L'Iran s'engage ouvertement dans la lutte contre les terroristes de l'EI

L'Iran intensifie ouvertement ses activités contre les djihadistes de l'Etat islamique (EI) sur le territoire de l'Irak.

Dans quelle mesure les activités des forces armées iraniennes sont-elles coordonnées avec celles de la coalition internationale ? La participation de Téhéran à la lutte contre l'EI aidera-t-elle à éradiquer cette tumeur maligne au Proche-Orient ?

L'Iran a déclaré, par la bouche du vice-ministre des Affaires étrangères Ebrahim Rahimpour, que ses forces aériennes ont frappé dans la province de Diyala, dans l'Est de l'Irak, où sont apparemment basés des djihadistes de l'EI. Les Iraniens ont utilisé des chasseurs F-1 Phantom de fabrication américaine achetés avant la révolution islamique de 1979.

Selon le politique iranien Hamid Reza Taraghi, les avions ont causé un grave préjudice à l'EI et des dizaines d'extrémistes ont été tuées. Il a évoqué une zone tampon et a précisé que les raids avaient été menés pour la protéger. Toujours selon Hamid Reza Taraghi, la zone a été créée avec le consentement des Irakiens.

Il est instructif que selon les données iraniennes, les forces de sécurité d'Irak ont récemment abandonné leurs postes le long de la frontière irano-irakienne dans la province de Khouzistan ayant, de cette façon, laissé sans défense 150 km de frontière. A l'heure actuelle le Corps des gardiens de la révolution islamique et les gardes-frontières renforcent d'urgence la frontière en installant des barrages et en multipliant le nombre de patrouilles mobiles.

Le commandement des Gardiens de la Révolution a déclaré que l'Iran était prêt à assurer lui-même la sécurité de la frontière irano-irakienne à condition que le gouvernement d'Irak donne son accord et que les gardes-frontières iraniens puissent intervenir à une profondeur de 30 km sur le territoire irakien.

Les dirigeants iraniens avaient déjà souligné précédemment que la zone de 30 km du territoire irakien le long de la frontière était ce « tampon de sécurité » où l'Iran était prêt à mener des opérations indépendantes contre l'EI. Cependant une telle zone est trop étroite pour l'aviation de combat. Les opérations de l'aviation iranienne sont évidemment d'une plus grande envergure. Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a noté récemment que « si l'Iran frappait sur l'EI dans un endroit concret et si c'était efficace, le résultat commun serait positif ».

Le politologue russe renommé Vladimir Evseev signale à ce propos :

« Malheureusement nous n'observons pas une coordination des opérations entre l'Iran et les autres forces luttant contre l'organisation Etat islamique. Et ce bien que la communauté d'intérêts soit évidente. L'Iran a été le premier pays à accorder à l'Irak une aide dans la lutte contre les extrémistes de l'EI. Quand fin juin, les Soukhoï Su-25 iraniens sont apparus dans le ciel de Bagdad, beaucoup ont pensé au début de la coopération entre l'Iran et les Etats-Unis. Mais il apparaît que la baisse de tension entre les deux pays qui s'est esquissée ces derniers temps ne suffit pas pour former une alliance militaire contre l'ennemi commun ».

L'incompatibilité politique et idéologique entre Téhéran, d'une part, et Washington et ses alliés, de l'autre, prend le dessus sur la logique élémentaire formulée par le politique et chef militaire des chiites irakiens Hakim al-Zamili. Celui-ci a noté que « l'Irak aurait pu être libéré en une semaine à condition d'une coopération honnête entre les Etats-Unis et l'Iran ».

Hélas, force est de constater que deux campagnes militaires, parallèles et rivales, sont menées contre l'EI en Syrie et en Irak. L'analyste de l'hebdomadaire Jane Defence Weekly Gareth Jennings signale : « Si leurs chemins se croisent ces prochaines semaines ou ces prochains mois, cela ne fera que compliquer ce conflit suffisamment embrouillé ». C'est pourquoi de nombreux analystes estiment qu'une sorte de coordination, bien qu'indirecte, est quand même menée par le biais des dirigeants irakiens. Cela vaut mieux que rien.

L'Iran ne cache plus ses intentions et ses actions contre l'EI. Selon de nombreux observateurs, c'est un tournant dans la stratégie de Téhéran. L'engagement non dissimulé dans le conflit offre à Téhéran la liberté de planification et la possibilité de mener d'amples opérations contre l'EI. C'est un fait positif pour la cause commune. Car les forces armées iraniennes, connaissant parfaitement le théâtre d'opération et la situation militaro-politique, sont, de fait, l'unique arme capable d'en finir avec le phénomène de l'organisation terroriste et extrémiste Etat islamique. /N

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