Hiver chaud: le prix du gaz en chute libre

Les temps sont durs pour le secteur gazier américain. En raison d'un hiver anormalement chaud et de la baisse des prix du pétrole, depuis un an et demi les prix du gaz approchent d'un minimum qu'ils n'avaient pas atteint depuis vingt ans.

Le secteur subit une vague de défauts et de faillites, et la production a commencé à diminuer progressivement au second semestre 2015.

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Évidemment ces problèmes ne datent pas d'hier, écrit le site Wolfstreet.com. Les prix ont commencé à baisser il y a environ sept ans: en juillet 2008 le million de Btu (unité thermique britannique) valait 13 dollars; aujourd'hui sa valeur a été divisée par sept pour atteindre 1,76 dollar. A cause de tarifs aussi bas, les entreprises gazières ne peuvent plus amortir leurs investissements. Résultat des courses: des flux financiers négatifs, des allègements de dettes considérables (notamment aujourd'hui), des défauts, des restructurations et des faillites.

Une telle situation aurait dû entraîner depuis longtemps une réduction de la production gazière, mais depuis 8 ans l'argent a continué de pleuvoir sur ce secteur — et la production d'augmenter. Avec les taux zéro appliqués par la Réserve fédérale américaine, les compagnies gazières arrivaient sans problème à emprunter aux banques et à "enterrer" des milliards en terre. Cela a permis à l'Amérique de devenir le plus grand producteur de gaz naturel sur la planète. Aujourd'hui, les canaux financiers ont été fermés aux compagnies gazières. Wolfstreet.com, plutôt pessimiste, pense que la majeure partie du secteur se dirige vers les défauts de paiement et les faillites.

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Même le plus grand producteur de gaz aux États-Unis, Exxon, rencontre de sérieux problèmes. Bien que cette compagnie connaisse des problèmes encore plus graves dans le secteur non-gazier, cela ne change rien à la situation générale.

Depuis juin 2014, la valeur des actions d'Exxon a perdu 25%. Sa note de crédit reste toutefois élevée à AAA. Les spécialistes indiquent que même si la notation de la compagnie diminuait de quelques points, elle pourrait sans problème contracter de nouveaux prêts.

Les actionnaires d'Exxon ne devraient donc pas trop s'inquiéter — contrairement à ceux d'autres compagnies gazières dont les affaires sont bien plus moroses. De plus en plus de petites et moyennes entreprises gazières déposent le bilan. Par exemple, le deuxième plus grand producteur de gaz, Chesapeake, a dû déclarer une perte de 15,4 milliards de dollars au cours des trois premiers trimestres de l'année. Actuellement, la compagnie tente de restructurer sa dette grâce à Evercore Partners. Chesapeake détient presque 12 milliards de dollars d'obligations pourries. Sachant que les trois quarts — 9,3 milliards de dollars — sont non pourvues.

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Lundi 21 décembre, le prix du million de Btu à la bourse de New York a chuté à 1,755 dollar — le gaz naturel n'avait jamais été aussi bon marché depuis le 23 mars 1999. En juillet 2014, le million de Btu dépassait les 4 dollars — soit plus du double.

Aux soucis financiers et économiques objectifs des compagnies gazières s'ajoutent des problèmes climatiques. En effet, les prix du gaz continuent de baisser malgré l'hiver à cause du phénomène climatique El Nino, à l'origine des températures très chaudes en Amérique, du moins pour l'instant. Les dépenses des Américains pour le chauffage et, par conséquent, les tarifs du gaz diminuent.

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La situation, selon le site Wolfstreet.com, est proche de la ligne rouge. Le plus étonnant est que le secteur gazier américain avait pourtant terminé l'année 2014 avec des indices records. Des quantités de gaz inégalées avaient été stockées au 1er janvier 2015: 16% de plus qu'en 2014, et 9% de plus par rapport à la moyenne depuis cinq ans.

Les météorologues ne prévoient pas de périodes froides dans un avenir proche — les réserves de gaz devraient donc s'épuiser bien plus lentement.

Les compagnies gazières américaines ont tout de même continué, par inertie, de produire des quantités de gaz record au premier semestre. La production a commencé à diminuer légèrement seulement au troisième trimestre. En septembre elle a baissé de 0,6% par rapport à août — mais ce mois avait justement été un record absolu. En glissement annuel, la production en septembre 2015 était tout de même supérieure de 6%.

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En octobre et en novembre, les baisses de production ont continué mais cela ne s'est pratiquement pas reflété sur l'austère réalité: la météo anormalement chaude et des réserves de gaz plus élevées que jamais.

L'auteur de l'article, Wolf Richter, écrit que seul un miracle pourrait sauver aujourd'hui les compagnies gazières. Et on sait même quel miracle: les compagnies gazières regardent le ciel avec espoir et lisent sans fin les pronostics des météorologues en attendant le froid — un froid qui ne serait pas local ou temporaire, mais long, de préférence jusqu'en mars-avril, et qui atteindrait même la Floride et le Texas.

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