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L'état de santé de Poutine et le sort du gouvernement russe

© Sputnik . Alexei Naumov Fedor Loukianov
 Fedor Loukianov - Sputnik France
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Vladimir Poutine ne nous avait pas habitués à ce genre de nouvelles. L’interruption de ses voyages à l'étranger et les communiqués sur son traumatisme sportif ont engendré une vague de rumeurs prétendant que l'état de santé réel du président russe est tenu secret.

Vladimir Poutine ne nous avait pas habitués à ce genre de nouvelles. L’interruption de ses voyages à l'étranger et les communiqués sur son traumatisme sportif ont engendré une vague de rumeurs prétendant que l'état de santé réel du président russe est tenu secret.

Certains ont même commencé à tirer des parallèles avec la période soviétique tardive et la maladie de Boris Eltsine. L'intensité des spéculations ne correspond certainement pas aux faits car Poutine reste toujours visible, bien qu'il soit devenu moins actif. Une telle attention sur sa personne ne témoigne que d'une chose : le rôle de Poutine dans la politique russe et mondiale est très grand, même s'il est probablement exagéré.

L'année 2012 a commencé par des événements politiques très tumultueux en Russie, qui ont remis en question la stabilité du gouvernement. Ils ont également donné des raisons d’évoquer la fin de l’époque où il était le dirigeant tout-puissant du pays - voire la fin de l'ère Poutine.
La campagne présidentielle, l'élection et tout ce qui a suivi ont prouvé que les opposants s'étaient précipités en espérant la fin de son règne. Le gouvernement l'a emporté face à l'opposition en se servant de divers instruments et à la fin de l'année, tout ce qui restait de l'enthousiasme de la protestation n’était que de l'irritation - telle qu’on la ressent après une opportunité manquée - ainsi que de l'amertume et de l'insatisfaction face à la prestation des leaders de l'opposition.
Les discussions sur le mauvais état de santé de Poutine sont très opportunes – les opposants au régime en Russie et en Occident, qui n'ont pas atteint leur objectif politique, espèrent qu'ils réussiront d'une autre façon. Ce scénario semble illusoire, mais ne signifie pas que le gouvernement russe peut désormais se reposer sur ses lauriers.

Dans la politique russe, chaque cycle de stabilité du gouvernement dure cinq ans. On pourrait prendre pour point de départ l'année 1993, quand la question du gouvernement en Russie a pris fin. La dissolution forcée du Conseil suprême a mis un terme à la confusion des deux premières années suivant l'effondrement de l'URSS et a symbolisé une sorte d'abandon des institutions soviétiques tout comme la victoire de la nouvelle élite. Cinq ans plus tard, en 1998, le crash économique remettait en question sa souveraineté et menaçait l'élite victorieuse de 1993.
En 2003 : l'affaire Ioukos, dont l'Etat s'est servi pour limiter les possibilités politiques des grandes entreprises et établir de nouvelles règles de conduite. En 2008 enfin, la première guerre de la Russie contre un autre Etat après la chute de l’URSS a forcément marqué une étape décisive.

Prochaine étape à prévoir ? 2013. Ce qui n'entre pas en contradiction avec la logique et les événements actuels. La société s'est réveillée, le rapport de forces et d’intérêts change. Et, bien que les protestations survenues au tournant de 2011 et 2012 aient cessé, les raisons qui les ont engendrées sont toujours présentes. La nature obsolète du modèle antérieur est évidente mais on ne voit pas pour autant de forces motrices qui permettraient de créer une nouvelle structure.

Comment tout cela affecte le positionnement de la Russie dans le monde ? A première vue, l'effet est le suivant : la démonstration faite par le gouvernement de la confiance en soi et de sa capacité d'action, même si cela indigne les partenaires étrangers, renforce par la suite les relations.

