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Les leçons de la guerre russo-géorgienne cinq ans plus tard

© Sputnik . Alexei NaumovFedor Loukianov
Fedor Loukianov - Sputnik France
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Le conflit entre la Russie et la Géorgie s'est produit il y a seulement cinq ans, mais cette époque semble très lointaine aujourd'hui.

Le conflit entre la Russie et la Géorgie s'est produit il y a seulement cinq ans, mais cette époque semble très lointaine aujourd'hui. Beaucoup de choses ont changé pendant cette période – aussi bien en Géorgie qu'en Russie, ainsi que dans les pays qui étaient indirectement impliqués dans ce conflit.

Commençons par la Géorgie – le premier pays parmi les anciennes républiques soviétiques à être entré en conflit armé direct avec la Russie. Cet événement est indiscutablement extraordinaire et marquant. La Géorgie a changé politiquement et a changé de gouvernement en automne dernier. La guerre de cinq jours en août 2008 n'a pas entraîné la démission de Mikhaïl Saakachvili, malgré les espoirs de Moscou, mais il a subi un grave préjudice moral et politique. Le régime devenait moins réformiste et plus répressif, visant uniquement à conserver le pouvoir. Lorsque trois ans plus tard Saakachvili s'est retrouvé face à un adversaire puissant, il s'est avéré que son appui était bien plus fragile qu'on ne le pensait.

Le parti Rêve géorgien actuellement au pouvoir promet d'enquêter sur les causes du conflit armé et de déterminer le rôle de Tbilissi. Les représentants du gouvernement reconnaissent les graves erreurs commises à l'époque. Toutefois, il ne faut pas s'attendre à ce que la Géorgie revoit complètement son point de vue sur cette guerre. Le traumatisme est très profond. Et même si un dirigeant tentait de changer brusquement le fait de se considérer comme une victime, cela serait lourd de conséquences politiques imprévisibles. Il n'est dont pas prouvé qu'il faille le faire, même si pour les relations avec la Russie, ce serait une véritable révolution, une percée vers quelque chose de complètement différent.

Le nouveau gouvernement a suffisamment de problèmes. Selon la majorité des prévisions, le Rêve géorgien remportera facilement la présidentielle en octobre, et le Mouvement national uni, le parti de Saakachvili, faiblit. Cependant, premièrement, la Géorgie continue à dépendre de l'avis de l'Occident, et les tentatives des "rêveurs" de faire le ménage politique y sont perçues comme des poursuites politiques, bien qu'elles soient parfaitement justifiées. Par conséquent, il serait judicieux d'être plus prudent. Deuxièmement, lorsque l'oppression et la pression de l'ancien gouvernement ont cessé et que la population a commencé à ressentir un véritable soulagement, on a commencé à constater des inconvénients de la démocratie. La Géorgie est un pays où l'on débat activement et où la vie politique bat son plein, mais on ne voit pas pour autant de travail de création efficace. La situation où le pouvoir reste sans opposition est dangereuse – le Mouvement national uni est irrémédiablement discrédité, et il n'existe aucune autre force politique sérieuse. La vie sans une opposition sérieuse pervertit le gouvernement, comme l'histoire le montre si bien. Quoi qu'il en soit, on ne prévoit pas de retour vers l'aventurisme – la Géorgie a tiré des leçons de ce qui s'est produit.

L'Occident en a également tiré des conclusions. La guerre d'août 2008 a mis fin à l'expansion de l'Otan vers l'est, elle ne fait plus l'objet des discussions politiques occidentales, du moins dans les formes pratiques. Un grand tournant politique serait nécessaire aux Etats-Unis pour que ce thème redevienne prioritaire. On ne peut pas écarter cette hypothèse mais en réalité, l'orientation est plutôt contraire. L'extension active de l'Otan qui masquait pendant les années 2000 l'absence de compréhension de ce que l'alliance doit faire cède aujourd'hui la place aux tentatives de l'adapter aux tâches réelles. Or elles n'ont pas grand-chose à voir avec le Caucase, et l'espace postsoviétique en général ne semble pas susciter beaucoup d'enthousiasme.

Les cinq années qui se sont écoulées depuis la guerre de cinq jours étaient une période de quête. La victoire face à la Géorgie a été interprétée comme une étape importante, comme une revanche psychologique sur plus de deux décennies de retraite géopolitique. C'est à la même époque qu'il s'est avéré qu'il n'y aurait aucune expansion au nom de la récupération de ce qui a été perdu après l'effondrement de l'URSS

(chose que craignaient sérieusement l'Occident et certains pays voisins). Moscou passe lentement d'une conscience post-impériale, déterminée auparavant par la chute de l'Union soviétique et associée aux sentiments que cela provoquait, vers une nouvelle perception de soi et de ses propres intérêts vis-à-vis des voisins. Le projet d'Union douanière suggéré quelques mois après la guerre d'août 2008 est très différent des annonces faites antérieurement. L'utilité économique et la logique de l'intégration mutuellement bénéfique domine sur l'idée de la réunification pour la réunification, qui était déterminante auparavant.

La décision la plus controversée de l'époque était la reconnaissance de l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. En cinq ans, aucun autre grand acteur international n'a reconnu la souveraineté de Soukhoum et de Tskhinval, et cela n'arrivera pas dans un avenir proche. L'acte de Moscou était motivé par des circonstances concrètes et était une mesure forcée de stabilisation de la situation fin août 2008. Cependant, cela n'avait pas réglé le problème. Le conflit

politico-diplomatique est gelé mais, malheureusement, l'histoire montre que le gel a tendance à "fondre". Tant qu'on n'aura pas trouvé un modèle qui satisfera tout le monde, le dossier ne sera pas clos – par conséquent, une aggravation est envisageable à un certain moment, bien que le statu quo actuel soit stable et que personne ne souhaite une escalade du conflit.

On peut dire que la guerre du Caucase, qui tire ses racines de l'effondrement de l'URSS, a marqué la fin de tout un chapitre. La crise financière mondiale qui a éclaté un mois après le conflit russo-géorgien a remis en question les réussites de l'époque qui avait commencé dans les années 1990 – l'époque du triomphe de l'Occident et du marché. La crise a été un catalyseur des processus qui ont définitivement tout emmêlé. Le Printemps arabe qui a commencé deux ans et demi plus tard a aggravé la situation. Et les troubles de ce genre seront encore nombreux avant que les contours d'un nouvel ordre mondial se profilent à l'horizon. La Russie, qui a été l'acteur principal de l'histoire durant tout le XXème siècle en payant le prix fort pour cela, a épuisé sa limite de troubles. Et à l'avenir elle se fera un plaisir de rester spectatrice au lieu de jouer le rôle principal. A condition que le scénario d'une nouvelle pièce ne se joue directement autour d'elle.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

La Russie est-elle imprévisible? Peut-être, mais n'exagérons rien: il arrive souvent qu'un chaos apparent obéisse à une logique rigoureuse. D'ailleurs, le reste du monde est-t-il prévisible? Les deux dernières décennies ont montré qu'il n'en était rien. Elles nous ont appris à ne pas anticiper l'avenir et à être prêts à tout changement. Cette rubrique est consacrée aux défis auxquels les peuples et les Etats font face en ces temps d'incertitude mondiale.

Fedor Loukianov, rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs.

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