La deuxiѐme guerre froide : va-t-elle s’échauffer ?

La deuxiѐme guerre froide : va-t-elle s’échauffer ?
La confrontation Est-Ouest en raison de l’Ukraine risque de devenir la crise internationale la plus grave depuis plus de 50 ans, comparable à celle des Caraïbes en 1962.

Comme les traités existants ne sont pas appliqués, que l’arrêt de combats n’est pas respecté et n’apporte pas ses fruits, bref, que la communauté internationale n’arrive pas à maîtriser la situation au sein de l’Ukraine, elle se tourne vers l’international et se demande sur la « seconde » guerre froide. Pour étudier ce sujet délicat mais inquiétant, le Parlement européen organise un forum russe ukrainien « Seconde guerre froide : va-t-elle s’échauffer ? » Dans une interview à la radio Spoutnik, Tatiana Zdanok, eurodéputé de Lettonie qui était dans le comité d’organisation du forum, a essayé de répondre à cette question.

Spoutnik. La Russie, l’Europe et les Etats-Unis s’accusent mutuellement de présenter de fausses informations sur les événements en Ukraine. Que disent les médias lettons ?

Tatiana Zdanok. C’est un très mauvais exemple de double standard utilisé par les médias dans la description des événements autour de l’Ukraine. A l’en croire, la Russie est la seule responsable de tous les maux, tandis que l’Ouest et, particulièrement, l’Union européenne sont de bon côté. De même avec toutes les tendances ukrainiennes, tous les slogans d’être avec l’Union européenne, de choix européen, etc., et l’opposition qui est accusée d’être prorusse. Tandis que l’autre possibilité, c’est-à-dire, une pompe entre les 6 pays du Partenariat européen et la Russie, pourrait être un espace commun, une zone de libre échange et de libre circulation des personnes. Cette version qui a été réclamée et proclamée même par Charles de Gaulle, par les autres politiciens célèbres de l’Europe, est refusée sans aucune discussion. Les 6 pays du Partenariat, notamment, la Géorgie, l’Arménie et autres, et l’Ukraine, en tant que la plus grande parmi eux, ont fait face à une alternative d’être soit avec l’Ouest, soit avec la Russie. Aujourd’hui, aucun compromis, aucune possibilité de coopération avec les deux côtés n’est envisagé. A mon avis, c’est la faute la plus grave qu’ait commise l’Union européenne dans sa politique vers la Russie et vers l’Est.

Spoutnik. Le forum russe européen aura pour thème : « La seconde guerre froide : va-t-elle s’échauffer ? » Pourriez-vous en parler plus en détail ?

Tatiana Zdanok. Moi, je suis parmi les députés européens, minoritaires mais très forts, qui pensent que l’Ouest a déjà commencé une guerre froide contre la Russie. On peut le prouver par la résolution du Parlement européen adoptée il y a un an, plus précisément, le 5 octobre 2013, sur les principes de la politique étrangère de l’Union européenne où la politique vis-à-vis de la Russie a été définie comme « un engagement critique » sans même évoquer le partenariat stratégique. Il n’y avait que la critique de la Russie qui, d’après la résolution, exerce une pression sur les pays de l’Europe Orientale, du Partenariat européen. Une telle résolution est définitivement un avancement de la guerre froide. Monsieur Brok, président du Comité des Affaires étrangères, politicien très proche d’Angela Merkel, du même parti que la chancelière allemande, est l’auteur de cette résolution. Nous voyons que l’Europe est maintenant à la limite de passer de la guerre froide à la guerre chaude. Une guerre se poursuit déjà dans le Sud-Est de l’Ukraine. Ce n’est pas encore une guerre mondiale, mais son développement devient de plus en plus grave.

Spoutnik. Quels seraient, selon vous, les résultats du forum ?

Tatiana Zdanok. Nous voulons réunir des politiques, des experts de toutes les parties de l’Europe et même pas seulement de l’Europe, des Etats-Unis aussi, par exemple, l’ancien ambassadeur américain en Union soviétique, M. Jack Matlock. Nous voulons réunir les experts et les gens qui ont de l’influence dans le milieu politique du côté européen, américain et russe, ceux qui voient le danger du développement des événements vers un passage de la guerre froide à la guerre chaude. La majorité des Européens ne comprennent pas la gravité de la situation. C’était la même chose pendant la Seconde guerre mondiale. Je suis née en 1950, mes parents ont participé à la Seconde guerre mondiale : ma mère a survécu au siège de Leningrad, mon père était sous-marin qui s’est battu contre Hitler et contre les nazis. Etant juive et ayant une famille juive, liquidée en Lettonie pendant l’occupation nazie, je sais bien à quel point la frontière entre paix et guerre est fragile, à quel point le passage de la paix à la guerre est vite. En Lettonie, les nazis sont venus le 29 juin 1941 à Riga, et la première exécution des juifs a eu lieu le 3 juillet 1941, quand on a brûlé la synagogue avec des gens dedans.

Spoutnik. Ce que vous dites est horrible… Quel avenir voyez-vous pour le peuple ukrainien ?

Tatiana Zdanok. Je veux que la paix s’installe sur le terrain ukrainien. C’est possible uniquement si toutes les parties concernées se mettent d’accord. Maintenant, tous ceux qui s’opposent à l’Euromaïdan, ceux qui prônent le rétablissement de bonnes relations avec la Russie, économiques et politiques, sont accusés d’être ennemis d’Ukraine, ennemis de l’Ouest. Je pense que la seule solution est de construire un Etat à la manière de la Belgique, c’est-à-dire, une grande fédéralisation, même une confédération du pays dans le cadre d’un seul pays mais avec une plus grande indépendance de certaines régions ukrainiennes.

Commentaire. En raison de l’escalade permanente du conflit, la fédéralisation de l’Ukraine apparaît comme la meilleure sortie de la crise. Mais, en réalité, c’est absolument impossible.

D’abord, aucun Etat unitaire n’est jamais devenu une fédération. La plupart des fédérations existantes l’étaient depuis la création de l’Etat, l’Allemagne en est l’exemple le plus flagrant. Certains experts comparent la situation actuelle en Ukraine à celle de la Belgique dans les années 1970-1993 quand la fédération s’est installée. Cependant, la Belgique n’a jamais été unitaire, pendant des siècles, ce pays a été constitué par des unités plus ou moins indépendantes qui avaient leurs propres gouvernements, ce qui n’est pas le cas de l’Ukraine.

Ensuite, la fédération ce n’est pas seulement une unité territoriale. Il faut y avoir une raison particulière de coexistence, une certaine idée unificatrice. La fédération ne peut pas exister sans cette idée fondatrice. En l’occurrence, la Yougoslavie a existé jusqu’à l’effondrement du régime Tito. Pour les Américains, il s’agit du patriotisme Stars and Stripes (« étoiles et bandes »), pour les Allemands, – Reich, pour les Russes, – une longue histoire impériale. L’Ukraine n’a tout simplement pas d’idée unificatrice, elle ne l’a pas engendrée ni pendant 24 ans d’indépendance, ni avant. Même si on rejette les affrontements actuels entre les prorusses et les pro-européens, il n’y a vraiment pas de raison qui fasse les régions de Lvov et de Kharkov coexister au sein d’un seul pays. Car les deux parties de l’Ukraine ont des mentalités et des projets de la politique extérieure complètement différents, ce qui compte plus que les différences linguistiques.

Or, il semble raisonnable et logique d’envisager comme seule issue à cette crise - sans précédent en Europe, depuis la veille de la Seconde guerre mondiale - d’accorder un statut étatique aux régions rebelles sur le modèle de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud…

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