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Est-ce que Bruxelles tient à ses relations avec Moscou ?

Est-ce que Bruxelles tient à ses relations avec Moscou ?
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Après avoir évalué leurs pertes de quelques milliards d’euros qui sont causées par la « guerre de sanctions » avec la Russie et sont bien réelles dès aujourd’hui Bruxelles s’est retrouvé devant un choix : soit rester solidaire avec l’OTAN où les Etats-Unis jouent le premier violon, soit perdre un partenaire économique et commercial qu’est la Russie.

Notre commentateur Igor Yazon a demandé son avis à Daria Mitina, experte russe en relations internationales, chef du bureau moscovite du service de presse du ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Donetsk.

« Tout d’abord il ne faut pas oublier que les grands pays occidentaux sont réunis au sein d’un bloc militaro-politique de l’OTAN, dit Daria Mitina. Ceci a une importance clé pour l’élaboration de leur position sur n’importe quel dossier de politique étrangère. Il s’agit entre-autres des dossiers qui, au premier abord, n’ont pas de rapport à la stratégie militaire. Pourtant tous les pays faisant partie du bloc sont obligés de se tenir à une stratégie commune y compris en économie et même en grande partie en politique intérieure ce qui est clairement évident. D’autre part, impossible de ne pas voir les contradictions grandissantes lorsque la position d’un tel ou tel pays va à l’encontre de cette politique. Et on peut le voir sur l’exemple de la situation actuelle autour la Russie résultant de la crise ukrainienne, des sanctions contre la Russie, des mesures que celle-ci a prises pour y répondre. Et là, on voit que si l’Occident a la volonté commune de punir la Russie, de la mettre à sa place, la vie continue et je ne constate pas que les grandes firmes transnationales, ni même les gouvernements en soient particulièrement enchantés. C’est-à-dire que si la dictature des Etats-Unis en tant que pilier et leader de l’Alliance atlantique est évidente, les gouvernements de certains Etats déclarent ouvertement qu’il faudrait faire marche arrière afin de diminuer les dommages de la crise actuelle dans la politique extérieure, qu’il faudrait revoir les sanctions quant à un tel ou tel type de produit ».

Daria Mitina cite l’exemple de la Grèce qui est Etat membre de l’OTAN. Le gouvernement grec a déjà fait clairement comprendre que l’économie du pays payait beaucoup trop chef les sanctions collectives. A peine sortie de la dernière crise financière en Union européenne, la Grèce risque de voir son économie s’effondrer suite aux sanctions édictées par la Russie en réponse aux sanctions occidentales. Il est vrai que le FMI et la Banque centrale européenne octroient à la Grèce des tranches de crédit pour le rétablissement de son économie mais cette aide n’est pas gratuite et augmente la dette extérieure du pays. Aujourd’hui l’opposition grecque n’est pas la seule à dire que l’Etat ne saura pas faire face à tous les effets des sanctions le gouvernement se prononçant également dans ce sens. « J’ai pu lire une lettre écrite par le communiste grec Manólis Glézos et adressée au président Poutine, dit Daria Mitina. Dans cette lettre il lui demande de faire une exception pour la Grèce en ce qui concerne l’embargo russe parce que pour la Grèce la perte du marché russe équivaut à un arrêt de mort. Huit jours après la publication de cette lettre ce sont les autorités grecques qui ont formulé la même demande. On a déjà entendu les politiques néerlandais, autrichiens dire à peu près la même chose. Autrement dit, il semblerait que chaque pays européen tâchera d’obtenir des préférences de la part de la Russie.

« Et cela est, à mon avis, une bonne illustration de ce que la rupture n’est pas sur la ligne Russie-Occident. En fin de compte la Russie n’a pas fait pièce à l’Occident. Parce que nos relations avec l’Ukraine, ce sont les relations entre nous deux. Et je ne crois pas que pour les Pays-Bas ou l’Autriche la question de savoir à qui appartiendra Donetsk – à la Russie, à l’Ukraine ou bien il deviendra un Etat indépendant – soit d’une importance cruciale. D’autant plus que le principe de l’inviolabilité des frontières a depuis longtemps perdu son caractère sacré en Europe. On a vu la Catalogne organiser un référendum sur son indépendance de l’Espagne. En automne il y aura un référendum en Ecosse et personne aux Etats-Unis ne parle de séparatisme écossais, d’intégrité sacrée du Royaume-Uni. Cela ne regarde pas les Etats-Unis. De la même façon tout ce qui touche à l’Ukraine ne doit pas regarder les Etats-Unis ou un autre pays. On voit bien que ce conflit qui est purement ukrainien, a été utilisé par l’Occident pour faire une pression supplémentaire sur la Russie dans le but de réorganiser le marché européen, en premier lieu celui d’énergie. Dans l’optique globale il s’agit, bien sûr, non pas de fruits et légumes ou produits de consommation courante mais de l’élimination de la Russie en tant qu’acteur de ce marché, de la diminution de son poids dans la géopolitique mondiale.

« Il me semble que s’il n’y avait pas eu de cette pression de la part des Etats-Unis, le comportement de l’Europe aurait été un peu différente. Le comportement qu’on voit aujourd’hui, n’est pas proprement européen, dit Daria Mitina. Il me semble que ce comportement est dans une grande partie contrait. Et le fait que les pays européens cherchent d’une façon ou d’une autre faire marche arrière ne fait, à mon avis, qu’à confirmer une fois de plus que le régime de confrontation avec la Russie a été en grande partie imposé à l’Europe. Qu’est-ce qui va se passer ensuite ? Je crois que la Russie jouera en l’occurrence plutôt le rôle d’observateur même si elle et son économie semblent les premières concernées. Je crois même qu’on assiste en tant que spectateur impliqué à un spectacle de longue date où il est question de changement de relations entre l’Europe et les Etats-Unis. Et si l’Europe prévoit de rester l’un des pôles de force, elle devra mener une politique beaucoup plus indépendante et ne pas laisser les Etats-Unis lui dicter leur volonté là où ils n’ont pas à se mêler. Il me semble que le bon sens l’emportera parce que les Européens savent plus que les autres compter leur argent, compter leurs pertes. Peu nombreux ceux qui diront que la confrontation assortie de sanctions ne porte pas atteinte à l’économie de l’Europe qui n’a pas l’habitude de perdre son argent. Il me semble que d’ici un an tout cela se calmera et les sanctions, ce sera du passé ».

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