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Prostitution en France : la loi pénalisera les clients

Prostitution en France : la loi pénalisera les clients
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La loi pénalisant les clients des prostituées est passée cette semaine à l’Assemblée nationale en France. Le paradoxe est que la prostitution reste autorisée en France, seuls les clients sont exposés à des amendes. Cette décision des parlementaires n’est pas du tout du goût des syndicats du travail sexuel, qui sentent que les politiques veulent tout simplement leur interdire d’exercer leur activité. Thierry Schaffauser, membre du syndicat et lui même travailleur du sexe considère que cette loi est non seulement inutile, mais qu’elle peut même être facteur d’insécurité dans ce milieu.

La Voix de la Russie. Quelle est l’opinion de votre syndicat sur cette décision de pénaliser les clients des prostituées en France ?

Thierry Schaffauser. « Nous sommes un syndicat de travailleurs du sexe, donc nous sommes évidemment contre cette loi. Parce que pénaliser les clients revient à attaquer nos moyens d’existence, nos revenus, donc ça engendre une précarisation accrue, il va falloir se cacher, se cacher pour pouvoir maintenir sa clientèle, devoir travailler dans des conditions plus dangereuses, risquer de subir des agressions. Ca va également rendre plus difficile le travail des associations de santé parce qu’elles vont avoir plus de mal à nous identifier pour faire leur travail de prévention et d’accès au soin. Ca va également jouer sur le point de la stigmatisation et de la discrimination, parce que là la loi dit que notre consentement n’est pas valable et que l’on est comme des mineurs de moins de 15 ans qui n’ont pas la majorité sexuelle. Ca va amener des discriminations, parce que les gens ne vont pas nous considérer comme des adultes. »

 

LVdlR. Cette loi a été faite pour protéger les gens contre le trafic d’êtres humains.

Thierry Schaffauser. « Mais le problème c’est que ça ne va pas du tout protéger contre le travail forcé. Pénaliser les clients va rendre l’industrie du sexe encore plus cachée, ça va donc être encore plus difficile d’identifier des abus. Par ailleurs il y a des clients qui peuvent signaler des cas d’abus et demain ils ne le feront plus parce qu’ils vont être eux-mêmes pénalisés. Et c’est gâcher les ressources de la police, ils peuvent lutter contre le travail forcé, ils n’ont qu’à demander à la police d’arrêter les trafiquants et les proxénètes et pas les clients. »

 

LVdlR. Ils n’ont pas interdit la prostitution, mais ils ont pénalisé les clients, c’est donc une interdiction de la prostitution, mais sans vraiment l’interdire ?

Thierry Schaffauser. « Effectivement c’est de dire officiellement nous ne sommes pas prohibitionnistes, mais en réalité ils le sont, parce que interdire l’achat de service sexuel ça revient à interdire la prostitution. En réalité c’est du prohibitionnisme, mais qui n’est pas assumé comme tel. »

 

LVdlR. Vous dans votre syndicat vous protégez les étrangères, que veut protéger cette loi, qui sont exploitées et forcées au travail ?

Thierry Schaffauser. « On essaye d’identifier les personnes qui sont victimes de travail forcé, alors que nous n’avons pas vraiment de ressources, parce que le gouvernement refuse de nous subventionner, parce qu’il considère que nous ne devrions pas travailler. Mais avec le peu de ressources que l’on a on essaye d’aider les personnes, de se relayer avec d’autres associations pour leur sécurité et pour leur logement, pour leur trouver un endroit où elles seront en sécurité. Même pour ces personnes qui sont victimes de la traite, la loi est contreproductive. Dans la grande majorité des cas ces personnes continuent le travail sexuel après s’être libéré de trafiquants, en plus si elles n’ont pas de papier et qu’elles ne parlent pas la langue il est très difficile de trouver un autre travail du jour au lendemain. Et là du fait que la loi conditionne l’obtention du titre de séjour à l’arrête de la prostitution, ça rend complètement caduque cette aide. Une des seules mesures qui serait positive est en réalité très limitée et voir contreproductive, parce que ce conditionnement est en fait un chantage qui est fait au travailleur du sexe. »

 

LVdlR. Cette possibilité de réinsertion, vous dites que ça ne va pas forcément porter ses fruits, pourquoi avez-vous cette impression ?

Thierry Schaffauser. « On a quand même une expérience de plus de 50 ans de cette politique. La réinsertion sociale n’est pas quelque chose de nouveau en France et l’on voit bien que ça ne marche pas. Et le gouvernement au lieu d’évaluer la façon dont l’insertion sociale est faite et se rendre compte de ce qui ne marche pas, ils donnent toujours plus d’argent aux associations qui luttent contre la prostitution et ça ne change rien pour nous. » T


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