La Hongrie punie pour son amitié avec la Russie

La responsable des services fiscaux, Ildiko Vida, a reconnu mercredi figurer sur une liste noire des États-Unis, écrit mardi le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

La responsable des services fiscaux, Ildiko Vida, a reconnu mercredi figurer sur une liste noire des États-Unis, écrit mardi le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

Cette liste contient six noms de citoyens hongrois - dont des membres du gouvernement - interdits de séjour aux USA car les autorités américaines les accusent de corruption. Les noms des autres fonctionnaires visés sont inconnus.

Plus de 10 000 personnes ont manifesté dimanche soir dans les rues de Budapest pour exiger la démission du gouvernement de Viktor Orban, en plein scandale de corruption Les manifestants ont déclaré qu'ils refusaient de payer leurs impôts dans un pays corrompu, alors même que les salaires sont bas.

Ce scandale de corruption n'est pas l'unique cause de la colère montante au sein de la société. Le 28 octobre s'est tenue une manifestation de 100 000 personnes contre une taxe internet (les autorités ont l'intention de taxer 1 Gb de données transférées à hauteur de 0,5 euro). Les citoyens ont alors jeté des accessoires et des pièces informatiques devant le siège du parti Fides dirigé par Viktor Orban, indignés aussi bien par le fardeau fiscal que la violation des droits d'expression et d'accès à l'information. Les Hongrois accusaient Orban de saper la démocratie et les relations avec l'UE. Le gouvernement a dû renoncer à l'instauration de cette taxe.

Les contacts entre Budapest, Bruxelles et Washington se sont effectivement dégradés ces derniers temps. L'ostracisme subi par Orban de la part de l'Occident n'est visiblement pas dû qu'aux accusations de corruption, à la pression sur les entreprises et à la transgression des libertés démocratiques (jusqu'à l'instauration d'une "administration autoritaire"), mais également à la position de la Hongrie vis-à-vis de la Russie, particulièrement sensible dans le contexte de la crise ukrainienne. Selon Raffaella Tenconi, économiste de la Bank of America Merrill Lynch, hormis la politique fiscale et sociale non standard d'Orban, l'UE et les USA sont particulièrement irrités par le fait que la Hongrie "reste très disposée à coopérer avec la Russie par rapport à la plupart des autres membres de l'UE ".

Le dirigeant hongrois a déclaré jeudi à la fondation Hanns-Seidel-Stiftung de Munich que la pression de Washington sur Budapest s'expliquait par plusieurs questions économiques devenues géopolitiques - et même sécuritaires - en raison de la crise ukrainienne: la construction du gazoduc South Stream et la fin de la construction de l'unique centrale nucléaire hongroise de Paks.

Le gazoduc South Stream >>

"Notre politique n'est pas menée dans l'intérêt de la Russie mais dans celui de la Hongrie", a déclaré le premier ministre. Orban a expliqué que le projet South Stream permettrait au pays de recevoir du gaz en évitant les risques liés à la conjoncture en Ukraine, et diversifierait les itinéraires d'approvisionnement d'hydrocarbures. Pour sa part, l'achèvement de la construction de la centrale nucléaire diminuerait le coût de l'électricité, augmenterait la compétitivité de la Hongrie et réduirait sa dépendance envers les ressources importées. Étant donné que cette centrale nucléaire a été conçue avec les technologies russes, son achèvement n'est possible qu'en coopération avec Moscou, a souligné le dirigeant hongrois.

Quant à la population hongroise, elle est mitigée face à la politique du gouvernement. "D'un côté, les idées nationales-conservatrices promues par Fides plaisent aux électeurs. De l'autre, il existe de sérieux problèmes économiques que le gouvernement est incapable de régler. Notamment la hausse des impôts et la corruption. Même les citoyens qui ont voté pour le parti d'Orban se révoltent contre ces fléaux", conclut l'expert.

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