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Les visas, instrument du dialogue russo-américain

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La simplification du régime des visas entre la Russie et les Etats-Unis, qui facilitera la vie des touristes et des hommes d'affaires, est une initiative tendant à surmonter la tension dans les relations bilatérales, selon les experts.

La simplification du régime des visas entre la Russie et les Etats-Unis, qui facilitera la vie des touristes et des hommes d'affaires, est une initiative tendant à surmonter la tension dans les relations bilatérales, selon les experts. Cependant, même si cette tentative réussit, il ne faut pas s’attendre à l’annulation du régime des visas à court terme, avertissent les politologues.

Samedi, la Russie et les Etats-Unis ont échangé des notes portant sur la simplification du régime des visas. Selon ces documents, les représentants des milieux d'affaires et les touristes pourront recevoir des visas multiples d’une durée de 3 ans, et des visas multiples d’un an pourront être délivrés aux hauts fonctionnaires des deux pays.

Quel est l’objectif

L’annulation du régime des visas entre la Russie et les Etats-Unis a été proposée par le premier ministre russe Vladimir Poutine en mars dernier pendant sa rencontre avec le vice-président américain Joe Biden.

"Les Américains ne sont pas enthousiastes à cette idée. La simplification [du régime des visas] est une concession faite à la Russie", a déclaré à RIA Novosti Viktor Kremeniouk, directeur adjoint de l’Institut russe des Etats-Unis et du Canada.

Selon l’expert, l’absence d'enthousiasme des Américains est associée au fait que les relations entre la Russie et les Etats-Unis se développent très lentement. "Si les deux pays avaient des relations plus intenses, notamment dans le milieu des affaires et des échanges culturels, une grande partie des Américains serait alors intéressée par l'allègement du régime des visas. Mais les pays n’ont pas de liens très actifs, et c’est la raison pour laquelle les Américains l’interprètent de la manière suivante: la Russie formule une demande à laquelle il faut accéder, sinon les relations pourraient à nouveau se retrouver dans l’impasse", a expliqué Viktor Kremeniouk.

La simplification du régime des visas pourrait donner une impulsion au développement des relations dans le domaine des affaires et de l’économie, estime l’expert. "Quel est le but de cette mesure? Pourquoi les relations russo-américaines stagnent? Les pays ne développement pas leurs relations et n’ont pas de nouveaux domaines de coopération, tels que le commerce, les investissements et l’échange de technologies, dit-il. Ainsi, l'allègement du régime des visas pourrait contribuer dans une certaine mesure au développement des relations, par exemple dans le milieu des affaires."

Les concessions liées à la simplification du régime des visas reflètent les problèmes économiques aux Etats-Unis, estime Mikhaïl Deliaguine, directeur de l’Institut des problèmes de la mondialisation. "C’est probablement le reflet des problèmes économiques aux Etats-Unis qui doivent permettre d’assurer l’afflux des représentants des milieux d'affaires et la stimulation de l’activité économique. Mais même si c’est le cas, c’est merveilleux car l’extension des liens commerciaux et économiques est une bonne chose", a-t-il déclaré à RIA Novosti.

Cette mesure peut être également qualifiée de positive du point de vue de l’amélioration de la confiance entre les deux pays, estime Timofeï Bordatchev, directeur du Centre d’études européennes du Haut collège d’économie.

La simplification du régime des visas n’améliorera pas les relations

En dépit des avantages évidents pour le développement des relations commerciales et économiques, la simplification du régime des visas est peu susceptible de permettre de surmonter la tension politique dans les relations entre Moscou et Washington, déclare Mikhaïl Deliaguine.

La détérioration des relations est due aux différends concernant le système de défense antimissile (ABM). Les Etats-Unis ont refusé de remplir les exigences de Moscou et de fournir les garanties juridiques attestant que les systèmes de l’ABM n’étaient pas dirigés contre la Russie. De plus, comme l’a annoncé le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov le weekend dernier, Les Etats-Unis ont reconnu que leurs plans de déploiement de l’ABM pourraient concerner les mers Noire, de Barents, du Nord et la mer Baltique.

