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La restitution des œuvres d’art en France prend de l’ampleur

© Photo : EPALa restitution des œuvres d’art en France prend de l’ampleur
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La justice finit par l’emporter. Au bout de 68 ans, les œuvres d’art dérobées durant la seconde guerre mondiale commencent à retrouver leurs possesseurs historiques ou plutôt les successeurs de ceux-là en France.

 


La justice finit par l’emporter. Au bout de 68 ans, les œuvres d’art dérobées durant la seconde guerre mondiale commencent à retrouver leurs possesseurs historiques ou plutôt les successeurs de ceux-là en France. En effet, pour accélérer la restitution des œuvres d’art aux Juifs, victimes de la politique de spoliation du régime nazi, le gouvernement français a décidé de lancer un projet de recherche des personnes privées de leurs biens représentant notamment des œuvres d’art d’une valeur considérable, pendant cette période sinistre de l’histoire de l’humanité. A cette époque-là, les Juifs persécutés subissaient une vaste spoliation de leurs biens culturels qui leur étaient confisqués soit rachetés « bon marché ».

C’était Jaques Chirac qui a été le premier des présidents de la République à reconnaître la responsabilité de la France pour la déportation des Juifs français dans des camps d’extermination effectuée par le gouvernement collaborationniste de Vichy. En 1997, la commission de recherche « Mattéoli » qui s’est occupée de la restitution à des victimes de la Shoa a été constituée au sein du gouvernement Chirac. Elle a révélé qu’il y avait quelques 100 mille œuvres d’art que les nazis avaient confisquées aux Juifs français dont 60 mille ont été rendues à la France immédiatement après la guerre. Parmi ces 60 mille œuvres 45 mille ont été transmises à leurs propriétaires historiques avant l’année 1949. Dans les années 1950 encore 13 mille de ces 60 mille biens culturels ont été vendus. Et il n’en est resté à la France que 2000 objets d’art qui ont été récupérés par l’Etat pour se retrouver dans des musées en France où elles ont été répertoriées « MNR » (Musées Nationaux Récupération) ce qui peut être traduit grosso modo comme « à être restitué ».

Le 19 mars sept œuvres d’art faisant partie de ces MNR ont été solennellement rendues à leurs propriétaires. Tom Selldorff, descendant de Richard Neumann, un industriel juif autrichien collectionneur de peinture, a été l’une de ces deux personnes qui ont eu la chance de récupérer le patrimoine ancestral. Six peintures allemandes et italiennes du XVIIIème siècle ont été transmises à M. Selldorff lors d’une cérémonie « historique ». Et ce n’est que le début, affirmeMuriel de Bastier, membre de la Commission d’indemnisation des victimes de spoliation, responsable du service des biens culturels mobiliers dans l’interview qui suit.

LVdlR :Bonjour, Madame !Il nous est parvenu que sept œuvres d’art ont été rendues à leurs propriétaires, à des familles spoliées durant la seconde guerre mondiale. C’est votre commission qui s’en est occupée ?

Muriel de Bastier : En effet, hier la Ministre de la culture et de la communication Aurélie Filippetti a restitué à deux familles sept tableaux : six tableaux à une famille et un autre tableau à l’autre. Pour les six tableaux qui ont été restitués la demande de restitution est passée par la Commission d’indemnisation, donc c’est nous qui nous sommes occupés des recherches, bien évidemment, avec l’aide de certains fonds d’archives, de certaines institutions comme le Ministère des affaires étrangères et les musées de France, et également avec l’aide de l’historienne d’art autrichienne, Sophie Lilli, qui a découvert ces tableaux, pour être plus exacte.

LVdlR :Merci !On vient d’apprendre aussi que le gouvernement français a décidé de lancer un projet qui s’appelle « Task Force » pour engager une « démarche proactive » pour rechercher les propriétaires de ces œuvres d’art, de 2000 œuvres d’art qui se situent dans les musées de France actuellement, vous êtes au courant de ce projet ?

Muriel de Bastier : Oui, l’Etat français a décidé d’activer les recherches sur un certains nombre de MNR (Musées Nationaux Récupération). On l’appelle un groupe de travail MNR, c’est-à-dire différentes institutions dont, bien entendu, les musées de France, le Ministère des affaires étrangères, la Fondation pour la mémoire de la Shoa mais également la CIVS, notre commission, vont faire des recherches actives pour tenter de retrouver des propriétaires de ces œuvres et plus spécifiquement sur 163 MNR qui ont été d’une manière certaine spoliées. Disons que c’est un début. On est certain que ces 163 œuvres qui représentent des tableaux mais aussi des objets d’art ont été spoliées à des personnes. S’agissant des autres MNR, on peut arriver à 2000, elles ont une autre histoire, elles ont été soit achetées sur le marché de l’art, soit même pour certaines, ce sont des œuvres qui ont été fabriquées au moment de la guerre et elles sont revenues en France mais elles ont pas du tout été spoliées à des personnes. Ce qu’il nous semble important, on doit travailler dans un premier temps sur les œuvres spoliées. Rien n’empêchera à l’avenir de poursuivre sur les autres.

LVdlR :C’est surtout les œuvres d’art qui appartenaient à des Juifs, c’est ça ?

Muriel de Bastier : Oui, a priori ce ne sont que des œuvres d’art qui appartenaient à des familles juives. C’était la politique de spoliation des familles juives en France et dans d’autres pays, d’ailleurs, qui a été mise en place par les nazis et ne portait que sur des biens appartenant à des Juifs. S’agissant d’autres familles non-juives on parle plus de dommages de guerre à la suite des bombardements ou des pillages non liés à la loi antisémite, en tous cas.

LVdlR : Et pourquoi donc le gouvernement français a-t-il décidé d’engager cette démarche en ce moment-là, qu’en pensez-vous ?

Muriel de Bastier : Ces recherches ne sont pas une nouveauté. Vous avez eu le travail de la mission « Mattéoli » à la fin des années 1990. Cette mission comprenait une vingtaine de chercheurs qui ont déjà travaillé sur ces MNR pendant deux ans pour effectuer un travail de recherche de propriétaires. Ces recherches n’ont pas toutes abouti. On n’a pas réussi à remonter jusqu’aux propriétaires. Ensuite vous avez eu la mise en place fin 1999 de la Commission d’indemnisation des victimes de spoliation qui travaille aussi sur la recherche des biens culturels entre autres mais qui indemnise pour tout autre chef de préjudice et les recherches sont effectuées au sein même des musées lorsqu’il y a des demandes de la part de personnes concernant ces MNR ou autres œuvres d’art. Là, ce qui se passe c’est qu’en effet, 68 ans après on sait que les archives restent mais la mémoire des personnes disparaît avec elle et qu’il faut absolument accélérer le travail pour essayer de retrouver, si c’est possible, mais plus on s’éloigne dans le temps, moins les éléments pour retrouver les propriétaires se mettent en place. Donc, pourquoi aujourd’hui ? Tout simplement parce que c’est aussi l’aboutissement de réflexions d’Etat qui ont été menées mais c’est juste une accélération. Le travail n’a jamais cessé depuis la mission « Mattéoli ».

On remercie madame Muriel de Bastierde cette explication détaillée et on espère que la « démarche proactive » du gouvernement français portera bientôt ses fruits et permettra aux œuvres d’art conservées dans les dépôts de musée de trouver leurs véritables maîtres.

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