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Ukraine : à quoi s'attendre maintenant ?

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Le président Viktor Ianoukovitch a perdu le contrôle de la situation, a poussé son pays jusqu'à l'effusion de sang et se cache quelque part dans la région de Donetsk après avoir failli à ses fonctions. Ceux qui ont rempli leur devoir pour maintenir l'ordre constitutionnel sont aujourd’hui menacés par les radicaux d'être égorgés et pendus… Qu’est-ce qui les attend, s'interroge le quotidien Rossiyskaya Gazeta.

Le président Viktor Ianoukovitch a perdu le contrôle de la situation, a poussé son pays jusqu'à l'effusion de sang et se cache quelque part dans la région de Donetsk après avoir failli à ses fonctions. Ceux qui ont rempli leur devoir pour maintenir l'ordre constitutionnel sont aujourd’hui menacés par les radicaux d'être égorgés et pendus… Qu’est-ce qui les attend, s'interroge le quotidien Rossiyskaya Gazeta.

"Nous traduirons en justice et punirons tous ceux qui n'ont pas soutenu le Maïdan", a crié l'ex-première ministre Ioulia Timochenko, remise en liberté, dans un élan révolutionnaire. Le leader du parti Svoboda (Liberté) Oleg Tiagnibok a déclaré qu'il était nécessaire d'instaurer en Ukraine un ministère de l'Identité nationale et le statut de "non citoyen d'Ukraine" pour les Russes. De plus Tiagnibok, qui prétend au portefeuille de premier ministre, a suggéré d'interdire la langue russe et d'instaurer des sanctions pénales pour son utilisation, écrit lundi le quotidien Rossiïskaïa gazeta.

Des groupuscules militarisés préparés à l'avance pour renverser le gouvernement ont pris le contrôle des opérations, alors qu'ils représentent les intérêts d'une minorité de la population. L'Occident a motivé les extrémistes à faire usage de la force. Depuis le début de la crise Ianoukovitch a eu la possibilité de stopper l'évolution incontrôlable de la situation. A l'époque il était encore possible de le faire sans recourir à la violence. Et même quand il s'est avéré que l'opposition cherchait à prendre le pouvoir par la force, le président ukrainien a refusé de prendre des décisions qui auraient permis de mettre un terme au coup d'Etat. Au final il a trahi ses électeurs et partisans politiques.

A Kharkov, Ianoukovitch a tenu un discours en russe sur la chaîne UBR. Il a qualifié la situation de "banditisme" et de "coup d'Etat". "Nous assistons au retour des nazis, comme quand dans les années 1930 ils étaient arrivés au pouvoir et interdisaient les autres partis… C'est la même chose aujourd'hui – on interdit les partis, on persécute et lynche des gens, on brûle des bureaux", a déclaré le chef d'Etat. Ianoukovitch semble avoir mûri un peu tard. Si cette déclaration avait été faite il y a quelques mois, appuyée par des mesures réelles pour rétablir l'ordre constitutionnel, elle aurait été approuvée par une grande partie de la population ukrainienne. Mais le président n'a pas réussi à protéger les intérêts des citoyens, n'a pas trouvé une formule de compromis entre l'est et l'ouest de l'Ukraine et n'a pas tenu les promesses faites pendant la campagne présidentielle.

"On a tiré sur ma voiture à Kiev. Mais je n’ai pas peur, je ressens une grande responsabilité", a déclaré Ianoukovitch dans son allocution. Cependant, il est déjà évident que la déclaration de l'ambassadeur américain annonçant que la Maison blanche n'exigeait pas la démission du président ukrainien n'était qu'une formalité diplomatique. Les combattants du mouvement Secteur droit sont les maîtres des lieux dans la résidence présidentielle et ses biens ont été rapidement extradés vers un endroit inconnu. La Rada, le parlement ukrainien, a destitué Ianoukovitch par la majorité et a nommé Alexandre Tourtchinov président par intérim. La persécution des individus qui étaient proches du président et s'opposaient au Maïdan et à ses leaders a commencé à travers l'Ukraine.

Les policiers du Berkout, qui ont repoussé pendant plusieurs semaines les extrémistes qui leur lançaient des cocktails Molotov, ont été accueillis comme des héros à leur retour en Crimée. Cependant, tandis que les policiers risquaient leurs vies en protégeant la loi et la Constitution, le président ukrainien tentait derrière leur dos de trouver un terrain d'entente avec l'Occident sur les conditions de reddition. "J'ai obtenu des garanties", se justifie Ianoukovitch. Mais personne ne souhaite des repentances tardives, après que les nationalistes qui ont pris le pouvoir aujourd'hui menacent ouvertement de mort les policiers et leurs familles

En reportant l'accord d'association avec l'Union européenne, Ianoukovitch avait tenté d'obtenir de l'Occident des concessions supplémentaires pour l'Ukraine. Mais c'est une force bien organisée et financée de l'étranger – le Secteur droit – qui est apparue sur la scène politique ukrainienne. Apparemment, il a semblé moins coûteux pour les idéologues du changement de pouvoir en Ukraine de payer des mercenaires radicaux que de s'entendre avec Ianoukovitch sur de nouveaux crédits.

Aujourd'hui, personne ne s'intéresse à la légitimité des lois adoptées par les députés de la Rada. D'autant que le centre de Kiev est contrôlé par des centaines d'activistes du Secteur droit, qui n'ont pas l'intention de déposer les armes ni de quitter la scène politique. Par conséquent, les députés en otage des groupes militarisés adoptent l'une derrière l'autre les lois d'une "nouvelle ère". Parmi celles-ci : une loi sur la destitution du président et l'organisation d'une nouvelle élection ou encore le retour à la Constitution de 2004 - et certaines sont très curieuse, comme la loi sur le droit de chaque Ukrainien de propager les valeurs nazies.

Le président Viktor Ianoukovitch a déclaré qu'il ne signerait pas ces nouvelles lois adoptées par la Rada. Mais dans le contexte de chaos juridique et de destruction de la verticale du pouvoir, sa signature n'a aucun intérêt. La résidence présidentielle est occupée par les disciples de Stepan Bandera. Les combattants du Secteur droit patrouillent dans les rues de Kiev. Les leaders de l'organisation ne cachent pas que tout ne fait que commencer pour ses activistes.

Mais où sont passés Paris, Berlin et Varsovie, qui avaient signé l'accord entre Ianoukovitch et l'opposition sur la sortie pacifique de la crise ? Ils ont salué le coup d'Etat en oubliant les conditions du document qu'ils avaient eux-mêmes signé

Mais est-ce que les Ukrainiens qui soutenaient le Maïdan vivront mieux après le coup d'Etat ? "L'Ukraine n'intéresse pas les européens, qui y viennent pour leur propre profit", a déclaré Vladimir Loukine, délégué russe aux droits de l'homme. Le changement de gouvernement n'ajoutera pas de nouveaux crédits à l'Ukraine. Au contraire, les événements de Kiev ont fait chuter la cote du pays en montrant aux investisseurs potentiels à quel point le pouvoir pouvait y être fragile et irresponsable.

Le sang versé au cours de la confrontation a définitivement divisé le pays. Désormais ex-président, Viktor Ianoukovitch a été complice du succès du coup d'Etat commis par l'opposition avec le soutien des extrémistes. Il cherche encore à mobiliser ses partisans en évoquant le risque de la renaissance de l'idéologie nazie en Ukraine. Malheureusement, il est trop tard.

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