Une situation critique

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Une situation critique - Sputnik France
Jean-Dominique Giuliani, le président de la fondation Schuman, commente la situation en Europe. La semaine sera sûrement décisive pour la zone Euro.

Cette semaine devrait être une semaine décisive pour la zone euro. Le vieux continent est depuis quelques temps déjà, perturbé par une crise de surendettement, les rencontres entre chefs d’états se multiplient et il semble même naturel qu’elles ne donnent pas de résultats concret. Mais cette fois, la situation semble vraiment grave, l’épée de Damoclès, la suppression du AAA, est suspendue au dessus de la France et menace de s’abattre si une solution n’est pas trouvée rapidement.Ensemble les états européens doivent trouver la sortie de cette crise.

Nous avons demandé son avis sur la situation au président de la fondation Robert Schuman, Jean-Dominique Giuliani.

Quelle est la réforme du financement du modèle social est devenue urgente annoncé par Nicolas Sarkozy?

Il s’agit du niveau d’endettement des pays européens. Ils ont accumulé beaucoup de dettes ces dernières années. Elles doivent être réduites si on veut remuscler notre économie dans un monde en plein bouleversement.

La perte du AAA serait inévitable, la situation est si grave que ça?

On ne peut pas dire que la situation s’aggrave, la situation est préoccupante parce que nous avons accumulé des dettes, mais nos économies gardent encore beaucoup de ressort à condition de faire les efforts nécessaires en terme de gestion publique.

La semaine sera décisive pour la zone euro, notamment avec la rencontre entre Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel ce lundi et le sommet des chefs d’Etat jeudi et vendredi. Est-ce que vous pensez qu’il y aura des résultats suite à ces rendez-vous?

La France et l’Allemagne prennent l’initiative de proposer une discipline qui a manqué dans le passé. Ce doute, cette crise de confiance à l’égard de la zone euro, elle est très largement irrationnelle, quand on compare l’économie européenne par rapport aux autres économies mondiales. Elle est plutôt moins endetté que les grandes économies occidentales. Elle est pleine de ressources, à condition de mieux les gérer. La France et l’Allemagne pensent qu’il faut se concerter au sein de l’euro zone, ce qui incontestablement manquait, donc ils proposeront des modifications des traités. Mais ils ont déjà annoncé un certain nombre de décisions cet été et ils continueront à en annoncer sur le plan bilatéral, ce qui est très important quand on connaît le poids de la France et de l’Allemagne en Europe. Ils représentent près de la moitié de la richesse de la zone euro et de surcroît leur démarche peut être soutenue par plusieurs pays.

La semaine prochaine peut vraiment apporter une décision qui va régler la crise?

Il y a des difficultés. Il faudra du temps pour les surmonter, mais on sent déjà que les marchés ont compris que l’euro ne disparaîtrait pas malgré toutes les critiques largement injustifiées à l’égard de l’euro. L’Europe n’est pas un Etat. C’est donc plus difficile de décider, malgré tout l’Euro est toujours là et les économies européennes ne sont pas les plus ridicules, elles restent les plus riches du monde. Pour l’instant, elles ont un problème de croissance, un problème de perte de poids. Puisque notre régime social est extrêmement généreux, il faut le gérer de manière beaucoup plus rigoureuse. Ils proposent de le faire au niveau européen et je pense que c’est une bonne manière de rassurer ceux qui pourraient être inquiets.

Dans le pire des scénarios, qu’est ce qui pourrait arriver à la zone Euro?

Je n’envisage pas le pire des scénarios.

Mais la crise pourrait durer encore combien de temps?

La crise est liée à l’ensemble des économies occidentales, qui sont dans la même situation, qui ont un déficit de croissance. Elles sont tellement riches, elles ont eu une croissance tellement rapide depuis la seconde guerre mondiale, ce qui n’est le cas de personne en dehors des Etats-Unis et de l’Europe. Aujourd’hui se développent d’autres pays et d’autres continents. Il y a donc une nouvelle phase qui s’ouvre pour l’Europe et je crois que c’est ça que la France et l’Allemagne veulent préparer, en modifiant les traités, en renforçant la discipline, en ouvrant des dossier, qui jusqu’ici n’ont pas été ouverts, celui de la fiscalité commune par exemple. Si on fait quelques efforts on a l'assurance que tous les moyens que nous avons et qui sont énormes pour surmonter cette crise, pourront s’ajouter, s’additionner et donc ramener le calme sur des marchés un peu irrationnels, qui ont tort de penser que l’Euro pourrait disparaître.

Par rapport aux réformes, Mme Merkel a annoncé que l’on peut considérer cette crise comme une chance pour changer certains modes de fonctionnement, êtes-vous d'accord?

Il y avait quand même dans l’Euro un certain nombre de chose qui n’avaient pas été prévues. L’Euro était tellement protecteur, qu’on a pas fait l’effort d’avoir des politiques économiques communes, des budgets concertés, des fiscalités convergentes. C’est ce qu’on va faire maintenant.

Quelle union fiscale peut être envisagé?

La France et l’Allemagne ont déjà décidé de faire un impôt sur les sociétés commun à partir de 2013, c’est à dire à la fin de l’année prochaine. C’est quelque chose de très important, je ne doute pas que la France et l’Allemagne souhaiteraient être rejointes par d’autres sur le même sujet. Elles vont proposer à leurs partenaires de le faire et si leurs partenaires ne veulent pas, il faudra une forte détermination franco-allemande pour le réaliser sur un plan bilatéral. Elles s'allieront avec ceux qui sont décidés à aller de l’avant. C’est bien cette question qui est posée lors de cette crise de confiance. Est-ce que vous êtes bien sûrs que vous voulez continuer le projet européen? On a l’impression de voir des tribus européennes divisées. Il faut maintenant démontrer le contraire et je crois que la détermination est forte.

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