Pas de troupes russes dans le Donbass, rien que des sanctions préventives

Pas de troupes russes dans le Donbass, rien que des sanctions préventives
Le 26 novembre, soit environ deux semaines de là, le général Breedlove, Commandant en chef des forces de l’OTAN, admettait qu’il n’y avait pas de troupes régulières russes dans le Donbass. Nuance capitale, cette déclaration avait été faite à Kiev, comme s’il s’agissait d’un message adressé directement à Porochenko l’enjoignant à changer de tactique. Dimanche dernier, Hollande rencontre Poutine à Vnukovo pour aborder, en l’espace d’une petite heure, le dossier ukrainien. Mardi 9 décembre, un cessez-le-feu jusqu’ici globalement observé est mis en place. S’achemine-t-on vers un dénouement certes incertain mais précieux ? Quel sens accorder de facto aux sanctions ?

Mêlant aux constats secs et nets un raisonnement a contrario, le général Breedlove a donc admis qu’il n’y avait pas de troupes russes dans les frontières du Donbass. Le raisonnement a contrario, le voici : « Les nombres dont nous disposons [nombre de bataillons russes supposés] n’ont pas beaucoup changé – entre 8 et 10 bataillons sur la frontière [russo-ukrainienne mais sans déborder sur le territoire ukrainien, NDLR]. Ce détail est de première importance. Il n’y a donc aucun mouvement particulier de troupes russes qui reste ce qu’il était il y a 2-3 mois (« plusieurs semaines ») à l’intérieur de ses propres frontières sans violer celles de l’Ukraine et/ou du Donbass n’en déplaise à Mme Merkel, toujours fort préoccupée par le non-respect du mémorandum de Budapest de 1994 sur l’intégrité territoriale et la souveraineté du territoire ukrainien. Qui plus est, le chef de l’OTAN a certifié que les dizaines de chars russes miraculeusement aperçus dans les zones contrôlées par la Résistance n’étaient pas ce que l’on croyait ou voulait faire croire. Il semblerait même que ces chars n’aient jamais existé faisant partie du folklore bien connu des petits hommes verts. En revanche, le général s’inquiéterait de la présence aux frontières d’une « grande force qui pourrait être exercée si elle est requise ». Si les sanctions déployées se fondent sur ce qu’on appelle en philosophie un procès d’intention, je ne sais plus sur quel pied danser. Que le droit international claudique parce qu’il est difficile de marcher à deux vitesses, cela se comprend encore. Il est en revanche plus gênant de constater qu’il ne masque plus que les multiples caprices du groupe Bilderberg. On s’attendait à plus de finesse. Comment peut-on (essayer de) faire prendre des vessies pour des lanternes en confondant des volontaires issus de la société civile et/ou des militaires en permission (« des vacanciers » pour reprendre le terme de Strelkov et de l’écrivain Prokhanov) avec des troupes régulières ? Le fait qu’il y ait des Français dans la Brigade Internationale du Donbass n’implique pas le fait qu’ils soient partis avec la bénédiction de M. Hollande. Dans une logique similaire, voit-on le Kremlin piquer des crises d’urticaire en apprenant la présence d’une colonne de blindés américains à 300 km de la frontière russe jouxte la gare de Dalbe ? Qu’en est-il des mercenaires d’Academi (ex-Blackwater) dont nous avions quelques réjouissantes nouvelles au printemps et qui depuis semblent s’être évaporés dans la nature ? Il serait intéressant d’entendre en supplément le commentaire de M. Breedlove qui un jour tiendra peut-être lieu de révélation numéro 2.

Comment concilier les déclarations du général – qui avec un peu de chance ne ment pas – avec les discours va-t-en-guerre de Mme Merkel selon laquelle « la Russie est source de difficultés pour les voisins de l’UE ». Elle cite les cas de la Moldavie, de la Géorgie et de l’Ukraine les mettant sur un même plan. Pourtant, à notre humble connaissance, les élections parlementaires en Moldavie se sont déroulées dans la transparence la plus totale. La Géorgie a attaqué un territoire sous protectorat russe, l’Ossétie du Sud, en 2008. Il aurait été pour le peu étrange que la riposte russe se fasse attendre. Quel lien avec une Ukraine trompée par des hauts fonctionnaires de l’UE tentés d’abord par la Crimée, ensuite par la Donbass ?

Mais la chancelière allemande est tout sauf naïve. Sa démarche rappelle celle de Guillaume II avec son fameux discours sur les Huns concernant le mouvement anti-colonisateur des Boxers en Chine (1900) ? Le Kaiser avait alors inversé deux notions clés en faisant passer une démarche offensive pour une démarche défensive. Il en va de même pour la chancelière allemande. Citons : « [Le conflit ukrainien] ne peut pas être réglé par voie militaire », relève-t-elle après avoir dit ceci : « L’histoire nous a appris qu’on ne doit pas être trop pacifique (...) ». Que penserait-on de Poutine s’il disait qu’ « il ne faut pas être trop pacifique » ? N’y verrait-on pas une déclaration de guerre ? M. Porochenko paraît avoir bien capté le sous-entendu puisqu’au lendemain du sommet du G 20 où Mme Merkel a brillé par son éloquence, comme par hasard, Porochenko s’est dit prêt à « une guerre totale » contre la Russie son armée étant dans un bien meilleur était qu’il y a cinq mois. Il n’est donc pas question d’attribuer à la chancelière ou à ses semblables des convictions particulières mais de bien garder en tête que l’Ukraine n’est qu’un champ d’affrontement où les intérêts stratégiques et énergétiques du monde atlantiste se sont heurtés à un fort mouvement de Résistance conservateur et anti-européiste au Sud-Est ainsi qu’à la fermeté diplomatique de la Russie. On peut bien parler de III GM latente ou d’application locale.

Partant de ce constat peu rassurant, il semble peu probable que les subites révélations du général Breedlove, la visite éclair de Hollande à Moscou et la trêve conclue mardi 9.12 soient les prémisses d’un processus de paix prometteur. La seule conclusion (provisoire) que l’on puisse en tirer est qu’il n’y a pas d’unanimité entre les élites politiques occidentales, Bruxelles, le Département d’Etat américain, le Pentagone et Bilderberg qui tire vraiment les ficelles. La question qui se pose aujourd’hui consiste à savoir si un dénominateur commun sera trouvé d’ici 2015 ?

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