Moscou réagit aux sanctions occidentales par un contrat gazier avec Pékin

© RIA Novosti . Sergei Guneev / Aller dans la banque de photosRBC Daily
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"Cet événement fera date dans l'histoire de l'industrie gazière russe et soviétique", a déclaré hier le président de Russie Vladimir Poutine après la signature d'un contrat gazier entre le russe Gazprom et le chinois CNPC hier à Shanghai, écrit jeudi le quotidien RBC Daily.

"Cet événement fera date dans l'histoire de l'industrie gazière russe et soviétique", a déclaré hier le président de Russie Vladimir Poutine après la signature d'un contrat gazier entre le russe Gazprom et le chinois CNPC hier à Shanghai, écrit jeudi le quotidien RBC Daily.

La transaction s'élève à 400 milliards de dollars mais le monopole russe est au seuil de rentabilité avec cet accord. L'effet d'image a bien plus d'importance. Les experts occidentaux voient dans ce contrat le "triomphe politique" de Poutine.

Cet accord de 30 ans pour 400 milliards de dollars prévoit des approvisionnements en gaz russe jusqu'à 38 milliards de mètres cubes par an pour la Chine, impliquant une avance pouvant aller jusqu'à 25 milliards de dollars. D'après Vladimir Poutine, les investissements dans l'infrastructure dépasseront 70 milliards de dollars. Le PDG de Gazprom Alexeï Miller a précisé que les investissements russes s'élèveraient à 55 milliards de dollars.

Le gaz destiné à la Chine sera produit dans les gisements de Tchaïanda et de Kovykta en Sibérie orientale, qui ne sont pas encore exploités. Il sera acheminé par le gazoduc Sila Sibiri (La Puissance de la Sibérie) long de 3 200 km et d'une capacité de 38 milliards de mètres cubes. Il s'étendra de la région de Iakoutie, au centre du pays, à Vladivostok, dans l'Extrême orient russe, avec une dérivation vers la Chine près de Blagovechtchensk.

Les négociateurs n'ont pas dévoilé le montant final du contrat mais la formule tarifaire est associée au "panier pétrolier" selon le communiqué de Gazprom. Aucune précision n'a été faite à ce sujet mais l'on sait que le contrat inclut une clause de "take or pay", par laquelle le vendeur garantit la mise à disposition du gaz auprès de l’acheteur, qui assure en contrepartie le paiement d’une quantité minimale d’énergie, qu’il en prenne livraison ou non.

"Ce projet génère une valeur actuelle nette (VAN) positive pour un tarif à hauteur de 360 dollars les mille mètres cubes", explique Vladislav Metnev, gérant du portefeuille d'actions chez Concern General Invest. "A partir des quantités annoncées et du montant total la somme avoisine 350 dollars", a calculé Ekaterina Rodina de VTB Capital. C'est 8% de moins que le tarif d'exportation de Gazprom en Europe en 2013.

Le tarif est plus élevé, rapporte Interfax se référant à une source anonyme. Selon la Bank of America Merrill Lynch, il pourrait atteindre 380-400 dollars. "A ce tarif la VAN représente 3,2 milliards de dollars (sans tenir compte des privilèges qui pourraient être accordés) pour toute la durée du contrat", écrivent les analystes Karen Kostanian et Anton Fedotov.

"Il vaut mieux vendre du gaz sans bénéfice que de ne rien vendre. Seuls les sous-traitants de Gazprom qui construiront le gazoduc seront vraiment gagnants", déclare Mikhaïl Kortchemkine, directeur d'East European Gas Analysis. Selon lui, il serait plus avantageux d'engager des entreprises chinoises, dont les tarifs pour la construction de 1 km de gazoduc sont trois fois inférieurs, pour que le projet soit rentable.

Il s'agit de la première grande transaction de la Russie depuis l'adoption de sanctions occidentales contre Moscou.

"L'Europe ne peut plus menacer la Russie avec des sanctions gazières. Aucun vendeur ne pourrait remplacer la Russie. La Norvège n'a pas de capacités disponibles et les possibilités d'exportation de l'Algérie sont limitées, le Qatar reçoit une bonne prime pour les fournitures en Asie. Quant au gaz naturel liquéfié (GNL) américain, il n'arrivera pas en Europe avant 2 à 4 ans", a déclaré l'économiste Ulli Ulsen. La Commission européenne s'est refusée à tout commentaire concernant le contrat russo-chinois.

Il ne faut pas oublier que cette transaction ouvre les portes de l'immense marché asiatique à la Russie. "La Russie et la Chine sont toutes les deux gagnantes", explique l'économiste de Chatham House Keun-Wook Paik: "La Russie a accepté un certain compromis mais ce nouveau grand marché compensera toutes les concessions". D'après lui, s'il devenait un jour possible de s'entendre sur la construction d'un autre gazoduc jusqu'en Chine occidentale via l'Altaï, ce serait "un cauchemar pour l'Europe et un rêve pour la Russie".

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