Chronique d’un génocide en pleine Europe. Où va-t-on ?

Chronique d’un génocide en pleine Europe. Où va-t-on ?
Mais sinon, Madame la Marquise, tout va très-très bien. M. Porochenko serre la main de son homologue français en plein Paris. L’un est Charlie. L’autre est Volnovakha. On pourrait encore comprendre, donnant libre cours à son imagination, que M. Hollande soit Charlie. Mais il faudrait vraiment avoir l’esprit kafkaïen pour associer le pouvoir kiévien à Volnovakha.

Autant conclure dans une optique terriblement surréaliste qu’Hitler fut Aushwitz ou que Truman fut Hiroshima. Entre-temps, le bilan du dimanche s’est élevé à 30 morts et blessés parmi lesquels des enfants.

Porochenko et ses sbires ont manifestement pris goût aux défilés comme ils ont pris goût aux provocations stylisées à l’américaine. Des journaux en ligne tels que « Novosti Kramatorski » (Actualités de Kramatorsk), « Fakti » (Les faits), « Ekonomitcheskie Izvestia » (Actualités économiques) ou encore ZN,UA ont repris les propos de M. Oleg Shamshur, ambassadeur d’Ukraine en France, selon lequel des manifestations massives en hommage aux victimes de Volnovakha devraient se tenir à Paris. Selon les autorités, un rapprochement serait à faire entre l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo et le pilonnage d’un autobus en provenance de Donetsk. Le scénario semble parfait si ce n’était une nuance. L’examen des trous d’obus laissés à environ dix mètres du bus a démontré que celui-ci avait été attaqué depuis le nord ou le nord-est et non pas depuis l’est contrôlé par la Résistance. Le rapport de l’OSCE donne deux éléments de réponse que l’on retiendra avant la clôture de l’enquête : la responsabilité de l’insurrection est à exclure ou reste à prouver. Autrement dit, elle n’est pas avérée, voire peu probable. D’ailleurs, permettez-moi cette réflexion par analogie, il est très peu probable que l’enquête aboutisse comme ce fut le cas avec le MH17. Ces accusations arbitraires ont tenu lieu de prétexte à l’annulation du cessez-le-feu conclu début décembre comme le crash du Boeing malaysien avait en son temps servi de prétexte à l’exacerbation des opérations punitives dont les civils du Donbass ont été les premières victimes. La machine de propagande ukraino-(américaine) radotant, on passe du pareil au même.

C’est ainsi que l’on met à feu et à sang Gorlovka sans que la communauté internationale ne s’en offusque. Des bombes de 500 kg ont été larguées dimanche sur cette ville de l’oblast’ de Donetsk. 16 heures durant l’artillerie lourde se déchaînait sur les maisons poussant les civils à regagner les caves qu’ils avaient pu quitter vers la fin de l’été. 2 morts et 12 blessés, tel est le bilan du week-end. Comme j’avais déjà eu l’occasion de l’indiquer dans un récent article le but principal poursuivi par les FAU – et c’était déjà le cas avant la fin fracassante de la trêve – consiste à forcer les portes de Donetsk. Il convient donc de raser les bastions de la résistance quels que soient les soi-disant « dégâts collatéraux » qui en résultent surtout que Porochenko dans son discours d’Odessa avait clairement démarqué les Ukrainiens des peuples du Donbass en promettant à ces derniers un avenir tout à fait radieux dans les sous-sols, coupés du monde et de tout soutien social. Ces dernières heures ont également été éprouvantes pour Donetsk : 9 morts dont une fillette de 4 ans et 44 blessés dont deux médecins suite au pilonnage d’un hôpital. Soucieuse de faire reculer l’artillerie lourde ukrainienne des portes de la ville, la Résistance a fait sauter le pont de Poutilovka ce quartier étant situé à l’extrêmité nord de la ville. La reprise totale de l’aéroport et quasi-totale (?) du bourg de Peski s’inscrit dans cette logique de repli des troupes ukrainiennes doublée d’une percée des résistants vers Marioupol – ratée pour des raison qui restent obscures fin août – ce qui équivaut à une offensive sur toute la ligne de front.

Le compte à rebours semble lancé. Pour sa part, Kiev envisagerait deux options : soit le Donbass est repris dans les plus brefs délais, soit il est rasé avec toutes ses mines, son infrastructure et ses habitants non-alignés. Les chefs des RPD/RPL en ayant parfaitement conscience, une contre-offensive allant non pas de Gorlovka à Marioupol mais de Kharkov à Marioupol est inévitable. Elle constitue cette troisième option que le gouvernement de Porochenko a tant de mal à digérer et que les USA entendaient exclure dès le début en livrant des armes lourdes au gouvernement putschiste de Kiev. Mais voilà le problème : encore faut-il que les FAU puissent s’en servir – manque de temps et d’instructeurs – et qu’ils aient les moyens de leurs ambitions. L’Europe ne veut plus payer une guerre compromettant un équilibre continental déjà très faible, le FMI n’a aucun intérêt à distribuer des crédits sachant que le client n’est pas solvable.

