L'enjeu de l'OTAN en Afghanistan

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Pour l'heure, il est impossible de trouver un seul commentaire positif sur la fin de la mission de l'OTAN en Afghanistan. Politiques et généraux, journalistes et experts regrettent, à la rigueur, que les troupes soient évacuées trop tôt.

Les jugements portés sur les résultats de la campagne afghane par ses participants n'ajoutent pas d'optimisme. Lors de la cérémonie de fin de mission à Kaboul le général John Campbell, commandant de la force internationale en Afghanistan ISAF, a formulé l'objectif atteint par l'OTAN d'une façon poétique et confuse tout à fait orientale : « Nous avons retiré le peuple afghan des ténèbres de la déception et nous lui avons donné l'espoir pour l'avenir ». Le général allemand à la retraite Egon Ramms, un ancien coordinateur de la campagne afghane, a pris ses distances vis-à-vis des alliés trop actifs : « Nous autres Allemands, nous avons effectué la mission de stabilisation et ce sont les Américains qui ont fait la guerre ».

Pourquoi ne pas déclarer ouvertement que la présence de plusieurs milliers de soldats de différents pays causait plutôt du mal que du bien ? Au début du siècle alors que la mission ISAF était en train de création, après plusieurs années d'anarchie politique, l'Afghanistan n'avait ni l'armée régulière, ni la police. A l'heure actuelle les forces de sécurité afghanes comptent près de 350 000 membres. Il est très difficile de continuer à prouver la nécessité de défendre ce groupe si nombreux d'hommes entraînés et armés contre les attaques des talibans.

On peut faire des griefs sérieux à la qualité et à la motivation de l'armée et de la police afghanes. Elles subissent de lourdes pertes, notamment à cause des déserteurs. Mais c'était de même dans l'armée royale et dans l'armée de la période soviétique. A l'époque comme aujourd'hui personne ne pouvait affirmer qu'on pouvait la rendre meilleure qu'elle ne l'était. Mais même dans cet état dans des périodes différentes de l'histoire l'armée afghane parvenait à faire face aux ennemis ou, du moins, à les contraindre à négocier.

Les officiers de l'état-major de l'ISAF à Kaboul continuent d'affirmer que dans ce pays la guerre ne peut s'achever que par la réconciliation des parties. Le représentant des talibans Zabioulla Moudjahid déclare que les Etats-Unis et l'OTAN fuient l'Afghanistan. Avant lui la même chose a été déclarée par de nombreux prédécesseurs des talibans. Mais ils ont toujours trouvé un prétexte pour s'entendre.

Pour trouver un tel prétexte il faut éliminer le facteur d'irritation sous forme de la majeure partie des militaires étrangers. L'Empire britannique a plusieurs fois recouru à de telles manipulations en Afghanistan. Le Royaume-Uni acceptait même de reconnaître sa défaite. Il est vrai que de telles « défaites » avaient toujours pour effet l'augmentation de l'influence britannique en Afghanistan.

Il paraît cependant que cette phase n'interviendra pas en 2015. Les participants à la nouvelle mission « de paix » de l'OTAN Soutien résolu sont trop nombreux pour mener les négociations. Selon le porte-parole de l'ISAF Christopher Belcher, environ 17 500 militaires étrangers restent dans le pays. 12 000 ou 13 000 d'entre eux seront impliqués dans la nouvelle mission « non militaire ». Les autres, ce sont des soldats américains lesquels, selon les officiers de l'état-major, auront à accomplir des tâches « différant de celles du contingent de l'OTAN ».

C'est largement suffisant pour continuer de mener une guerre orientale traditionnelle quand les forces de sécurité locale effectuent avec lenteur des opérations au sol bénéficiant du renseignement et de la couverture aérienne des alliés occidentaux. Une autre partie, les forces d'opérations spéciales fortes de 8000 hommes, selon Belcher, continueront d'organiser des attaques nocturnes visant les adversaires implacables du pouvoir central. Le chef des talibans d'Afghanistan mollah Omar n'en fait pas partie selon les déclarations officielles des Américains. L'objectif de ces forces spéciales pour l'année prochaine est de créer une « majorité démocratique » au sein des talibans lors du vote pour les négociations.

Alors seulement l'Occident ne perdra pas les leviers d'influence sur les dirigeants alternatifs en Afghanistan si la situation y évolue d'une manière défavorable. Personne ne veut la répétition du scénario iranien de 1979 quant 8 000 conseillers américains dépourvus de toute influence sur l'opposition ne sont pas parvenus à sauver le régime du chah et de conserver l'influence des Etats-Unis.

Lors de la cérémonie de fin de la mission à Kaboul le conseiller du président d'Afghanistan en charge de la sécurité nationale Mohammad Hanif Atmar a déclaré aux militaires américains et européens : « Nous ne voulons pas et nous n'attendons pas que vous nous souteniez éternellement ». Et d'ajouter : « Mais à présent votre aide nous est nécessaire comme jamais ».

Il devient, semble-t-il, clair quelle aide concrètement est nécessaire.

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