Les valeurs européennes sont en déclin

Les valeurs européennes sont en déclin
La Commission européenne vient de rendre un verdict aux valeurs traditionnelles. Pour ce faire, les commissaires des 28 Etats membres ont participé à la 2ème session plénière à la cohésion sociale, la dignité humaine et l’égalité.

Aujourd’hui, les valeurs européennes sont en déclin ce qui oblige l’Europe à continuer sa lente marche à l’autodestruction, constate notre interlocuteur Grégor Puppinck, directeur du Centre Européen pour les droits de l'homme et la justice. Dans son interview à la radio Spoutnik, il s’est dit particulièrement préoccupé des droits de l’enfant, notamment, de la question délicate de l’infanticide néonatal et de l’avortement tardif. Est-ce que les êtres humains-nés vivants ont le même droit à la vie et aux soins de santé, conformément aux droits de l’homme ? Ecoutons l’interview de Grégor Puppinck.

La Voix de la Russie. Quel est le rôle aujourd’hui de la cohésion sociale, de la dignité humaine et de l’égalité ?

Grégor Puppinck. Effectivement, l’Europe a vraiment besoin de revenir aux valeurs fondamentales de la société. J’ai l’impression que nous les avons oubliées, notamment, la dignité de la personne, la cohésion sociale, l’esprit de cohésion sociale. Ce fondement de valeurs est ce sur quoi on a construit l’unité européenne, d’abord, après la Guerre, lorsqu’on a affirmé les droits de l’homme avec la Déclaration des droits de l’homme, puis en Europe avec les institutions du Conseil de l’Europe fondées initialement sur ces valeurs de dignité humaine et sur cet idéal de cohésion sociale. Aujourd’hui, il faut constater que, d’un côté, nous avons largement perdu cet idéal de dignité, peut-être, à cause de la tendance idéologique de l’individualisme libéral qui a rejeté toutes normes sociales et, de l’autre, le continent européen a, malheureusement, perdu son idéal d’unité et s’est engagé dans un rapport de force qui est pour le moins dangereux.

LVdlR. Est-il possible de revenir sur ces idéaux ?

Grégor Puppinck.Oui, je pense que les idéaux de dignité humaine, de cohésion sont à la base de la société européenne. Au départ, c’était un message pour reconstruire l’Europe après la Seconde guerre mondiale. L’idée était de refonder l’Europe sur ces valeurs qui sont des valeurs proprement européennes : la dignité, la liberté, la cohésion, la solidarité. Et ces valeurs ne peuvent exister que si elles sont véhiculées dans la société. C’est sûr qu’aujourd’hui, il y a un conflit culturel, un conflit idéologique fort en Europe, y compris en Europe de l’Ouest, entre, d’une part, une conception de la société qui est fondée sur une vision naturelle, morale et traditionnelle de la société et, de l’autre, à l’inverse, une conception nouvelle qu’on peut appeler « postmoderne » fondée sur une idée très individuelle et indéfinie de la liberté. Il y a une vraie opposition entre deux approches de la nature humaine, de l’homme et de la liberté, de la dignité. Je pense que cette opposition a un effet destructeur sur les institutions, sur l’idéal des droits de l’homme et aussi sur l’idéal européen. Cas si nous n’avons pas en Europe un idéal de société commun, si nous n’en avons plus, il est évident que l’idéal d’unité de l’Europe ne va non plus subsister. Cet idéal relatif à la société, à l’humanité, à la morale, à la dignité fait qu’une société et que l’Europe peut être unie.

LVdlR. Il y a un autre problème que vous venez d’évoquer : l’égalité et les droits de l’homme. On sait que le 19 novembre, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a fait savoir qu’il estime que la pratique de l’infanticide néonatal ne relève pas de sa compétence. Peut-on dire que le Commissaire européen n’a pas le courage d’affronter ce sujet ?

