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France, Russie: qui frappe qui en Syrie ?

© REUTERS / Olivia HarrisMinistre français de la Défense Jean-Yves Le Drian. Archive photo
Ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian. Archive photo - Sputnik France
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Le véritable chemin vers le cœur de Daech passe par les frappes à Raqqa et à Deir ez-Zor. Jean-Yves Le Drian le sait, mais il n’est pas sûr que les russes le sachent.

Le doute fait son grand retour. En vain le voyage à Moscou de François Hollande, en vain l'entretien entre les ministres de la défense des deux pays, en vain l'usage timide des mots doux comme « alliés ». Le Drian doute.

La France a effectué sept frappes contre Daech - Sputnik France
La France a effectué sept frappes contre Daech
L'opposition modérée reste toujours modérée pour la France, et pour le ministre français de la défense La Russie vise d'abord les opposants de Bachar Al-Assad et Daech ne vient qu'en deuxième place. Il partage ces inquiétudes et dit estimer qu'il faut « clarifier les objectifs principaux en Syrie » avec les russes. Le Drian semble être renseigné sur le réel positionnement de Daech, conseille de frapper au cœur du groupe terroriste et s'étonne que Moscou ne le fasse pas. Selon Jean-Vincent Brisset, spécialiste des questions de défense et de relations internationales, la critique envers la Russie dans la situation actuelle est du moins étonnante:

« Ce qui est le plus intéressant je pense c'est de voir que la Russie intervient dans le cadre d'une alliance légitime sur le plan du droit international avec la Syrie quoi qu'on pense du régime syrien et quoi qu'on pense de cette alliance et qu'elle intervient en appui du régime Syrien contre la totalité des adversaires de ce régime, ça c'est une première chose. Une deuxième chose, effectivement la France intervient sans mandat international clair contre l'Etat Islamique et intervient en fonction de renseignement qu'elle possède, je ne sais pas si elle le partage avec la Russie pour aider si effectivement elle a des renseignements que la Russie n'a pas, ce serait bien qu'elle aide la Russie. Mais de toute façon c'est surprenant que la France donne des leçons à la Russie dans la mesure où c'est quand même la Russie, qui est un Etat souverain et qui intervient en appui d'un Etat souverain ».

Au cours des deux premières semaines de l'année, les forces russes ont frappé près de 1100 cibles terroristes en Syrie, mais pour Jean-Yves Le Drian ce ne serait pas suffisant. Faut-il compter et comparer? Tant que les dossiers d'objectifs ne sont pas divulgués publiquement, la comparaison sera vaine d'après Jean-Vincent Brisset, mais les informations actuellement disponibles montrent déjà un déséquilibre assez évident:

« Ce qui est intéressant là aussi, c'est de comparer les chiffres qui sont donnés, le nombre de frappes, la Russie a tiré beaucoup plus d'armes que la France, ce ne sont pas des armes de précision, enfin beaucoup moins d'armes de précision que la France, la France a tiré presque exclusivement des armes de précision. Mais je note que toujours sur le point de la communication, alors qu'avant la France donnait le nombre de sorties et de missions effectuées, là maintenant on est passé on donne un nombre de frappes, ce qui je suppose veux dire le nombre d'armes tirées, pour ce mettre sur le même plan que la Russie. Parce qu'on comparait jusqu'à maintenant des choses qui n'étaient pas comparables: le nombre d'armes tirées du côté Russe et le nombre de missions effectuées du côté français ».

Et toujours l'utilisation du terme «l'opposition modérée » qui oppose la Russie et l'Occident et en ce cas précis, la France. René Naba, journaliste et spécialiste du monde arabe, revient sur la déclaration de Laurent Fabius qui félicitait à l'époque Jabhat Al-Nosra de « faire du bon boulot en Syrie ». D'après notre expert il y aurait de l'hypocrisie dans l'emploi du terme « islamisme modéré » au sujet de cette organisation:

​« La Russie a apporté son appui massif au Président Assad, et par la même occasion elle faisait une démonstration de force à l'égard de l'OTAN pour leur dire que la cible ce n'est pas uniquement Daesh, mais aussi Jabhat Al-Nosra, parce que Jabhat Al-Nosra c'est la filiale syrienne d'Al-Qaeda que vous-même occidentaux vous avez combattu pendant dix ans dans une guerre contre le terrorisme en Afghanistan. Les Etats-Unis et la France, et la Grande Bretagne, et l'Allemagne. Donc on ne peut pas pendant dix ans dire qu'Al-Qaeda est une organisation terroriste et subitement parce que c'est la Syrie et parce que ça nous arrange dire: c'est un islamisme modéré, en quoi Jabhat Al-Nosra est un organisme modéré? »

L'attitude hésitante du gouvernement français s'explique par ses liens diplomatiques importants avec certain pays au Moyen Orient, nous explique René Naba:

« Parce que la France a besoin de donner des gages non pas au monde arabe ou au monde islamique mais une alliance avec la politique la plus régressive, avec les alliés les plus régressifs et les plus obscurantistes du monde arabe, la branche wahhabite qui sont les mercenaires de l'Arabie Saoudite dans la Syrie, ça peut choquer l'expression mais la France engage, soutien Jabhat Al-Nosra pour avoir un mot à dire dans la Syrie parce qu'elle pense qu'avec cette politique-là de soutien aux alliés des wahhabites, ça peut lui rapporter des dividendes sur le plan des commandes militaires et civiles. C'est une politique mercenaire, on se vend à l'Arabie Saoudite ».

Ce n'est pas un secret: l'Arabie Saoudite est le premier partenaire commercial de la France dans la région. Après les attentats la France dépense encore plus dans sa campagne syrienne, et augmente le budget sécuritaire à l'intérieur du pays. La vente d' armes à l'Arabie Saoudite est un des moyens pour la France de se permettre de dépenser plus. D'après René Naba, ce cercle vicieux est un choix, pas une conséquence:

« On peut dire on fait une parole politique mercantile pour avoir des marchés et ça, ça peut se comprendre, on a une économie défaillante, il n'y a pas de décollage économique, en France le taux de chômage est considérable, il y a des élections présidentielles qui se font proportionnellement donc on peut faire une politique mercantile pour relancer la commande et les offres d'emplois et assurer son élection. Cela dit Nicolas Sarkozy l'avait fait en Libye dans l'espoir de rebondir pour les élections présidentielles, ça lui a pas réussi, je ne sais pas si ça va réussir à François Hollande ».

Après les attentats de Paris le président Hollande avait changé d'avis sur la campagne russe en Syrie. La coordination des actions militaires avant tout pour combattre le seul et même ennemi. Deux mois seulement après le 13 novembre, il semblerait que les autorités françaises ont la mémoire courte.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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