre. Ses tournées se déroulaient aussi bien sur les scènes des plus grands théâtres de ballet du monde que dans des anciens greniers (comme, par exemple, en Australie). C’est comme ceci qu’elle définissait sa mission dans le domaine du ballet: "Faire oublier pour un instant aux gens leurs déboires et leurs soucis."

La dernière tournée pétersbourgeoise d’Anna Pavlova a eu lieu en 1914. Après la Révolution russe de 1917, elle expédiait dans sa patrie des denrées et des médicaments, elle soutenait financièrement de jeunes danseurs de ballet. La Grande-Bretagne est devenue sa patrie d’adoption. Avec son époux, Victor D’André, elle s’est installée à proximité de Londres, dans un hôtel particulier aux murs couverts de lierre. Elle y a poursuivi l’édification de sa légende dans un décor ultra-romantique comprenant un lac de cygnes (plusieurs oiseaux d'une blancheur immaculée ont été installés dans l’étang), des rosiers et des sculptures. La danseuse a un peu trop forcé sur les accessoires. Toutefois, le public lui pardonnait tout, même l'excès de décors de théâtre.

En 1931, lors d’une énième tournée, Anna Pavlova a pris froid dans un train mal chauffé. Les médecins n’ont pas réussi à la guérir de sa pleurésie. Elle est morte avant son cinquantième anniversaire. La légende veut qu’avant sa mort elle ait demandé qu'on lui prépare "sa tenue de cygne." Des années plus tard, des films et des livres lui ont été consacrés. Ma Pavlova, c’est ainsi que Roland Petit a baptisé l’un de ses ballets. Anna Pavlova restera une des grandes légendes de l’art du XXe siècle.

Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti.

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