Amérique latine: l'UE doit œuvrer pour contenir l'emprise chinoise

© REUTERS / Emmanuel Dunand/PoolEuropean Union foreign policy chief Federica Mogherini (R) shakes hands with Ecuador's Foreign Minister Ricardo Patino (L) during the signing of a draft agreement establishing the European Union-Latin America and Caribbean states Foundation (EU-LAC) , as an international delegation of foreign ministers and officials look on, at the start of an EU and the Community of Latin America and Caribbean states (EU-CELAC) foreign ministers' meeting at the European Commission in Brussels, Belgium, June 9, 2015. EU-CELAC summit
European Union foreign policy chief Federica Mogherini (R) shakes hands with Ecuador's Foreign Minister Ricardo Patino (L) during the signing of a draft agreement establishing the European Union-Latin America and Caribbean states Foundation (EU-LAC) , as an international delegation of foreign ministers and officials look on, at the start of an EU and the Community of Latin America and Caribbean states (EU-CELAC) foreign ministers' meeting at the European Commission in Brussels, Belgium, June 9, 2015. EU-CELAC summit - Sputnik France
Depuis le début de la coopération transatlantique dans les années 1970, les investissements européens en Amérique latine se sont chiffrés à plus de 385 milliards d'euros, ce qui dépasse le volume cumulé des investissements japonais, russes, chinois et indiens.

En 2014, les pays de l'Union européenne ont exporté pour 110,6 mds EUR de marchandises dans les pays de la région. L'Allemagne est le leader en la matière (28% des exportations), suivie par l'Espagne (13%), l'Italie (12%) et la France (11%). L'UE reste également le principal donateur des pays latino-américains. Cependant, l'influence européenne en Amérique latine connaît aujourd'hui une baisse significative, cédant notamment à celle de la Chine, indique le professeur de l'Université de Liège Sebastian Santander.

Région stratégique riche en matières premières

La Chine s'intéresse à l'Amérique latine pour plusieurs raisons. Tout d'abord, du fait que le continent latino-américain regorge d'importantes matières premières nécessaires à la poursuite de la croissance chinoise. Elle achète, notamment, du soja, du sucre, du pétrole, du bois et du cuivre. Mais la Chine investit également dans les infrastructures, le transport, la technologie, l'automobile ou les marchés publics. Les banques publiques chinoises octroient également des prêts aux pays d'Amérique latine qui se chiffrent en milliards d'euros. La deuxième raison est d'ordre stratégique et a trait à la nécessité de la Chine de se faire une place sur la scène internationale. Les autorités chinoises ambitionnent d'être une grande puissance mondiale.

Dès lors, elles considèrent que la Chine doit déployer une diplomatie multidimensionnelle qui ne doit épargner aucun continent. Sa relation avec ce continent est d'autant plus stratégique pour la Chine que l'Amérique latine est une région traditionnellement tournée vers les Etats-Unis. La Chine a donc pris le paris de s'aventurer dans l'arrière court de Washington. Une autre raison de cette percée en Amérique latine concerne la question taïwanaise. La Chine est consciente que la moitié du continent latino-américain reconnait Taiwan et entretient des relations diplomatiques avec ce pays. La Chine espère arriver à convaincre ces pays pour qu'ils arrêtent de reconnaître Taiwan.

La Chine réussit en Amérique latine car elle devient un associé économique et commercial incontournable pour ce continent. Par ailleurs, elle octroie de nombreux prêt et finance de nombreux projets d'infrastructures grâce à ses banques publiques comme CDB ou Eximbank. Sa présence a aidé l'AL à traverser sans trop de difficulté la crise mondiale. Mais cette situation fait que l'AL est face à de nouvelles dépendances.

UE — Amérique latine: des relations toujours distantes

Les relations entre l'Amérique latine et l'Union européennes ont été instituées en 1999 à la suite du sommet de chefs d'Etat et de gouvernement qui a eu lieu à Rio de Janeiro. Depuis lors, l'UE a organisé avec l'AL des sommets de rencontre bisannuels. Les relations entre les deux rives de l'Atlantique se sont peu à peu développées. Aujourd'hui, la coopération de l'UE avec l'Amérique latine couvre de très nombreux sujets. L'UE a également conclu des accords d'association (dialogue politique, coopération et zone de libre-échange) avec les pays ou les groupements régionaux  du continent latino-américain.

