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La Grèce, l’Europe, et la question de la souveraineté

© REUTERS / Alkis KonstantinidisProtesters hold a giant Greek national flag
Protesters hold a giant Greek national flag - Sputnik France
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Les événements dramatiques du Donbass ont occupé le devant de la scène, mais d'autres non moins dramatiques, mais moins spectaculaires, se déroulent à la périphérie de l'Europe.

L'affrontement entre la Grèce et les pays de la zone Euro (l'Eurogroupe), est un exemple extrêmement important de la manière dont l'Union européenne conçoit la démocratie et respecte les peuples.

Le retour de la souveraineté

The euro sign landmark - Sputnik France
Valéry Giscard d'Estaing prône une sortie de l'euro pour la Grèce
L‘élection du 25 janvier a porté au pouvoir le parti SYRIZA à Athènes. Elle a été saluée comme un moment décisif dans la crise que la Grèce traverse depuis 2009. Les déclarations faites par les nouveaux élus grecs en témoignent. La lutte contre la « troïka », l'association du FMI, de la Banque Centrale Européenne et de la Commission Européenne, est vécue comme une lutte d'indépendance nationale. La déclaration faite par le Ministre des Finances du nouveau gouvernement, Yanis Varoufakis le 20 janvier, soit avant l'élection, le montre. Il fait une comparaison entre le rejet des plans d'austérité imposés à la Grèce et ce qu'il appelle « l'esprit du 28 octobre »: « Le vrai déficit de la Grèce, c'est un déficit de dignité. C'est à cause de ce manque de dignité que nous avons accepté des mesures stupides et cela a alimenté un cercle vicieux de l'indignité (…). Nous devons retrouver notre dignité, l'esprit qui, le 28 octobre 1940 nous a fait dire « non » à l'ultimatum de l'Italie mussolinienne.».

German Chancellor Angela Merkel (L) listens to French President Francois Hollande during a joint news conference after talks at the Elysee Palace in Paris February 20, 2015. - Sputnik France
Hollande: pas de scénario de sortie de la Grèce de la zone euro
Imaginons un ministre des Finances français qui comparerait sa politique à l'appel du 18 juin. Car c'est de cela dont il s'agit. Le 28 octobre 1940, le gouvernement Grec avait reçu de l'Italie mussolinienne un ultimatum. Il le rejeta et choisit, en dépit d'un rapport des forces très défavorable, l'option de la guerre. De fait, l'Armée grecque devait refouler les troupes italiennes jusqu'au moment ou l'Allemagne nazie intervint. Cela situe le niveau de l'affrontement auquel le gouvernement grec semble être résolu. Cela justifie l'alliance passée par SYRIZA avec le parti de droite « anti-mémorandum » l'AN.EL (les « Grecs Indépendants »).

Une situation économique très dégradée

En fait, la Grèce traverse une crise du fait de la dette accumulée depuis 2009. Les taux d'intérêts sur les nouveaux emprunts ont été si élevés qu'ils provoquent une hausse de l'endettement en dépit de l'annulation partielle consentie en 2011. La dette provoque la dette dans une économie qui connaît une profonde récession. C'est ce que l'on appelle un « système Ponzi ». La Russie a connu cette situation de 1995 à 1998. Cette récession est le produit des politiques d'austérité imposées au gouvernement grec par la « troïka ». On peut constater l'effondrement du PIB que l'on a vu se produire en Grèce depuis 2009.

© Photo base de données du FMIGraphique 1. Evolutions du PIB
Graphique 1. Evolutions du PIB - Sputnik France
Graphique 1. Evolutions du PIB

L'évolution du PIB par habitant montre une chute aussi plus forte avec une baisse de plus de 19% depuis 2009.

