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Musée théâtral Bakhrouchine

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Cette édition du cycle « Musées de Russie » est consacrée au Musée théâtral Bakhrouchine de Moscou.

Cette édition du cycle « Musées de Russie » est consacrée au Musée théâtral Bakhrouchine de Moscou.

Ce musée théâtral a été fondé le 29 octobre 1894 par Alexeï Bakhrouchine (1865-1929), industriel et mécène moscovite connu.

Sa collection comprend plus 1,5 millions de pièces : esquisses de costumes et de décors d’illustres scénographes, photographies et portraits, costumes scéniques de célèbres acteurs, programmes et affiches de spectacles, rares éditions sur l’art théâtral, objets d’arts décoratifs et appliqués et beaucoup d’autres choses.

A part de nombreuses expositions et un programme de visite détaillé, intéressant pour enfants comme pour adultes, le musée organise souvent des récitals et des soirées d’artistes connus, ainsi que des conférences sur l’histoire du théâtre avec à l’appui des pièces uniques du fonds.

Le fondateur du musée, Alexeï Bakhrouchine appartient à l’une des plus respectables familles marchandes de Moscou, des mécènes connus.

Le chef de la célèbre lignée, Alexeï Bakhrouchine, quitte en 1821 le gouvernement de Riazan pour s’installer dans Zamoskvoretchié, quartier de Moscou sur la rive droite de la Moskova, où résident traditionnellement des négociants. Il achète une petite tannerie, puis, l’un après l’autre, des terrains autour d’elle. Vers 1834 Bakhrouchine fait d’une production artisanale une usine, et en 1835 son propriétaire figure déjà sur la liste des commerçants moscovites. En 1861 le père du futur fondateur du musée théâtral visite des fabriques de cuir et de peaux en France, en Angleterre et en Allemagne pour appliquer des innovations dans les siennes. Des entrepreneurs comme les Bakhrouchine sont un facteur de stabilité sociale en Russie.

A Moscou on appelle les Bakhrouchine « bienfaiteurs professionnels ». En effet, la famille a la règle de terminer chaque année financièrement favorable par l’affectation des sommes au soutien des pauvres, des malades, des personnes âgées, des étudiants. Elle le fait sans étalage, ni pompe. La seule marque est que toutes les institutions de bienfaisance portent le nom des frères Bakhrouchine.

Alexandre Bakhrouchine a trois fils: Vladimir, Alexeï et Sergueï. Comme beaucoup d’enfants de négociants moscovites, ils font leurs études au gymnase privé Kreïman. Alexeï n’est pas un excellent élève et abandonne avant terme ses études, en déclarant vouloir travailler dans la fabrique. Pour le père, un fanatique des activités industrielles, c’est un argument assez valable.

Le jeune Alexeï Bakhrouchine passe le plus souvent ses soirées au théâtre. Depuis son jeune âge il se passionne pour l’opéra et encore plus pour le ballet, mais éprouve un engouement particulier pour les artistes du théâtre Maly (qu’il va garder pour toute sa vie). Peu de temps après son amour du théâtre devient une vraie passion.

Un jour en compagnie des jeunes le cousin d’Alexeï se met à vanter toutes sortes de reliques théâtrales rassemblées par lui – affiches, photographies, souvenirs d’occasion, achetés chez des antiquaires, etc. Bakhrouchine n’est pas enthousiasmé par ces acquisitions disparates. Pour qu’une collection ait une valeur, dit-il, il ne suffit pas d’acheter des objets à des vendeurs, mais il faut absolument les chercher soi-même, à condition d’avoir un intérêt personnel profond pour la matière. Autrement, ce sera un passe-temps inutile. Le cousin s’emporte, tout en louant son « trésor », Bakhrouchine renchérit…

"Si je m’y mets, je ferai mieux en un mois!", - s’emballe Alexeï. Le cousin mortifié propose un pari. Il est conclu en présence de nombreux témoins et est gagné à terme fixé. Ainsi un hasard suggère à Bakhrouchine quelle sera l’œuvre de toute sa vie.

