Bons points de Poutine et faux pas de l’UE

Bons points de Poutine et faux pas de l’UE
Dimanche 30 novembre la Moldavie a fait un certain choix. Un choix pour l’heure limité aux parlementaires mais révélant néanmoins la progression de tendances socialistes et communistes favorables au vecteur eurasiatique.

Quid de la Transnistrie majoritairement russophone et tiraillée entre Chisinau qui lorgne rêveusement l’UE et sa volonté de rejoindre la Fédération de Russie ? S’achemine-t-on vers un dénouement désavantageux pour Bruxelles ? Presque parallèlement, Gazprom abandonne définitivement le projet South Stream en proposant à Ankara un contrat succulent. Ankara, elle qui est si commodément acquise à l’OTAN ! Côté UE, la déception va crescendo. Quant à la Russie, aussi ferme que westphalienne dans sa stratégie, elle semble empocher les bons points nécessaires à la formation d’un monde plus équilibré car multipolaire, attirant, tel un aimant, de nouveaux alliés.

Bruno Drweski a plus d’une corde à son arc. Géostratège, directeur de publication de La Pensée libre, il nous a livré son analyse des dernières déroutes de l’UE dont les étoiles brilleraient de moins en moins.

La Voix de la Russie. « Gazprom et la compagnie turque BOTAS ont signé un mémorandum sur la construction d’un nouveau gazoduc sous la mer Noire. Cette démarche est tout à fait compréhensible vu les revirements incessants de la Bulgarie mais en dehors de ce facteur n’y aurait-il pas un fond stratégique primordial ancré dans les intérêts moyen-orientaux de la Russie ? Qu’en dit-on dans la presse occidentale ?

Bruno Drweski. Je pense que la Russie a répondu du berger à la bergère, c’est-à-dire que les comportements des dirigeants occidentaux, en particulier de l’Allemagne dont la position est ambigüe, ont conduit la Russie à adopter des décisions radicales. Le coup avec la Turquie n’était peut-être pas tout à fait prévu. En ce sens, je pense qu’il s’agit d’une réponse très ferme de la part de la Russie qui aura un certain nombre de conséquences en Bulgarie sa population allant très rapidement découvrir que l’UE ne lui apporte pas que des bénéfices mais tout de même pas mal d’inconvénients matériels dans un pays en proie à une crise des plus profondes. Par ailleurs, je considère qu’en s’associant sur ce plan-là avec la Turquie, la Russie est en train de lui proposer un rapprochement des plus salutaires. J’imagine de même que la Turquie qui s’est embourbée dans la crise syrienne devrait s’en sortir. Il n’est pas exclu que la Russie lui tende de facto la main.

LVdlR. La Bulgarie a des remords, l’Allemagne n’en est pas très loin. Or, voici venir un nouveau choc, les parlementaires ayant montré que le pays se réorientait vers la Russie ou, plus largement, une intégration eurasiatique. Croyez-vous que ce fait puisse avoir un impact plus ou moins régional sur les aspirations indépendantistes de la Transnistrie ?

Bruno Drweski. Sans doute mais pas immédiatement étant donné la forte division qui règne encore entre les partis. Les pro-européens auront probablement une majorité fictive au Parlement, fictive par rapport au fait qu’ils sont minoritaires dans l’opinion publique (certains pro-russes n’ont pas pu arriver au Parlement à cause des barrières électorales) qui a bien manifesté son manque de foi dans les promesses faites depuis tellement longtemps par l’UE et sa détermination à priser davantage ses intérêts immédiats. Je pense donc qu’il est question pour l’UE d’un camouflé, surtout que celle-ci a fait énormément d’efforts pour attirer l’électeur moldave qui s’est résolu à bouder ses propositions.

C’est incontestablement un signe, cela d’autant plus qu’après la crise ukrainienne, on aurait pu penser que la Moldavie se raccrocherait à l’espoir européen. Or, elle vient de signifier que cet espoir était loin d’être particulièrement tentant. S’y surajoute le fait que les nationalistes roumains réclament toujours la Transnistrie et que, si cette dernière avait voté à l’intérieur de la Moldavie, le résultat aurait été encore plus cinglant !On voit donc bien les contradictions du camp pro-européen en Moldavie et d’ailleurs plus largement en Roumanie qui en subira les impacts. Quelque chose d’intéressant se met en place.

LVdlR. On s’aperçoit que le rêve atlantiste connait un certain déclin renforcé semble-t-il en plus par ce conflit ukrainien concocté d’une manière artificielle. Selon vous, est-ce que l’univers atlantiste arrivera encore à redorer son blason ? Le déclin, serait-il inéluctable ?

Bruno Drweski. Je pense que sur le moyen ou le long terme ce déclin est en effet inéluctable. Bien évidemment, les USA ont encore des moyens de pression, des moyens de jouer sur le dollar tant que celui-ci conserve encore une certaine crédibilité ou d’imposition. Ceci dit, la contradiction principale commence à apparaitre à l’intérieur même de l’UE puisque les grandes puissances européennes, à commencer par l’Allemagne, ont perdu leur dénominateur commun. On voit bien que la politique de Mme Merkel en Allemagne est en parfaite contradiction avec les intérêts d’une grande partie des entreprises allemandes. Idem dans les autres pays membres, déchirés entre les agents de leur développement économique et les politiques mises en œuvre par des gens plus liés à Washington. Ces mêmes contradictions se retrouvent entre les pays européens selon leur localisation géographique trahissant une dislocation de ce bloc euro-atlantique si tant est que l’on puisse encore parler de bloc vu son degré de fissuration ».

Commentaire de l’auteur. Turquie perdue, Turquie retrouvée ou en passe de l’être ? Rien n’est moins sûr. Quoi qu’il en soit, Bruxelles fait des cauchemars, Mme Mogherini ayant déjà signifié que l’adhésion de la Turquie à l’UE était une priorité stratégique … comme par hasard, après les accords russo-turcs. Au-delà de son surréalisme sur le plan civilisationnel – Ankara est nostalgique du néo-ottomanisme ce qui est peu compatible avec la sève helléno-chrétienne de l’Ancien Continent – ce projet est suicidaire puisqu’il parachèvera le processus de désintégration interne de l’UE.

Ailleurs, en Europe de l’Est, les désillusions se renforcent. L’Eldorado aux douze étoiles ne miroite plus comme avant, le cas ukrainien ayant tracé comme une ligne de démarcation entre la réalité et les faux-semblants. Le Donbass s’émancipe douloureusement, contre vents et marées, la Transcarpatie revendique discrètement son propre référendum, l’Ukraine dans son ensemble est déchirée par des tendances à la fois pro-européistes et ultranationalistes. En moins d’un an, le pays s’est transformé en un immense champ de bataille cristallisant les contradictions les plus lancinantes de l’UE.

La Moldavie, voici une autre cerise sur le gâteau. Aura-t-on encore des surprises ? Pourvu que la diplomatie l’emporte sur la force brute.

 

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