Les forces américaines en Europe et les mythes néocolonialistes

Plus de 20 ans ont passé depuis la dissolution du Pacte de Varsovie mais les forces d'occupation américaines sont toujours présentes en Europe. Ce paradoxe historique s'appuie sur une mythologie mêlant "la faiblesse de la démocratie en Europe de l'Est", "les régimes totalitaires" et "l'agression russe".

Plus de 20 ans ont passé depuis la dissolution du Pacte de Varsovie mais les forces d'occupation américaines sont toujours présentes en Europe. Ce paradoxe historique s'appuie sur une mythologie mêlant "la faiblesse de la démocratie en Europe de l'Est", "les régimes totalitaires" et "l'agression russe".

Bien sûr, la protection épique des frontières démocratiques et géographiques de l'Europe a été déléguée aux États-Unis "par les cieux et depuis la création du monde". Les intérêts des Américains sont transparents et cette mythologie voile en fait un nouveau type de néocolonialisme, vers lequel la bonne vieille Europe fonce tête baissée. Les mythes sont ce qu'ils sont - mais même un fusil accroché au mur peut tirer.

A la frontière russe

Si l'Europe occidentale a accepté depuis longtemps d'être la "propriété politique des USA", tout n'est pas aussi uniforme au sein de l'espace géopolitique à l'est de l'Allemagne. Les nouveaux membres de l'UE et de l'Otan, comme des enfants irresponsables, ont besoin d'une tutelle particulière. C'est pourquoi en avril 2014, sur fond de crise ukrainienne, 600 commandos américains ont été temporairement déployés dans les pays baltes et en Pologne.

En juillet, dans une conférence de presse pour les journalistes étrangers au département d’État américain, le général Frederick Hodges a déclaré: "La Russie, c'est parfaitement évident, se présente  comme un ennemi… Beaucoup de ceux qui observent ce pays ont compris que la Russie était restée la même, et ceux qui pensent qu'elle pourrait devenir pour nous un parfait partenaire comme tout autre pays européen se trompe manifestement… Quel que soit le gouvernement en Russie – impérial, communiste, postsoviétique ou poutinien – on retrouve l'usage de la force, leur propre interprétation de certaines règles des relations internationales, leur utilisation, les moyens pour parvenir à ses fins…".

Bref, la Russie ne convient pas parce qu'elle est la Russie, et les USA sont la dernière instance à détenir la vérité.

En septembre, les Américains ont projeté dans les pays baltes des armements lourds et des blindés. Puis le 23 novembre, le général Hodges, commandant suprême des forces alliées en Europe, a annoncé que les troupes américaines resteraient en Lituanie, en Estonie, en Lettonie et en Pologne "tant qu'il sera nécessaire de retenir l'agression russe".

Voilà avec quelle facilité les plans temporaires de Washington deviennent permanents, et les déclarations politiques s'avèrent être de simples décorations. D'ailleurs, en novembre, le général Hodges défendait également les valeurs européennes dans les montagnes du Caucase du Sud - il s'est rendu en Géorgie où sera bientôt installée une base d'entraînement de l'Otan.

Le 24 novembre, pendant une session de l'Assemblée parlementaire de l'Otan à la Haye, le chef de la délégation américaine Michael Turner a déclaré que les États-Unis soutenaient "entièrement la Géorgie": "Je pense que nos relations bilatérales et la coopération dans le cadre de l'Otan ont beaucoup d'importance. La Chambre des représentants du congrès américain a adopté une résolution pour accorder à la Géorgie un Plan d'action pour l'adhésion à l'Otan (MAP) et approfondir la coopération avec ce pays".

De toute évidence, la leçon de l'imposition de la paix en août 2008 n'a pas été retenue.

Contrairement à ses "partenaires" américains la Russie n'aspire pas à répondre symétriquement en créant des bases militaires au Canada et au Mexique pour renforcer sa sécurité. Mais ses ressources permettent tout de même à la Russie de se défendre avec efficacité, de se développer et de dominer le long du périmètre de sa frontière nationale.

Combattre le mal par le mal

La Russie réagira très probablement à la construction de nouvelles bases de l'Otan à proximité de ses frontières en sortant du traité sur l'interdiction des missiles à moyenne portée. Le temps d'arrivée des missiles jusqu'aux cibles d'Europe occidentale se réduirait alors jusqu'au dixième de seconde et le bouclier antimissile américain (ABM) serait inutile.

Les spécialistes pensent qu'une seule brigade de missiles Iskander en Crimée pourrait éliminer toute présence navale des USA en mer Noire. Le radar de prévention avancée d'attaques de missile à base de nouveaux modules Voronej-DM est déjà en service.

Le général espagnol Jesus Argumosa Pila, directeur du centre de recherches militaires et stratégiques Athena Group, compare avec inquiétude le potentiel militaire des USA et de la Russie: "Les forces américaines comptent 1,492 million d'hommes, la Russie 845 000. Les avions stratégiques capables d'embarquer l'armement nucléaire: USA – 154, Russie – 141. Les sous-marins nucléaires: USA – 140, Russie – 110. Les missiles dotés d'ogives nucléaires: USA – 450, Russie – 356. Les armes d'artillerie: USA – 7 429, Russie – 5 837". Mais le général souligne qu'il existe une parité nucléaire complexe entre les USA et la Russie, et qu'un conflit militaire entre les deux États est pratiquement impossible.

Si le conflit est impossible, les forces américaines en Europe sont un élément de mythologie, une décoration théâtrale, un otage de la situation, et tout sauf une force de réaction rapide aux menaces réelles.

Les bonnes idées s'invitent de plus en plus souvent dans les cerveaux européens. Et même quand Le Huffington Post s'interroge "Ukraine: la guerre totale avant la partition?", le Financial Times britannique lui répond froidement le jour même: "Rien de bon n'attend l'Ukraine à côté d'une Russie hostile… Toute armée combat à la limite de ses moyens, et pas comme elle le voudrait. Les dirigeants occidentaux entrés en confrontation avec la Russie devraient en tenir compte… D'un point de vue réaliste, il est temps pour l'Occident et l'Ukraine de s'entendre avec la Russie… On pourrait tenter de la faire reculer mais cela ne sera pas possible sans déclencher une troisième guerre mondiale. L'Occident n'est pas prêt à envoyer ses troupes pour protéger l'Ukraine… Dans le même temps, il doit se résigner au fait que l'Otan n'intégrera pas l'Ukraine".

Ainsi, un seul pays européen s'avère être capable de résister à l'expansion sous couvert de l'armée américaine. C'est pourquoi Barack Obama place ouvertement la Russie sur le podium des plus grandes menaces mondiale. Et la Russie réagit tout en souplesse, prend des mesures, sauve l'Europe du "rêve américain" qui sent la poudre et le fascisme.

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