Le maillage relationnel n'a eu de cesse de se développer. De nombreux liens institutionnels ont été tissés tant à l'échelle intergouvernementale qu'interparlementaire dans le cadre respectif des sommets biannuels de chefs d'Etat et de l'Assemblée EuroLat. Les acteurs sociaux ont aussi cherché à investir cet espace transatlantique ce qui a donné lieu à l'essor d'une série de fora d'hommes d'affaires, d'académiques ou de syndicats. Une fondation UE-CELAC a même été créée pour faciliter la connexion entre le niveau gouvernemental et celui de la "société civile". Ce rapprochement a permis à l'UE de devenir pour l'AL le deuxième partenaire commercial après les Etats-Unis, le premier pourvoyeur d'aide au développement et le principal investisseur extérieur.

L'investissement européen en AL est de 385 milliards d'euros et serait supérieur à l'ensemble de l'investissement européen réalisé en Chine, Inde et Russie réunis. Toutefois, l'AL ne représente en terme commercial que 6% du commerce total de l'UE. Les entreprises européennes exportent surtout des biens industrialisés en AL et y achètent des matières premières.

Il faut souligner que malgré les nombreux liens existants, les relations entre l'UE et l'AL sont loin d'être acquises. En fait, les relations restent distantes et doivent faire face à de nombreux obstacles voir menaces. Du côté européen, rares sont les pays, à l'exception de l'Espagne, à avoir un réel intérêt à développer une relation politique, étroite et soutenue avec l'AL. D'ailleurs, l'élargissement de l'UE à l'est de l'Europe consolide l'isolement des pays au sein de l'UE qui veulent une relation plus forte avec l'AL.

Réincorporer l'Amérique latine à l'agenda européen

Par ailleurs, le centre de gravité de l'UE est situé économiquement et diplomatiquement aux Etats-Unis et de plus en plus en Asie suite à la montée en puissance de la Chine. Enfin, l'UE a surtout tendance à se centrer sur elle-même: une grande partie de son attention est captée par ses problèmes internes ayant trait à la crise économique et sociale des sociétés européennes, aux réformes institutionnelles récurrentes, à son éternel déficit démocratique de ses institutions supranationales ou aux défis posés par son voisinage direct (Balkans occidentaux, Ukraine/Russie). Tout ceci fait que le dialogue politique avec l'Amérique latine est très faible.

Cette faiblesse du dialogue politique se doit également au fait que l'AL se tourne de plus en plus vers l'Asie pacifique et plus particulièrement vers la Chine qui est devenu son nouveau Eldorado. Cela se fait au détriment des relations avec l'UE dont le modèle d'intégration et de gouvernance régionale a perdu de son attrait aux yeux des pays latino-américains du fait de la crise économique et institutionnelle européenne, et de l'assurance que ces pays ont gagné suite à leur "décennie dorée" (2003-2013). Les échanges commerciaux et les investissements entre l'UE et l'AL diminuent progressivement du fait tant de la crise européenne que de la présence accrue de la Chine en AL. 

Comment l'Europe peut-elle améliorer son implantation en Amérique latine et contenir l'emprise de la Chine sur ce continent? Pour ce faire, il faut commencer par réincorporer l'Amérique latine à l'agenda européen. Autrement dit, la relation a besoin d'une nouvelle impulsion politique. L'UE doit convaincre tous ses Etats membre y compris ceux qui n'ont aucun intérêt envers l'AL que l'Europe a beaucoup à gagner à être plus présente sur la scène internationale et latino-américaine en terme non seulement d'économie et de commerce, mais également en terme stratégique face à un monde qui se multipolarise.

Par ailleurs, les acteurs ont intérêt à déterminer un nombre limité d'intérêts communs par rapport auxquels ils peuvent agir de concert sur la scène internationale. Pour ce faire, il faudrait encore que l'UE puisse développer avec l'AL une représentation semblable du monde et une vision commune des défis géopolitiques à relever. Un autre élément qui permettrait à l'UE de donner un nouveau souffle à ses relations avec l'AL serait de conclure un accord d'association avec le Mercosur en faisant certaines concessions aux pays du Mercosur sans nécessairement exiger une totale réciprocité à ces pays.

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