Atome civil : Ségolène Royal donne son feu vert ?

Atome civil : Ségolène Royal donne son feu vert ?
La ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l'Energie Ségolène Royal surprend encore. Après avoir autorisé au dernier moment la veille de Noël les feux de cheminée à Paris, Mme la ministre s’en prend au nucléaire.

Dans une interview accordée à l’Usine nouvelle, S. Royal a annoncé la prolongation du parc nucléaire français et la construction d'une nouvelle génération de réacteurs. Une démarche osée que les Verts qualifient de « réécriture scandaleuse…des engagements du candidat Hollande et de la Loi de transition énergétique ». Mais Mme Royal tient bien le coup. En défendant la position du gouvernement, elle a annoncé que ses propos étaient conformes à la Loi de transition énergétique et que le gouvernement entendait « sortir du tout nucléaire » et pas du nucléaire. Le plus surprenant dans cette histoire est le fait que ces propos soient tenus par une personne qui a proposé dans le passé une sortie du nucléaire « en 40 ans ».

Le texte de la Loi de transition énergétique votée en octobre 2014 par l’Assemblée nationale fixe les grands objectifs de la politique énergétique de la France à l’horizon 2050. La loi envisage, selon le communiqué du ministère, de plafonner à 63,2 GW la puissance nucléaire installée en France soit son niveau actuel.

Y-t-il un changement de cap dans la politique énergétique de la France ? Choisit-elle de suivre sa propre voie dans le domaine nucléaire ? En quête d’une réponse à ces questions, nous nous sommes adressés au président de l’Association des écologistes pour le nucléaire Bruno Comby.

B. C. J’observe surtout un changement de cap de l’opinion personnelle de Mme Ségolène Royal sur cette question. Autrefois elle considérait le nucléaire comme une énergie tout à fait secondaire, elle utilisait même l’expression « une énergie d’appoint ». Et maintenant elle dit que le nucléaire est une énergie qui est utile pour le futur et qu’il faut avancer vers le développement de l’énergie nucléaire. Effectivement, il y a un changement dans les propos qu’elle tient. Pour ma part, je m’en félicite puisque l’énergie nucléaire est une énergie propre et respectueuse de l’environnement. Elle est tout à fait utile pour produire de grandes quantités d’électricité pour le bien de tout le pays d’une manière propre et sans polluer, sans rejeter de carbone dans l’atmosphère ce qui réchaufferait le climat. Madame Royal devient beaucoup plus pragmatique.

Sputnik. Comment expliquer ce changement de l’opinion de S. Royal ?

B.C. Peut-être qu’en étant ministre de l’énergie et en visitant des installations, elle se rend compte qu’il est nécessaire de produire de l’électricité et qu’il n’y a pas beaucoup de moyens de produire l’électricité d’une manière qui soit à la fois propre, économique, abondante, disponible quand on en a besoin. En fait, l’énergie nucléaire est la seule source d’énergie qui satisfait tout à fait à cette définition. Les énergies renouvelables sont bien sûr propres mais elles sont extrêmement coûteuses, ce qui est difficile à payer en périodes de crises financières comme nous sommes en ce moment. Par ailleurs, les énergies traditionnelles – le gaz, le pétrole et le charbon sont plus abondantes en Russie mais en France on en a très peu. Il faut bien qu’on trouve autre chose pour continuer à donner à notre société l’énergie dont nous avons besoin.

Sputnik. Pourriez-vous expliquer ce qu’entendait S. Royal par la formulation relance de l’énergie nucléaire?

B.C. La formulation utilisée par Mme Royal est à mon avis ambigüe. J’ai cru comprendre qu’elle était favorable au remplacement des réacteurs actuels que nous avons en France quand ceux-ci arriveront en fin de vie, qui est bien sûr tout à fait nécessaire. Comme nous n’avons pas d’autres ressources énergétiques importantes, il faudrait bien que le pays continue à produire son énergie d’une manière ou d’une autre. Est-ce qu’elle est favorable à l’augmentation de la part du nucléaire en France ? Si c’était vrai, ça serait une très bonne nouvelle. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas. On peut interpréter ces propos de plusieurs manières. Pour l’instant, François Hollande a tout de même dit qu’il souhaitait dans le cas de la Loi de transition énergétique qui a été votée récemment plafonner la production d’électricité nucléaire. La transition énergétique qui nous est proposée doit aller dans un monde où il y aura plus d’énergies renouvelables peut-être mais ce sont des énergies très intermittentes et chères, mais aussi plus d’énergie nucléaire. Le nucléaire est une énergie d’avenir. Plafonner la puissance nucléaire à son niveau actuel est irraisonnable.

