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Croix-Rouge : plus de 150 ans au service de l’humanité

Croix-Rouge : plus de 150 ans au service de l’humanité
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Le 29 octobre, la Croix-Rouge fête son anniversaire.

Les emblèmes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui représentent respectivement une croix rouge sur fond blanc et un croissant rouge sur le même fond sont perçus aujourd’hui comme le summum de l’humanisme. Mais savez-vous que l’organisation internationale humanitaire la Croix-Rouge existe depuis plus de 150 ans déjà ? Pendant tout ce temps, ses membres non seulement viennent en aide à tous ceux qui en ont besoin aux quatre coins du monde mais parfois risquent courageusement leur vie pour sauver celle des autres. Le 29 octobre la Croix-Rouge fête son anniversaire. A cette occasion, on s’est entretenu avec Marie-Servane Desjonquères, chargée de relations publiques du Comité international de la Croix-Rouge, pour revenir à des enjeux et des principes fondamentaux de l’organisation et parler de leur application de nos jours, en évoquant des sujets brûlants d’actualité.

LVdlR. « Madame Desjonquères, pourriez-vous nous rappeler comment tout a commencé ?

M.-S.D. Tout a commencé lors d’une bataille très célèbre dans le Nord de l’Italie, la bataille de Solférino. C’est durant cette bataille, où il y a eu plus de 6 000 morts et 30 000 blessés, qu’une personnalité suisse a décidé d’organiser le secours pour les soldats blessés. Quelques années plus tard, en Suisse s’est réuni un comité pour essayer de créer un comité qui s’occuperait des soldats blessés pendant les batailles et les opérations militaires. Et au fur et à mesure les conférences internationales avec les Etats ont été organisées. Des conventions qu’on appelle les Conventions de Genève ont été adoptées. Ce sont des conventions qui disent qu’il faut traiter les blessés, qu’il faut traiter avec humanité les détenus, qu’il ne faut pas, par exemple, tuer des personnes qui sont blessées, qu’il faut protéger les civils comme les femmes et les enfants. Cela a été le début de tout un tas de lois, de règles, que l’on appelle le droit international humanitaire. Et aujourd’hui ils sont encore applicables.

La Croix-Rouge aujourd’hui c’est plus de 13 000 hommes et femmes qui travaillent dans 92 pays. On a environ 146 nationalités qui travaillent dans des pays en conflit. Et nous travaillons de manière très rapprochée avec des organisations nationales de Croix-Rouge et de Croissant-Rouge, comme la Croix-Rouge russe ou le Croissant-Rouge syrien, par exemple.

LVdlR. Quels sont les principes fondamentaux auxquels la Croix-Rouge s’en tient jusqu’aujourd’hui ? Pouvez-vous raconter une expérience concrète de ces derniers jours ?

M.-S.D. Il y a différents principes. Nous avons les principes de neutralité, d’impartialité, d’humanité, d’indépendance. Ce qui est très important, c’est vraiment le principe de neutralité parce que c’est grâce à ce principe que nous pouvons agir dans des situations très tendues, très polarisées, où aider l’ennemi, soigner l’ennemi ou faire en sorte qu’un ennemi qui est détenu soit traité avec humanité est tout simplement impossible. Il arrive souvent que dans les conflits les tensions soient si fortes, que ce type de choses ne soit même plus concevable. La neutralité est vraiment un principe important qui nous permet de négocier l’accès aux personnes victimes des conflits.

Par exemple, je veux vous parler de la République centrafricaine qui se trouve au cœur de l’Afrique centrale, qui a connu récemment une violence extrêmement forte, notamment entre décembre et mars cette année, avec beaucoup de civils tués, ciblés dans des conditions terribles. Le rôle de la Croix-Rouge dans un contexte comme celui-ci, c’est justement ce rôle d’aller chercher les blessés et de ramasser les cadavres pour éviter qu’ils se décomposent et faire en sorte qu’ils soient rendus à la famille et inhumés en suivant les rites et les coutumes. C’est un rôle extrêmement difficile parce que dans une situation où l’on a deux groupes où la haine est tellement forte que rien d’humain ne peut être conçu pour l’autre groupe, faire ce geste d’humanité, aller chercher le blessé ennemi ou aller chercher les cadavres est quelque chose d’extrêmement difficile.

Et puis tout récemment, un groupe armé avait des détenus, des anciens militaires, et ils ont demandé au CICR (Comité international de la Croix-Rouge) de faciliter le transfert de ces détenus vers leurs familles. Nous sommes allés chercher ces militaires et nous les avons ramenés à leurs familles. C’est ce type d’actions qui est d’intermédiaire neutre entre deux parties qui se battent qu’on retrouve dans cet exemple récent.

LVdlR. Et quand est-ce que la Croix-Rouge peut refuser de venir à la rescousse de quelqu’un ? Est-il possible ?

M.-S.D. Pas vraiment. Parmi nos principes il y a l’impartialité. Cela veut dire que nous venons en aide à toute personne qui est dans le besoin. Et ça se fait sans distinction basée sur la politique, la religion, l’appartenance ethnique, la nationalité, le sexe.

