Les mystères de l’histoire russe : les triomphes et la tragédie de Dmitri Bystroletov

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Les mystères de l’histoire russe : les triomphes et la tragédie de Dmitri Bystroletov - Sputnik France
Cet homme est passé dans la légende de services de renseignement soviétiques. On lui confiait les missions les plus difficiles et responsables en Europe et aux Amériques.

Dmitri Bystroletov avait un don unique qui lui permettait de se métamorphoser tantôt en lord britannique, tantôt en ingénieur canadien, tantôt en homme d’affaires hollandais. Maîtrisant parfaitement 22 ( !) langues et ayant les manières raffinées et un charme rare, l’agent savait établir les contacts avec les hommes les plus différents.

Les renseignements obtenus par Bystroletov n’avaient pas de prix. Même aujourd’hui, bien des décennies plus tard, ils sont toujours classés « strictement confidentiels ». Nous avons cependant appris certains secrets dans ses mémoires publiés longtemps après sa mort.

Fils naturel du comte Alexandre Tolstoï, Bystroletov est né en 1901 en Crimée. Son père a tout fait pour donner une bonne éducation à son rejeton. Après la Révolution de 1917, Bystroletov émigre en Turquie, puis en Tchécoslovaquie mais, rongé par la nostalgie, il finit par prendre la nationalité soviétique. Au printemps 1925, Bystroletov vient à la Conférence des étudiants prolétariens. C’est alors que le jeune homme est recruté par les services de renseignement soviétiques, l’événement qui devait changer toute sa vie.

De retour à Prague, Bystroletov travaille dans la représentation commerciale de l’URSS en Tchécoslovaquie mais ce travail n’était qu’une couverture et bientôt le jeune agent réussit sa première opération sérieuse en recrutant une employée de l’ambassade de France à Prague qui avait accès aux documents secrets. Bystroletov devient à partir de 1930 un agent clandestin et vient à Londres sous l’identité d’un comte hongrois. Il recrute un employé du chiffre du ministère britannique des affaires étrangères et envoie pendant 3 ans des renseignements précieux à ses chefs à Moscou. Mais le service britannique de contre-espionnage se doute d’une fuite, l’employé du chiffre est viré du ministère et meurt peu de temps après dans des circonstances non élucidées. Pourtant, au bout d’un an, Bystroletov recrute un autre fonctionnaire haut placé du Foreign Office et Moscou recommence à recevoir des renseignements secrets en provenance de Londres.

Bystroletov se met à la tête d’un groupe d’agents clandestins recruteurs qui se déplacent en permanence entre Berlin, Londres, New York et Zurich. Le danger mortel le guettait à chaque pas et le stress était son compagnon de tous les instants tension. Bystroletov joue impeccablement son rôle. Il était cette fois le fils d’un lord britannique. A une réception officielle, il fait la connaissance du ministre britannique des affaires étrangères John Simon et bientôt celui-ci remet personnellement à Dimitri le passeport diplomatique. Etant lui-même un ancien agent des services de renseignement britanniques, Simon n’a jamais pu démasquer l’agent soviétique sous l’identité « du fils d’un lord britannique ». Les années du travail stressant et périlleux se sont finalement fait sentir et, fourbu de fatigue, Bystroletov demande en 1937 à ses supérieurs de lui accorder un congé. Le congé est accordé et il vient à Moscou. Mais c’est à ce moment que commence « la grande terreur » et les répressions de masse s’abattent sur des centaines de milliers de gens. Dmitri Bystroletov est à son tour broyé par la machine répressive. En 1938, il est mis en cause sous l’inculpation absurde d’espionnage et est condamné à 20 ans de camps. Il n’est libéré qu’en 1954 et entièrement réhabilité peu de temps après mais personne ne pouvait lui restituer ces 16 années perdues.

Après sa libération, Dmitri Bystroletov se met à travailler dans un institut de recherche en médecine. Il écrit plusieurs livres et le scénario du film « l’homme en civil » qui traite d’un agent clandestin soviétique qui travaillait dans les années 1930 en Allemagne sous les traits d’un comte hongrois. Il est facile de deviner qui a servi de prototype au personnage principal.

Bystroletov écrivait dans ses mémoires en faisant le point de sa vie étonnante et tragique : « Les meilleurs années de ma vie sont liées au travail dans les services de renseignement et j’en suis fier. J’ai vécu une bonne vie et si je devais la refaire, je la vivrais comme je l’ai vécue ».

C’est étonnant mais le célèbre agent n’était pas membre du parti communiste, n’avait pas une seule décoration officielle ni de grade militaire. Il est resté toute sa vie « l’homme en civil » qui travaillait au nom et pour le bien de sa Patrie. Dmitri Bystroletov s’est éteint à Moscou le 3 mai 1975.

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