Son expérience de collectionneur n’est pas alors riche. Bakhrouchine s’empresse de voir des bouquinistes et des antiquaires. Là des trouvailles étonnantes l’attendent. A la fin du 19e siècle Moscou est la terre promise pour les amateurs et connaisseurs de l’ancien. En plein centre de la ville les boutiques de bouquinistes se serrent les unes contre les autres dans les sous-sols. Ici il est possible d’acheter toute chose imprimée. Vers la fin du centenaire bien des nids de gentilhomme séculaires se ruinent, sont mis aux enchères, et souvent des objets anciens de valeur sont vendus pour un rien : meubles, lustres, statues, porcelaine de Sèvres, tapisseries des Gobelins, tapis, joyaux.

Ici, à Soukharevka, (lieu de la foire de dimanche) Alexeï tombe sur la première pièce de sa future collection. Pour 50 roubles il achète 22 petits portraits sales, empoussiérés, figurant des acteurs en costumes théâtraux. Bakhrouchine suppose qu’ils datent du 18e siècle. Le même jour il se rend à l’atelier artistique de l’éditeur Avanzo au coin de la rue Kouznetski Most et lui demande de nettoyer et de restaurer les portraits pour les mettre tous ensemble dans un grand cadre de chêne.

Lorsque le client vient chercher sa commande, les portraits sont méconnaissables, à tel point les couleurs retrouvent-elles leur éclat original.

Bakhrouchine est fasciné. Soudain il entend quelqu’un dire dans son dos :

"Vendez-les-moi!"

Il se retourne et voit alors devant lui un homme au visage grêlé et à la barbe blanche qui se présente comme Kondratiev, metteur en scène du théâtre Maly. Bakhrouchine refuse de lui vendre son acquisition, mais invite sa nouvelle connaissance chez lui, pour voir les portraits de plus près.

Après examen M. Kondratiev émet la supposition que les portraits seraient ceux des acteurs serfs du théâtre du comte Cheremetiev dans sa résidence d’été à Kouskovo. Cette hypothèse sera confirmée de nombreuses années plus tard, lorsqu’en prenant connaissance de la collection de Bakhrouchine, le descendant du propriétaire du domaine Kouskovo, le comte Cheremetiev, s’arrête, frappé, devant les tableaux achetés à Soukharevka.

"D’où vous tenez cela ?", - demande-t-il au maître de la maison et ayant entendu l’histoire de l’acquisition, lui raconte:

"Il y a bien longtemps ces portraits ont été volés de notre résidence à Kouskovo. Je m’en rappelle dès mon enfance. Ces petits portraits ont été peints à Paris et ont servi de modèles à des costumes faits pour les acteurs de la troupe de théâtre de Cheremetiev".

Peu de temps après le compte fait parvenir encore quelques portraits de la série qui par hasard ne sont pas volés. "C’est pour ne pas dépareiller la collection", explique-t-il à Bakhrouchine.

Alexeï reste très attaché à cette série de portraits, dont l’artiste française Marianne Kirzinger s’avère être l’auteur.

Alexeï montre pour la première fois sa collection aux amis le 11 juin1894. Et le 30 octobre de la même année Bakhrouchine organise dans la maison parentale à Kojevniki une exposition pour les amateurs. Il considère ce jour-là comme la date officielle de la fondation de son musée.

Bakhrouchine a de la chance de trouver une épouse qui partage entièrement sa passion pour le théâtre et ses projets, qu’elle l’aide à réaliser. Vera Nossova est fille d’un drapier millionnaire. En 1895 ils se marient. Pour les noces Bakhrouchine-père offre à son fils un terrain, où un hôtel particulier à étage est construit peu après. Les jeunes Bakhrouchine décident d’affecter trois pièces en sous-sol de l’immeuble à la collection.

