Kwibuka 20 à Moscou

Kwibuka 20 à Moscou
S.P. Kwibuka – les Rwandais appellent ainsi sept jours au début d’avril : la Semaine de deuil national en mémoire des victimes du génocide ethnique. C’est catastrophe humanitaire la plus sérieuse sur le continent voire sur la planète des dernières décennies du 20ème siècle.

Rappelons, que la mort le 6 avril 1994 du président du pays Juvenal Habiarimana dont l’avion a été abattu par un missile lancé depuis la terre lorsqu’il s’approchait de Kigali, capitale rwandaise, a été un signal au massacre interethnique. Habiarimana et le premier chef de l’Etat Hutu élu par voie démocratique. Ses compatriotes se sont mis à se venger de sa mort et surtout de l’humiliation séculaire de la part des Tutsis, seconde grande ethnie rwandaise, en assassinant les Tutsis et les dénommés Hutus modérés. Les Tutsis y ont réagi. D’après les estimations différentes, de 800 à un million de personnes ont péri au Rwanda pendant cent jours de massacre sanglant. Deux millions de Rwandais : Hutus et Tutsis se sont réfugiés dans les pays voisins… La vie dans le pays ne s’est normalisée qu’à l’issue de plusieurs années. Les autorités rwandaises avec à leur tête le président Paul Kagame ont réussi à former par des méthodes constitutionnelles une société civile et à éliminer les causes ayant entraîne l’explosion de l’animosité interethnique en avril 1994. Les vagues de confrontation ont déferlé sur la région des Grands Lacs au centre du continent ayant aggravé les conflits au Burundi, en Ouganda et en ex-Zaïre voisins. La déstabilisation dans la région est due aux contradictions interethniques séculaires qu’on n’a su régler à l’époque coloniale. On pourrait, peut-être, éviter l’évolution tragique des événements au Rwanda et dans les pays voisins n’était-ce la collision des intérêts des anciennes métropoles et des Etats-Unis en quête d’influence sur les leaders des pays des Grands Lacs… Vingt ans se sont écoulés depuis la tragédie. La cérémonie Kwibuka-20 s’est déroulée ces derniers jours à l’Institut d’Afrique à Moscou. Les collaborateurs de l’Institut, les étudiants rwandais des établissements moscovites d’enseignement supérieur, les chefs et les collaborateurs de plusieurs ambassades africaines dans la capitale russe y ont pris part. Ils ont rendu, à la demande de l’ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République rwandaise en Russie Mme Jeanne d’Arc Mujawamariya, hommageaux victimes du génocide ayant observé une minute de silence. Des extraits des documentaires ont été projetés. L’ambassadrice a raconté comment les autorités du pays éduquaient la tolérance dans la société et construisaient un nouveau Rwanda. Mme Jeanne d’Arc Mujawamariya a parlé anglais, le français qui était auparavant la langue officielle du paysest maintenant moins employé. Les ambassadeurs kényan, soudanais, les africanistes russes ont évoqué les origines du génocide au Rwanda. Notre observateur a demandé au directeur de l’Institut d’Afrique Alexei Vassiliev quels enseignements les pays africains devraient tirer des événements d’il y a vingt ans au Rwanda…

A mon avis, dit Alexei Vassiliev, les pays africains et non seulement africains devraient tirer les enseignements. Il existe un génocide ethnique mais aussi politique, de classe, religieux. Ce qui se produit actuellement en Syrie est une version de génocide. En ce qui concerne l’Afrique, bien qu’ils n’aient pas pris une telle ampleur qu’au Rwanda, les assassinats de masse au Soudan du Sud, en Centrafrique, au Mali portent à croire que ces événements et crimes horribles peuvent se répéter dans d’autres pays du continent. A la différence du Rwanda, non seulement ces pays mais toute la communauté mondiale en sont responsables.

S.P. Alexei Vassiliev a évoqué les récents affrontements interethniques au Soudan du Sud. « Pouvez-vous commenter les explosions de violence intertribale dans votre pays et l’expérience rwandais de réconciliation nationale ? » a demandé notre observateur à l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Soudan du Sud en Russie Dr. Chol Deng Alak. L’ambassadeur Deng a fait ses études en Russie et parle russe.

Le gouvernement de mon pays fait beaucoup pour rétablir la paix, réconcilier les groupes ethniques, répond l’ambassadeur. Certains membres de tels groupes attaquaient les représentants d’autres tribus mais chez nous le conflit n’était pas interethnique. L’ex-président a inspiré une tentative de coup d’Etat. Il bénéficiait d’un vaste soutien des représentants de sa tribu. L’essentiel consiste pour nous à cesser le feu. Les pourparlers avec les leaders des mutins se déroulent à Addis-Abeba. Nous voudrions, en outre, dévoiler ceux qui ont provoqué les affrontements intertribaux. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut appliquer une politique de réconciliation nationale. C’est une tâche compliquée. Une querelle des représentants des deux tribus débouche sur un conflit interethnique. Le gouvernement fournit aujourd’hui plus d’information, essaie d’éduquer la culture du respect, la tolérance entre les tribus. Il importe d’expliquer aux habitants que policailleurs aux ambitions l’emportant sur le bon sens les ont utilisés dans la lutte politique. Les leaders des mutins qui cherchaient à s’approprier les gisements de pétrole ont provoqué les affrontements intertribaux. Ce qui s’est produit chez nous : dans la République du Soudan ressemble peu aux événements au Rwanda mais la politique du gouvernement rwandais en vue d’éduquer le respect, la tolérance entre les Hutus et les Tutsis peut nous être utile.

S.P. Ensuite c’est la cérémonie Kwibuki qui commence : tout le monde sort dans la cour intérieure de l’Institut avec des bougies allumée… Le conseiller de l’ambassade du Rwanda Samuel Munyakayanza commente à la demande d’Igor Yazon la cérémonie Kwibuki.

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