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L'hospitalité moscovite, une tradition séculaire

© Wikipedia"Le festin de noce d'un boyard au XVIIe siècle", Constantin Makovsky
Le festin de noce d'un boyard au XVIIe siècle, Constantin Makovsky - Sputnik France
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Depuis le XVe siècle, Moscou est considérée comme le centre de la vie politique, religieuse et économique de la Russie: grâce à sa situation géographique, la ville a fédéré les territoires et principautés disparates de tout le pays.

Des quatre coins de la Russie des vendeurs venaient dans la capitale pour vendre leur marchandise, des pèlerins faisaient le voyage pour se recueillir devant les sanctuaires moscovites, les travailleurs saisonniers et autres visiteurs étrangers étaient également nombreux. Les hôtels ont toujours été très sollicités et le nombre d'endroits où un voyageur pouvait se reposer, manger et changer de chevaux augmentait d'année en année à Moscou. La qualité du service a changé depuis des siècles. A l'heure actuelle, la capitale russe compte près de 400 hôtels et leur nombre ne cesse de croître.

Avant Pierre Ier: l'hospitalité dans l'ancienne Russie

Les premiers colons moscovites entretenaient déjà des relations commerciales avec des marchands étrangers bien avant la naissance officielle de la ville. On a notamment retrouvé des dirhams arabes — des pièces de monnaie d'argent datant de 862 et de 866 — pendant des fouilles menées non loin du ruisseau Tchertoroï, à l'embouchure de la Moskova: au milieu du IXe siècle, le commerce était donc déjà établi avec les pays orientaux. Dans chaque ville russe, à la portée d'un voyage équestre les unes des autres, se trouvaient des auberges avec des chambres pour dormir, se nourrir et une place pour les chevaux et les carrosses. Il est évident qu'à Moscou — ville où se croisaient toutes les routes de l'État — on comptait des dizaines d'auberges. Mais leur aménagement était loin de toujours satisfaire les marchands étrangers. Les commerçants d'autres pays étaient qualifiés "d'hôtes" en Russie. Plus tard, le terme d'"hôte" fut attribué aux compatriotes qui avaient le droit de commercer avec d'autres villes et pays. Des galeries ou cours marchandes ("gostiny dvor") étaient mises en place dans les villes pour les hôtes: il s'agissait de bâtiments où il était possible non seulement de se loger, mais également de commercer: leur plan architectural prévoyait des galeries marchandes et des entrepôts pour les marchandises.

© Sputnik . Pavel BalabanovGostiny dvor à St. Petersbourg, 1919
Gostiny dvor à St. Petersbourg, 1919  - Sputnik France
Gostiny dvor à St. Petersbourg, 1919

Il existait plusieurs cours marchandes nationales à Moscou: anglaise, arménienne, néerlandaise, grecque, danoise ou encore allemande. Les marchands étrangers arrivant dans la capitale s'arrêtaient ainsi chacun dans sa galerie.

L'ancienne Gostiny dvor située entre les rues Varvarka et Ilinka (métro Kitaï-gorod) fondée encore au début du XVIe siècle et reconstruite sous Catherine II, est toujours une galerie marchande aujourd'hui. Un projet de construction d'hôtel moderne pourrait bientôt y voir le jour.

XVIIIe siècle: l'expansion européenne

Le secteur hôtelier, au XVIIIe siècle, ne pouvait pas échapper à la réforme de Pierre le Grand. Comme ce dernier a instauré et renforcé les liens diplomatiques et commerciaux avec plusieurs pays d'Europe, des ambassadeurs, des émissaires, des marchands et d'autres étrangers ont commencé à venir à Moscou en nombre. Le secteur hôtelier a fleuri et le fait que Saint-Pétersbourg ait acquis le statut de capitale en 1712 n'a pas freiné ce processus: Moscou restait un important centre commercial et économique.

Au milieu du siècle à Moscou apparaissent alors les premières auberges répondant aux hautes normes européennes. Le centre de la vie économique de l'ancienne Moscou, Kitaï-gorod, fut ainsi le haut-lieu de la construction d'hôtels moscovites à l'époque de Pierre Ier. Aujourd'hui, pratiquement tous les lieux historiques de cette zone sont des anciennes dépendances avec des auberges et des chambres meublées: Panteleevskoe, Kazanskoe, Cheremetevskoe, Mechtchaninovskoe et d'autres. Plus tard, à l'époque du classicisme tsariste, les hôtels ne fournissaient pas seulement un abri et de la nourriture — leurs bâtiments devenaient des monuments architecturaux et des décorations pour la ville. Des portiques stricts et des frontons solennels sont alors apparus sur les édifices publics importants.