Grégor Puppinck.Oui. Malheureusement, c’est un sujet qu’on n’ose plus aborder aujourd’hui, en tout cas, dans une partie de l’Europe. Ce sujet est celui de l’eugénisme, celui des infanticides néonataux et celui des avortements tardifs lorsque les enfants sont déjà viables. C’est justement la nouvelle conception des droits de l’homme qui fait dépendre les droits de l’homme d’une idée de la liberté individuelle. Maintenant, on élève de nouveaux dogmes, comme, par exemple, le dogme du droit à l’avortement qui finit par nier complètement les vrais droits de l’homme et les vrais droits fondamentaux. Par peur de mettre en cause l’avortement, les institutions qui sont, pourtant, chargées de défendre les droits de l’homme ne sont plus capables de s’opposer à l’infanticide néonatal.

LVdlR. Cela veut dire que la liberté individuelle est plus importante que la vie d’un autre être vivant ?

Grégor Puppinck.C’est bien ce qui se passe. C’est un exemple où la liberté, la volonté de pouvoir disposer de la vie d’un enfant est plus importante que le droit à la vie de l’enfant. C’est tellement terrible que personne ne veut regarder cette réalité en face. Je pense que c’est la raison pour laquelle le Commissaire aux droits de l’homme a refusé même de rencontrer les quatre organisations non gouvernementales spécialisées dans les droits de l’homme et la défense de la famille et de l’enfance, qui le lui avaient demandé pour parler de ce sujet.

LVdlR. Par ailleurs, il impossible de laisser ce sujet caché.

Grégor Puppinck.Non, je pense que nous ne pouvons pas garder ce sujet caché, surtout notre organisation qui défend les droits de l’homme et, en particulier, la dignité de la vie humaine. Nous savons que le Comité des ministres des gouvernements a déjà essayé de parler de ce sujet. Mais ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord, ils n’ont pas été capables de se prononcer. Maintenant, c’est le Comité aux droits de l’homme qui refuse de se prononcer. C’est comme un tabou, un sujet auquel personne ne veut parler, personne n’a le courage. Ce que nous espérons, c’est que l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, cette fois-ci, aura le courage de regarder cette pratique des infanticides, de se prononcer, de faire une enquête sur cette pratique et d’adopter une résolution qui la condamne très clairement. Pour cela, nous allons agir auprès de l’Assemblée parlementaire, selon une procédure prévue par le règlement qui permet à tout particulier, par une pétition, de demander à l’Assemblée, à son président d’inscrire le sujet de l’infanticide néonatal à l’ordre du jour de l’Assemblée.

LVdlR. Pensez-vous que les gouvernements nationaux vont changer leur législation pour interdire aux femmes de faire des avortements tardifs ?

Grégor Puppinck.Il a des évolutions dans les législations européennes, il y a de plus en plus de pays qui limitent maintenant la possibilité de l’avortement afin de mieux protéger la vie des enfants, mais également afin d’offrir aux femmes en difficulté des meilleures solutions, des meilleures réponses que simplement l’avortement. Par exemple, il y a eu en Norvège une loi au début de 2014 qui a interdit l’avortement au-delà du seuil de viabilité, c’est-à-dire après 20 semaines de grossesse. Car il y a eu des cas d’enfants qui avaient survécu à l’avortement et qui avaient été abandonnés agonisant dans une pièce d’hôpital. Cette information, rendue publique par une sage-femme, a causé un tel scandale dans la société qu’ils ont changé leur législation pour interdire l’avortement après le seuil de viabilité de l’enfant, après la 20ième semaine. Je pense sincèrement que ce serait un grand progrès si les pays européens arrêtaient cette pratique de l’avortement tardif eugéniste qui est proprement inhumain.

Commentaire. Comme a remarqué notre interlocuteur réputé, les valeurs traditionnelles représentent la base de l’Europe sans lesquelles elle aura du mal à survivre. Et ces valeurs fondamentales, ce Titanic transportant la population de 28 pays, a percuté un iceberg par méprise de ses dirigeants. Tant que le naufrage suit son cours tranquillement, le niveau de l’eau augmente et arrive finalement le moment de se demander : que faire ? Qui a mis cet iceberg sur le chemin du paquebot ?

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