Les tirs sur le parlement, l'arrestation de Mikhaïl Khodorkovski et l'intervention en Géorgie – ces trois actions ont été relativement - ou formellement - condamnées par les puissances occidentales. Cependant, aucune d'elles n'a eu de conséquences fatales. Au contraire, l'affaiblissement du gouvernement en 1998 a provoqué une profonde crise relationnelle. Il suffit de rappeler la grande campagne anti-Eltsine menée par la presse occidentales à la fin des années 1990, l'affaire Bank of New York, la déception générale et la perception de la Russie en tant que monstre kleptocrate tombant en morceaux tout en restant agressif. Les relations ont commencé à s'améliorer après l'arrivée de Vladimir Poutine au début des années 2000. Encore une fois, la démonstration de sa capacité d'action dans la guerre de Tchétchénie, cruelle et sanglante, en dépit de la critique cinglante dans le monde entier, a contribué à diriger de nouveau l'attention vers la Russie. Si, dans les années 1998-1999, les articles analytiques intitulés
"Un monde sans la Russie" étaient courants, en 2001 déjà Moscou était redevenu un partenaire potentiellement intéressant. Il ne s'agit pas d'un double standard ou d’un cynisme occidental mais de l'évaluation élémentaire des perspectives : plus le gouvernement est stable, plus il est sensé de tirer des plans à son égard.

A partir de là, la solution du problème hypothétique de 2013 paraît évidente. Le Kremlin doit faire preuve de rigidité et montrer qu'il continue de parfaitement contrôler la situation.
C'est primordial pour Poutine. Car sa politique étrangère était principalement bâtie sur sa réputation personnelle – celle d’un dirigeant ferme détenant la totalité du pouvoir sur son territoire et, de ce fait, capable de prendre toute décision.

Peu apprécient les mœurs autoritaires de Vladimir Poutine. Mais, sur fond de dysfonctionnement de l'Union européenne et de la polarisation paralysante du système politique des partis aux
Etats-Unis, la capacité qu’a le président russe de "régler les problèmes" si on arrive à s'entendre avec lui suscite parfois la jalousie latente de ses interlocuteurs.

C'est en partie la raison pour laquelle Poutine, en tant que dirigeant, occupe dans le classement informel de l'influence mondiale une position bien plus haute que la Russie en tant qu'Etat.
Si son image de "patron de toute la Russie" était sérieusement remise en question, que ce soit en raison de l'instabilité intérieure, de son état de santé ou de la crise, cela se reflèterait sur la scène internationale et, par conséquent, sur l'efficacité de sa politique - directement liée, donc, à son image. En d'autres termes, le président russe a besoin de confirmer sa validité, de même que dans les crises antérieures du "cycle de cinq ans". La nuance, c'est que le fond de cette "validité" est différent aujourd'hui. Premièrement, l'opposition intérieure a changé. Deuxièmement, les conditions extérieures aussi.

Dans les années 1990 et 2000, la Russie et son gouvernement prouvaient simplement leur existence – sur le plan économique, géopolitique et psychologique. En tant que successeur de l'Union soviétique, la Russie avait besoin de rappeler qu’après l'effondrement, les tendances destructrices avaient été stoppées et que le pays n'avait pas à être "rayé de la liste". En pratique, cela signifiait une répression des diverses "forces destructrices" afin de montrer la présence de forces et de volontés dans le pays.

Aujourd'hui, la phase de rétablissement est terminée et l'objectif est donc différent : il ne faut plus réprimer mais intégrer, faire en sorte que des souches sociales qui ont conscience de leurs intérêts et besoins adhèrent à un processus de création. Prouver qu’elles ne sont pas destructrices et égoïstes comme les anciens opposants – les revanchards de 1993, les oligarques de la fin des années 1990, les séparatistes et autres - mais visent (du moins la majorité, car la présence de radicaux est inévitable) une transformation positive.

D'autre part - et c'est un élément extérieur -, la capacité du pouvoir à réprimer la fronde n'est plus considérée comme une preuve de validité. C’est plutôt l'inverse : l'incapacité à régler une situation en évitant la violence politique est perçue comme une défaillance de la machine administrative. Le monde connaît un éveil social général et dans ce contexte, toute tentative de fixer un statu quo, de stopper les processus naturels, même avec les meilleurs intentions, soulève la question de la légitimité du gouvernement. L'étape de 2013 est une combinaison de la perméabilité des frontières, du chaos empirant à l’extérieur et de la hausse de l'activité consciente au sein du pays. La Russie postsoviétique a survécu à d'autres crises plus dangereuses et profondes mais elles étaient plus claires : on savait quoi faire et comment réagir. La crise à venir promet d'être plus complexe de ce point de vue. Et les dirigeants auront besoin d'être vraiment en forme.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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