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Sur l'efficacité des sanctions contre la Russie

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L'idée d'adopter des sanctions économiques contre un Etat identifié comme hostile ne date pas d'hier. En 1806, le décret de Berlin de l'empereur Napoléon stipulait dès l'article 1: "Les Îles Britanniques sont déclarées en état de blocus" - il s'agissait alors bien d'une sanction économique contre l'Angleterre, imposée par l'empereur de l'Europe unie.

L'idée d'adopter des sanctions économiques contre un Etat identifié comme hostile ne date pas d'hier. En 1806, le décret de Berlin de l'empereur Napoléon stipulait dès l'article 1: "Les Îles Britanniques sont déclarées en état de blocus" - il s'agissait alors bien d'une sanction économique contre l'Angleterre, imposée par l'empereur de l'Europe unie. Napoléon ne pouvait pas simplement débarquer sur les Îles Britanniques, prendre Londres et mettre un terme à la grandeur mercantile de son adversaire parce que ce dernier dominait en mer, et la solution purement militaire, pourtant chère à l'empereur, était donc difficile dans le cas présent. Il a fallu recourir à une méthode non militaire, un moyen détourné: le blocus continental. D'après Napoléon, il devait à tel point dégrader l'industrie et le commerce de l'Angleterre que, ne supportant pas une telle faillite, elle demanderait elle-même la paix aux conditions de Napoléon.

En fait, ce modèle est resté inchangé jusqu'à nos jours. Les cibles des sanctions économiques changent, mais l'objectif reste le même: contraindre un pays avec lequel il est impossible d'entrer en guerre d'adopter le point de vue de l'initiateur du blocus grâce à des restrictions nuisibles du point de vue commercial. En revanche, il n'est plus de coutume d'écrire avec la concision du décret de 1806: "la Chine est déclarée en état de blocus", "l'Iran est déclaré en état de blocus", "Cuba est déclaré en état de blocus", "la Russie est déclarée en état de blocus", etc. Mais personne ne se fait d'illusions.

Les points faibles de ces politiques de sanctions sont également connus depuis l'époque napoléonienne. Déjà en 1806, le décret de Berlin n'a pas eu l'effet escompté et l'Angleterre n'a pas demandé la paix. Pour deux raisons.

Premièrement, les sanctions sont une arme à double tranchant: le blocus continental n'était pas une partie de plaisir pour l'Angleterre, où l'on rapportait des banqueroutes et des faillites, mais il a été tout aussi difficile pour l'Europe unie qui a été privée d'un accès aux produits de fabrication anglaise et aux marchandises coloniales. La politique de sanctions était comme une arme qui tire avec précision mais dont la moitié de la charge percuterait en fait l'épaule du tireur. Et toute sanction fonctionne selon ce principe.

Deuxièmement, sous le coup des sanctions, l'Angleterre a profité du principe "l'eau trouvera toujours la sortie". Comprendre: la contrebande, le commerce par d'autres pays et d'autres mécanismes fiables sont le revers inévitable des sanctions. Comme le disait Karl Marx, "avec un profit de 300% le capital est prêt à aller directement en enfer, même au risque de brûler ses voiles". Dans ses tentatives de boucher tous les trous et de rendre le blocus impénétrable, Napoléon est arrivé jusqu'à Moscou en 1812. Nous connaissons la suite: la grande armée a péri, l'Europe unie s'est insurgée (y compris en raison des problèmes suscités par le blocus) et la question des sanctions est devenue obsolète.

La fin de l'histoire ne doit pas forcément être aussi dramatique aujourd'hui que dans le cas de l'empereur et de ses sanctions, mais il existe une règle générale: leur efficacité à mettre des puissances à genoux est extrêmement faible.

Il n'existe qu'un seul cas particulier où les sanctions ont fonctionné selon le scénario prévu: en Afrique du Sud, dont les dirigeants ont rempli toutes les conditions de la communauté internationale et ont accepté de supprimer l'apartheid après un long isolement international. L'appréciation du résultat global en Afrique du Sud n'est pas unanime mais une guerre civile, tout comme une invasion étrangère, a pu être évitée.