Dans cette situation dramatique, où près d'un quart des enfants scolarisés montrent des troubles liés à la faim, et où les suicides ont augmenté de 40%, le nouveau gouvernement veut utiliser les sommes allouées aux remboursements (intérêts et principal de la dette) pour prendre des mesures humanitaires d'urgence et pour relancer l'économie grecque, en particulier par le développement de l'investissement, tombé à un niveau historiquement bas. Il se heurte sur ce point à l'intransigeance de l'Allemagne. Le conflit entre Athènes et Berlin a pris une dimension qui dépasse la question économique. Le gouvernement allemand fait preuve vis-à-vis d'Athènes d'une morgue insensée et a voulu mettre des conditions humiliantes à un accord. Rien de moins qu'une reddition complète du gouvernement grec, où ce gouvernement, librement élu, devrait obtenir l'accord préalable de la « troïka » pour tout changement à apporter à la politique économique. Il nie l'existence de la moindre souveraineté à Athènes. Le fait que l'Allemagne puisse se permettre cela aujourd'hui, dans l'Union européenne, en dit long sur la conception de la souveraineté qui y a cours.

© Photo Base de données du FMIGraphique 2. PIB par habitant en Grèce
Graphique 2. PIB par habitant en Grèce - Sputnik France
Graphique 2. PIB par habitant en Grèce

Comment ne pas voir dans cette attitude l'écho lointain de l'ultimatum envoyé par l'Empire Austro-Hongrois à la Serbie, qui déclencha la Première guerre mondiale?

L'accord du 20 février

Un accord provisoire a été conclu le vendredi 20 février entre la Grèce et l'Eurogroupe. Cet accord avait pour but d'éviter une crise immédiate. Il est néanmoins très attaqué. Le député Manolis Glezos, héros historique de la Résistance contre les Nazis en Grèce et membre de SYRIZA, l'a dénoncé. En fait, la Grèce a obtenu plusieurs choses. Le mémorandum est remplacé par « contrat » qui court sur 4 mois; ce dernier est explicitement désigné comme une transition vers un nouveau contrat, qui reste bien entendu à définir. La « Troïka » n'existe plus comme institution, même si chacune de ses composantes continue d'exister. C'en est donc fini des équipes qui venaient dicter leurs conditions à Athènes. La Grèce écrira désormais l'ordre du jour des réformes, et elle l'écrira seule. Les institutions donneront leur avis, mais ne pourront plus faire d'un point particulier de ces réformes une obligation impérieuse pour Athènes. Un autre avantage est que le Gouvernement grec a brisé l'unanimité de façade de l'Eurogroupe et obligé l'Allemagne à dévoiler ses positions. Mais la Grèce a accepté de reconnaître — pour l'instant — l'ensemble de ses dettes. Il n'y a eu aucun progrès sur ce point, et aucun signe d'un changement d'attitude de l'Allemagne.

Символ евро возле здания Европейского центрального банка Франкфурте, Германия. Архивное фото - Sputnik France
Valls: maintenir la Grèce dans la zone euro
Dans 4 mois le gouvernement grec sera à nouveau confronté à l'Eurogroupe. Le contentieux avec l'Allemagne va encore grandir. De fait, l'Allemagne ne peut céder, ni non plus le gouvernement grec. Ceci implique que l'on va vers un nouvel affrontement, à moins que d'ici là se dessine une « alliance » anti-allemande. C'est ce qu'espère Tsipras, mais sur ce point il a tort. Les gouvernements français et italiens sont acquis aux idées allemandes.

Mieux vaudrait utiliser ces 4 mois pour se préparer à l'inévitable, une sortie de l'Euro. Quelle que soit la stratégie de négociations de la Grèce, il faut s'interroger sur le but de cette négociation. La Grèce ne peut obtenir des choses qui sont, dans le contexte politique actuel, contradictoires. Elle ne peut se dégager des dettes (d'au moins une partie) et garder l'Euro. Une sortie de la Grèce de la zone Euro, par les effets induits qu'elle produira, mettra fin, d'ailleurs, soit à l'Euro soit à la politique de Germano-Austérité. Mais, pour cela, la Grèce doit sortir de l'Euro. Elle a 4 mois pour s'y préparer. Elle doit en attendant chercher les alliances internationales, avec la Chine et avec la Russie, qui seraient susceptibles de l'aider.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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