La collection augmente progressivement. En plus des objets ayant appartenu à des personnalités du théâtre, Bakhrouchine rassemble ceux qui retracent l’histoire de celui-ci. Ainsi, il rêve longtemps d’acquérir pour sa collection du matériel d’anciens théâtres de marionnettes à gaine, guignol, « Miracles », « Petrouchka », répandus en Russie avant l’organisation du théâtre avec acteurs. Mais leurs propriétaires refusent de les vendre, malgré les sommes importantes proposées. Ce n’est qu’après 1908 que ses recherches aboutissent.

Les décors du ballet "Le lac des cigognes"               Photo: www.art-catalog.ru

En 1909 Alexeï commence à s’intéresser à des lunettes grossissantes, répandues dans la première moitié du 19e siècle avant les jumelles de spectacle. Au début il ne sait même pas au juste comment sont-elles. Mais Bakhrouchine persiste dans ses recherches, et quelque temps après devient propriétaire de toute une collection de lorgnettes.

En 1913 son père met à sa disposition un autre hôtel particulier, mais en peu de temps il regorge aussi de pièces rassemblées. Alexeï trie sans cesse ses richesses, les répartit par sections thématiques : théâtre, instruments de musique, compositeurs, littérature, ethnographie, etc.

"Quand je me suis affirmé dans ma conviction que ma collection a atteint une importance où je ne me croyais plus en droit de la garder, j’ai réfléchi à la question si moi, fils du grand peuple russe, ne devrais-je pas mettre ce rassemblement à la disposition de ce peuple". Alexeï Bakhrouchine prononce ces paroles le jour mémorable pour lui, le 25 novembre 1913, lorsqu’il confie sa collection à l’Académie russe des sciences.

Après la révolution de 1917 Alexeï ne quitte pas sa patrie. Sans doute, il ne peut s’imaginer une séparation d’avec l’œuvre de toute sa vie. Le 30 janvier 1919 le commissaire du peuple à l’Education Anatoli Lounatcharski signe l’arrêté suivant: "Vu son caractère spécifique, le musée théâtral Bakhrouchine à Moscou, relevant de l’Académie russe des sciences auprès du Commissariat du peuple à l’Education, passe … sous la direction de la section du Théâtre du Commissariat… ".

Deux jours après, le 1er février, il signe l’ordre: "Je nomme le membre du Bureau de la section de l’histoire du théâtre Alexeï Bakhrouchine directeur du musée théâtral Bakhrouchine de la section du Théâtre au Commissariat du peuple à l’Education".

Bakhrouchine est l’un des rares mécènes moscovites, dont les activités continuent sous le pouvoir soviétique dans la même qualité qu’avant la révolution. En effet, directeur du musée à vie, il le reste jusqu’à ses derniers jours.

Bakhrouchine prouve dans les faits qu’on ne naît pas collectionneurs de niveau national et mondial, mais on les devient. Dans la période d’avant l’ouverture du musée Bakhrouchine est plutôt un dilettante et amateur, et il n’y a rien d’extraordinaire dans son hobby: collectionner et rassembler était un passe-temps assez répandu pour les gens de son milieu. Mais à force de consentir de grands efforts, il perfectionne les mécanismes de complètement de sa collection, découvre de nouveaux procédés pour obtenir des pièces souhaitées.

Avec la disparition de sa génération c’est une époque brillante des collections de négociants moscovites qui s’en va. Certes, on continue de constituer des collections par la suite, mais il n’est plus possible de le faire à cette échelle.

Après la mort de Bakhrouchine le musée cherche, à l’instar de son fondateur, à conserver avec soin et à agrandir la collection, qui en dépit de tous les détours de l’histoire politique, dresse un tableau objectif et complet de l’histoire théâtrale.

© Photo: ru.wikipedia.org/ NVO/cc-by-sa 3.0
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