La Russie a déclaré à maintes reprises qu’elle n’excluait pas la possibilité des mesures de rétorsion à caractère militaro-technique, pouvant aller jusqu’à la dénonciation du Traité de réduction des armes stratégiques (START-3).

Un autre problème détériore les relations entre les deux pays: il s'agit de la création par Washington de la "liste Magnitski", qui interdit d’entrée aux Etats-Unis plusieurs hauts fonctionnaires russes impliqués dans l’enquête sur l’affaire Sergueï Magnitski, juriste pour le fonds d'investissement Hermitage Capital mort en garde à vue en 2009.

Certains experts supposent que le consentement des Etats-Unis pour simplifier le régime des visas avec la Russe est dicté par la volonté de Washington de diminuer l’impact négatif de l’interdiction de séjour pour certains fonctionnaires et de montrer que les citoyens ordinaires étaient les bienvenus, au contraire.

Ce qui empêche l’annulation des visas

La Russie souhaite parvenir à abolir le régime des visas non seulement avec les Etats-Unis, mais également avec l’Union européenne. Cette question devrait être discutée une nouvelle fois au sommet UE-Russie, qui se tiendra à Bruxelles à la mi-décembre.

Ni l’UE, ni les USA n’annuleront le régime des visas avec la Russie tant que les autorités russes ne réussiront pas à diminuer la corruption et à normaliser la situation dans le Caucase du Nord, estime Mikhaïl Deliaguine. La situation dans le Caucase du Nord a toujours préoccupé les Européens et les Américains, et c’est l’un des principaux obstacles à l’abrogation du régime des visas, explique-t-il.

"Le régime de visas sera maintenu entre la Russie et tous les pays développés en raison du Caucase du Nord, car tous les pays développés ont leur propre criminalité ethnique, et ils n’ont pas besoin que celle d’autres pays vienne s'y ajouter. Lorsque la crise sociale dans le Caucase du Nord sera surmontée, le Caucase du Nord deviendra une région normale de la Fédération de Russie, et non pas un territoire de tension, il sera alors possible d’aborder le thème du régime sans visas", estime Mikhaïl Deliaguine.

La situation dans le Caucase du Nord préoccupe effectivement les Etats-Unis et l’Union européenne, notamment lorsqu’il est question de l’annulation des visas, reconnaît Timofeï Bordatchev, qui souligne cependant que les craintes des Américains et des Européens sont très exagérées.

Un simple bout de papier

Par ailleurs, Timofeï Bordatchev est convaincu que la question de l’annulation du régime des visas est un problème purement politique. "D’un point de vue technique, ce bout de papier dans le passeport n’est absolument pas nécessaire. Il est possible de contrôler les déplacements des citoyens sans visas, grâce aux moyens dont dispose la police des frontières, explique Timofeï Bordatchev. C’est la raison pour laquelle la progression vers l’annulation des visas est un indice de volonté politique et de confiance."

Selon l’expert, les Etats-Unis et l’UE peuvent utiliser la volonté de la Russie d’abroger le régime des visas pour exercer une pression politique sur Moscou. Cette supposition paraît fondée étant donné qu’il existe de sérieux différends entre la Russie et l’Occident non seulement au sujet de l’ABM, mais également concernant les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, où les protestations à grande échelle se poursuivent. Par exemple, la Russie critique violemment la politique de l’Occident à l’égard de la Syrie et les actions de l’Otan en Libye.

Toutefois, en dépit des différends politiques, l’annulation du régime des visas n’est qu’une question de temps, estime Timofeï Bordatchev. "Je pense que dans 10-15 ans, sauf cas de force majeure à l’échelle mondiale, la Russie et l’UE, ainsi que la Russie et les Etats-Unis pourraient mutuellement instaurer un régime sans visas", résume l’expert.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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