LVdlR. Permettez-moi une petite remarque. Vous savez peut-être que cette année on a eu affaire à deux cas assez discutables où la Croix-Rouge était l’un des principaux acteurs. D’abord, il y a eu cette histoire avec le convoi humanitaire que la Russie envoyait au Donbass. Et là la Croix-Rouge qui devrait jouer le rôle d’intermédiaire, n’y participait pas, officiellement pour des raisons de sécurité. Et il y a eu récemment une autre histoire avec le docteur Glinka, directrice de la fondation russe L’aide juste, qui a demandé le soutien de la Croix-Rouge pour fournir de l’aide aux enfants du Donbass. Mais la filiale du Comité de la Croix-Rouge à Moscou lui a refusé en disant qu’ils n’approuvaient pas la politique du président Poutine. Pourriez-vous commenter sur ces deux cas ?

M.-S.D. A propos de cet entretien du docteur Glinka, je pense que c’est important de préciser que notre chef de délégation a rencontré en effet le docteur Glinka en mai cette année avec d’autres personnes de la société civile russe pour discuter notamment de l’assistance humanitaire pour l’est de l’Ukraine. Ce qui est important de dire est que notre chef de délégation n’a jamais fait de déclarations telles qu’elles ont été rapportées à propos de la politique du président du pays, ni à cette occasion, ni à aucune occasion. Nous adhérons de manière très stricte à nos principes de neutralité, d’indépendance et d’impartialité. Nous ne faisons pas de jugements ou de déclarations à caractère politique. Je pense qu’il y a eu un certain malentendu.

A propos du convoi humanitaire, ce qui est important de savoir, c’est que nous sommes dans une relation très étroite avec les autorités russes et les autorités ukrainiennes dans cette situation. Nous travaillons de manière neutre. Quand il s’agit d’escorter des convois, nous sommes dans des négociations avec les autorités compétentes. Nous avons certaines modalités de travail auxquelles nous ne dérogeons pas, pas parce que cela nous plaît mais parce que c’est une garantie fondamentale à ce que l’assistance soit apportée de manière efficace aux personnes que nous soutenons.

Pour le premier convoi, il est vrai que la situation sécuritaire était très mauvaise. Nous n’avions pas les garanties suffisantes pour pouvoir accompagner le convoi. Pour vous donner un autre exemple de conflit, en ce moment nos collègues de la Croix-Rouge centrafricaine ne peuvent plus aller chercher les blessés parce qu’ils ont été menacés très sérieusement il y a plusieurs semaines. On a jeté des cailloux sur des voitures, des menaces très fortes ont été proférées. A partir du moment où on tire sur l’ambulance, ce n’est plus possible. Il est vraiment fondamental que les travailleurs humanitaires puissent travailler en toute sécurité. Vous avez parlé de refus de la Croix-Rouge d’aider. Je pense qu’il faut plutôt regarder les circonstances. Il est fondamental que ceux qui apportent de l’aide, tout comme ceux qui soignent, puissent faire leur travail en toute sécurité.

LVdlR. Merci. Cette année, vous avez beaucoup de nouveaux dossiers à traiter. La propagation du virus Ebola est aujourd’hui l’un des défis que la communauté internationale doit relever. Et vous, la Croix-Rouge, y prenez une part active. En quoi consiste votre lutte contre le virus ?

M.-S.D. La lutte contre le virus Ebola concerne le Comité international de la Croix-Rouge mais bien entendu toutes les sociétés nationales des pays qui sont, malheureusement, touchés par ce virus, comme la Croix-Rouge du Libéria, la Croix-Rouge de la Guinée-Conakry ou de la Sierra Leone. Toute cette réponse du mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est orchestrée par la fédération internationale qui est notre organisation sœur également basée à Genève. Comment est-ce que nous participons à cet effort ? Nous soutenons certains centres de santé à Monrovia, notamment ceux qui ne s’occupent pas du virus Ebola, aussi parce que l’effort sanitaire est tellement important, que les autres patients se retrouvent sans soins médicaux. Donc c’est aussi important de s’occuper des autres patients. Nous apportons de la nourriture à certains centres de traitement Ebola pour pouvoir nourrir les personnes qui sont dans ces centres. Nous donnons également soit de l’argent, soit du matériel pour la maison qui est nécessaire aux personnes qui sont soit sortis des centres de santé, soit qui ont tout perdu suite à la désinfection de leur maison, par exemple.

Ce que nous faisons également, c’est de faire en sorte que le système d’eau dans les villes fonctionne bien, permettre un système sain des ordures. Et puis nous portons une attention très particulière à la question des prisons et faisons en sorte que les détenus vivent dans des conditions d’hygiène les plus normales possible, également pour éviter la propagation du virus dans les centres de santé. Et de manière plus générale, nous équipons et entraînons différents acteurs impliqués dans la lutte contre le virus.

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