Partant de ce constat, sans doute faudrait-il retenir trois hypothèses :

- Un dernier délai a été accordé à Kiev ce qui explique sa précipitation meutrière.

- Il n’y a pas d’unanimité par rapport au dossier ukrainien entre l’UE, les USA et au sein des élites étasuniennes elles-mêmes. Cette aventure ukrainienne grandement osée, ne fut-elle pas finalement une erreur grandissime ?

- Une partie de l’élite néo-conservatrice espérerait voir la Russie intervenir ce qui transformerait une guerre formellement civile vouée à l’impasse en une guerre ouverte entre la Russie (immédiatement présentée comme étant le Mal incarné) et l’OTAN (les forces du Bien ou ... du maintien de la paix en Europe).

Cette esquisse d’analyse effectuée, je soumets à votre attention une analyse de Bruno Drweski, géostratrège et directeur de publication de La Pensée Libre.

La Voix de la Russie. « On assiste depuis quelques jours à une forte escalade des hostilités dans le Donbass. Donetsk est littéralement arrosé de roquettes et d'obus. Le nombre de mercenaires devient plus important, une nouvelle vague de mobilisation est attendue d'ici peu qui impliquera 50.000 femmes de moins de 50 ans. Comment expliquer cet acharnement assez prématuré - on s'attendait plutôt à une opération massive vers le printemps - de la part de Kiev?

Bruno Drweski. Je pense qu’il y a une fuite en avant la situation économique et sociale de l’Ukraine étant catastrophique. On a imposé à Kiev des mesures sociales tout à fait régressives ! On y voit se succéder des manifestations d’enseignants, d’infirmières, de médecins, etc. enfin de toutes les catégories professionnelles auxquelles on coupe systématiquement les budgets. Il faut donc supposer que le gouvernement ukrainien est en quelque sorte pris à la gorge par la population qu’il représente. Cette guerre lui apparaît donc comme une fuite en avant. Qui plus est, nous sommes en hiver, les conditions matérielles se dégradent ... cette nouvelle percée est ainsi perçue comme une échappatoire ce qui fait écho à bien d’autres exemples historiques montrant que bien souvent des pouvoirs qui commencent à prendre l’eau envisagent la guerre comme seul remède à leur déroute.

LVdlR. Porochenko entend faire sortir l'Ukraine de son statut de non-aligné. Est-ce une mesure réaliste qui pourrait conduire à l'intégration de l'Ukraine à l'OTAN? Ne risquerait-il pas de couper définitivement son pays et de la Russie et de l'UE dont il fait miroiter le spectre devant une population de plus en plus déçue?

Bruno Drweski. Là encore, le Président ukrainien envoie des signaux de détresse. La seule chose qui semble lui échapper c’est le fait que l’UE n’est pas prête à payer pour l’Ukraine, les USA encore moins. Je pense de même que Washington n’est pas prêt à s’engager dans une confrontation directe avec la Russie. Ce que l’on observe se rapporte donc plutôt à une opération médiatique mais qui en même temps démontre que l’Ukraine n’a plus de solution et que, à court terme semble-t-il, les Ukrainiens auront à affronter la réalité dans toute sa crudité. Pour le moment, nous en sommes à la phase mythique, une phase qui conduit tout un peuple droit dans le mur.

LVdlR. Le gaz russe destiné à l'UE passera désormais par la Turquie et non pas par l'Ukraine. Croyez-vous que cela puisse influencer la stratégie ultérieure de Kiev et celle de Bruxelles qui ne voudra peut-être pas spécialement garder à flot l'économie d'un pays en faillite?

Bruno Drweski. Voilà encore une raison qui explique la fuite en avant que je viens d’évoquer. Pour le moment, Kiev est encore le pays du transit du gaz et essaye de continuer à jouer ce rôle stratégique que tôt ou tard il devra perdre. De son côté l’UE tente de renégocier le retour vers le fameux South Stream qui a été abandoné par la Russie, tentative qui a trait à une énième illusion de Bruxelles qui tôt ou tard se retrouvera devant le fait accompli, la réalité des choses. De toute façon, je pense que l’UE n’était pas prête à payer de grosses sommes vu la situation lamentable dans laquelle elle se trouve, ce qui est notamment vrai pour la Grèce, pour l’Espagne, pour l’Italie et pour d’autres pays qui s’en approchent comme la France ... il faut le reconaître. Je n’imagine donc pas que l’UE puisse envisager de remettre à flot l’Ukraine qui est quand même un pays d’une quarantaine de millions d’habitants ».

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