Sputnik. Et la question de sécurité ? On se souvient des catastrophes à Tchernobyl, à Fukushima…

B.C. Quand vous avez mille mégawatt de puissance entre les mains, c’est comme quand vous conduisez une voiture à 250 km/h. Il peut toujours y avoir un danger. Mais il faut le faire de la manière la plus prudente possible. A Tchernobyl, il y avait des erreurs de conception dans la centrale, c’était un réacteur qui était instable dans certains régimes de fonctionnement. Le réacteur qui pouvait tomber en panne était dépourvu d’enceinte de confinement. Quand l’accident s’est produit, une grande partie de radioactivité s’est directement dispersée dans l’atmosphère… Ça c’est le nucléaire imprudent. Mais je crois que la Russie et l’Ukraine ont parfaitement compris toutes ces leçons. Les réacteurs modernes aujourd’hui ne sont plus du tout comme le réacteur de Tchernobyl… A Fukushima, c’était différent. Il y avait une enceinte mais c’était une enceinte des années 1960 qui était très fine, elle faisait à peine 10 centimètres. Elle a néanmoins rempli son rôle pendant les quatre premiers jours après l’accident. Cette enceinte de confinement à Fukushima a joué son rôle et laissé le temps d’évacuer la population. C’est pourquoi à Fukushima, contrairement à Tchernobyl, il n’y avait pas de victimes civiles. Personne n’a été exposé à des doses importantes de radioactivité. Les enceintes modernes que nous construisons aujourd’hui en Russie comme en France sont beaucoup plus épaisses, plus d’un mètres. Cela résiste même en cas d’accident.

Sputnik. Vous n’êtes pas très nombreux en France, les écologistes qui défendent l’atome civil. Pourriez-vous parler un petit peu plus de votre association ?

B.C. Nous sommes tout de même relativement nombreux, en tous cas de plus en plus nombreux. L’Association des écologistes pour le nucléaire AEPN rassemble aujourd’hui 12 000 membres et signataires dans 65 pays. C’est une structure que j’ai créée en 1996 avec quelques amis écologistes. Depuis de nombreuses personnes nous ont rejoint et notamment des fondateurs historiques de l’écologie dans le monde. Nous avons par exemple James Lovelock, père de la théorie de Gaia, considéré comme un des fondateurs de la pensée écologique depuis les années 1960, nous avons Patrick Moore, cofondateur de Greenpeace. On voit qu’il y a quand même de plus en plus de monde qui soutient cette nouvelle vision de l’écologie qui est compatible avec le progrès technologique. Il ne faut pas opposer le progrès et l’écologie. Au contraire, le progrès nous apporte des clés qui permettent de protéger l’environnement. Parmi ces clés, l’énergie nucléaire en est une très importante. Mais il y en a d’autres comme les pompes à chaleur qui peuvent aider pour le chauffage des habitations surtout dans les pays tempérés comme la France. Encore un autre domaine c’est la voiture électrique qui permet de ne pas être dépendant du pétrole qui pollue l’atmosphère. La technologie nous apporte des solutions écologiques. Il faut arrêter de considérer le nucléaire et la technologie comme des ennemis de l’humanité. Bien au contraire, c’est le progrès technologique qui fait tous les progrès humains et sociaux depuis maintenant plus d’un siècle. Et ça n’est pas en train de changer mais en train de s’accentuer. Il faut saisir cette opportunité qu’est l’énergie nucléaire qui nous permet de mieux protéger notre planète et de préparer pour l’humanité un avenir meilleur. »

Sputnik. Il est à rappeler que la France est l’un des plus gros producteurs d’énergie nucléaire dans le monde. Près de 80 % de l'électricité dans le pays est issue du nucléaire. Et tout laisse à croire qu’elle choisit de ne pas céder à la pression de Bruxelles et de l’Allemagne, qui elle aurait décidé de renoncer pour de bon à l’atome civil.

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