Le scénario libyen est plus controversé. Formellement, le cas semble exemplaire: les sanctions adoptées contre la Libye en 1993 pour ses activités terroristes ont été levées dix ans plus tard, en 2003, après les excuses et la repentance du colonel Kadhafi, qui a également renoncé à ses plans de créer l'arme nucléaire. Au final, la Libye a réintégré la famille internationale et tout semblait s'être bien terminé.

Cependant, une révolte activement soutenue par les armées des puissances démocratiques a éclaté dans le pays en 2011, le colonel a été renversé et assassiné par les forces démocratiques, son corps a été voué aux gémonies et la guerre civile perdure en Libye. Les dirigeants autoritaires ont pu voir ainsi comment se terminait le désarmement devant la communauté internationale, et la Libye a cessé d'être citée comme un exemple positif des sanctions internationales réussies.

Pas plus qu'on ne parle de l'efficacité des sanctions économiques vis-à-vis de l'Irak et de la Yougoslavie, car au final le résultat voulu – le renversement du gouvernement et le changement de la politique – a été obtenu par l'usage massif de la force militaire.

Il est peut-être juste et bon de forcer un pays à devenir démocratique par les bombes, mais cela n'a plus rien à voir avec des sanctions économiques sans effusion de sang.

Après le résultat final en Irak - franchement épouvantable - il semble avoir été de nouveau convenu de se taire honteusement sur les méthodes de pression appliquées auparavant, y compris sur les sanctions économiques. L'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ne serait ainsi pas né des années d'efforts de l'Occident pour démocratiser l'Irak, mais serait simplement sorti de nulle part.

Dans le cas d'autres pays, la politique des sanctions économiques a été un échec cuisant: la Chine, l'Iran, Cuba, Israël ne montrent aucune intention de se rendre à la merci de ceux qui les sanctionnent et sont intransigeants dans leur politique.

Les succès socioéconomiques de certains sont meilleurs que d'autres mais dans tous les cas, l'attitude de ces pays envers les sanctions est un peu celle que l'on adopte en cas de mauvais temps: c'est moins bien que le soleil, mais on s'y fait. D'autres vivent même plutôt bien, comme la Chine, suscitant la jalousie d'autres puissances qui ne sont pas frappées par des sanctions.

Il y a d'abord une sélection préalable: les pays qui souffriraient vraiment des sanctions ne commettent aucun geste qui leur attirerait ce genre d'ennuis - ou alors font marche-arrière dès les "premières douleurs". Prenez l'exemple des pays d'Europe de l'Est (République tchèque, Hongrie, Bulgarie, Serbie) qui comprennent tout et voudraient mener leur politique différemment - mais "chat échaudé craint l'eau froide". Il est tout simplement inutile d'adopter des sanctions contre des pays qui ont perdu leur souveraineté.

Quant aux pays avec lesquels l'affaire arrive jusqu'aux sanctions, ils savaient dès le départ les risques encourus et en ont prévu préalablement l'adoption. Un homme averti en vaut deux et l'Angleterre a déjà montré comment survivre sous les sanctions il y a deux siècles. Pourquoi le succès des Anglais à l'époque serait impossible aujourd'hui pour les Chinois, les Perses et d'autres?

© SputnikSanctions adoptées contre la Russie et mesures de rétorsion
Sanctions adoptées contre la Russie et mesures de rétorsion - Sputnik France
Sanctions adoptées contre la Russie et mesures de rétorsion

Enfin, l'impact des sanctions n'est pas seulement (voire, pas tellement) économique qu'il est idéologique et psychologique. Elles sont comparables à un interdit, un anathème papal imposé au Moyen Âge aux pays entiers dont les dirigeants se tournaient contre Rome. Le sentiment d'isolement, de rejet est également un effet intimidant des sanctions.

Mais cet effet est surtout fort pour les pays privés de leur capacité d'avoir une autonomie civilisationnelle. Tandis que des pays résistant aux sanctions – la Chine, l'Iran, Cuba et Israël – sont idéologiquement autonomes et prêts à se résigner à l'isolement au profit de leurs valeurs, qu'ils considèrent comme justes, pour ne pas trahir leurs idéaux.

La question se pose sous le même angle en ce qui concerne la Russie. Apprécie-t-elle suffisamment son autonomie dans le monde pour survivre à l'anathème américain? Manifestement elle l'apprécie beaucoup. Dans ce cas les sanctions seront impuissantes et se dissiperont comme la cire fond au feu.

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