Dans le quartier Tchistye Proudy, on peut encore admirer un édifice d'un classicisme typique érigé en 1797 selon le projet de l'architecte Vassili Stassov: un hôtel sur deux niveaux commandé par Pierre Ier près de la Porte Pokrovski démolie plus tôt. Le portique de six colonnes qui décorait la maison numéro 17 du côté de la rue Pokrovka a disparu avec le temps, mais dans l'ensemble le bâtiment reconstruit conserve les traits d'un hôtel typique du tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Sur sa façade sablée se trouve une plaque indiquant le haut statut du monument architectural protégé par l'État.

Les asiles de nuit et les grands hôtels du XIXe siècle

Après l'abolition du servage par Alexandre II, les paysans libérés ont massivement afflué à Moscou à la recherche d'un travail. C'est pourquoi, pendant la seconde moitié du XIXe siècle, il était possible de trouver dans la ville un abri pour tous les goûts: depuis les asiles de nuit bon marché et les chambres meublées sans petit déjeuner aux grands hôtels luxueux. Les riches monastères, comme la laure de la Trinité-Sainte-Serge et Savva Storojevski, possédaient des grands hôtels à Moscou: des pèlerins mais aussi des gens venus pour mener des affaires séculières s'y arrêtaient.

A la fin du siècle, Moscou comptait déjà près de 200 hôtels et plusieurs dizaines d'auberges. De nombreux marchands millionnaires investissaient leur argent dans le secteur hôtelier fleurissant. Ils construisaient des bâtiments qui s'étendaient sur des quartiers entiers avec des chambres meublées, des locaux pour stocker les marchandises et des galeries marchandes. Ces complexes portaient le nom de leur propriétaire: par exemple, l'hôtel Tchijovskoe (dont les fragments restés intacts sont encore visibles rue Nikolskaïa) appartenait aux frères Gavriil et Alexeï Tchijov. Les représentants de l'élite politique et artistique s'arrêtaient non seulement dans les meilleurs hôtels, mais aussi dans des complexes connus.

Dans le célèbre hôtel Kokorevskoe, sur le quai Sofiïskaïa — le plus grand établissement de son époque — ont vécu Tchekhov, Léon Tolstoï, Kramskoï, Polenov et Piotr Tchaïkovski. La façade principale donnant sur la berge a été construite dans les années 1860 selon le projet de l'architecte Ivan Tchernik, général, conseiller secret, architecte et professeur à l'Académie des arts de Saint-Pétersbourg, auteur du bâtiment de l'État-major général et des casernes de la garde à cheval à Saint-Pétersbourg. La taille de l'hôtel impressionnait les premiers hôtes: Tchekov le comparait à un château espagnol. "Vous êtes à nouveau dans le lugubre hôtel Kokorevskoe. C'est l'Escurial et vous finirez par devenir Alba", écrivait-il.

XXe siècle: de la révolution aux standards internationaux

Après la révolution de 1917, il était devenu facile de se loger dans les quartiers centraux de Moscou: on comptait plus d'une dizaine d'établissements rien que sur la rue Tverskaïa. C'est à cette époque que sont apparus, dans la capitale, des hôtels devenus les symboles de la Moscou impériale en déclin: le National, le Savoï et d'autres. Construits par de célèbres architectes à la demande de propriétaires éclairés, ils étaient de véritables chefs-d'œuvre architecturaux: c'est le cas par exemple de l'hôtel Métropole de Savva Mamontov, créé par William Walcot et Lev Kekouchev.

Après la révolution, une partie des anciens hôtels moscovites a été nationalisée et d'autres ont complètement cessé leur activité, comme le Leipzig, le Slavianski bazar, le Grand Hôtel ou l'hôtel Europe. Dans les années 1930 un nouveau style architectural fait son apparition — le classicisme monumental soviétique ou "style impérial stalinien". Les hauts bâtiments écrasants de la capitale du nouvel État devaient incarner la grandeur de l'ordre socialiste. Ainsi, pour construire l'hôtel Moskva, on a dû détruire le plus grand marché de la ville: Okhotny riad. Finalement, le bâtiment construit en 1933-1935 (dessiné par les architectes Leonid Saveliev, Oswald Stapran et Alexeï Chtchoussev) a été démantelé en 2004 pour être reconstruit sous sa forme initiale. Et dans les années 1950-1960, deux des sept fameux gratte-ciel staliniens ont été construits pour devenir des hôtels — Leningrad et Ukraine. Cependant, à l'intérieur, derrières leurs façades imposantes — et notamment pendant les dernières années de l'époque soviétique — les hôtes bénéficiaient d'un service largement inférieur aux standards internationaux. La fin des années 1990 et le début des années 2000 ont radicalement changé la situation. Des réseaux hôteliers internationaux sont arrivés à Moscou: Kempinski, Marriott, Radisson, Hilton, Hyatt, Intercontinental, Accor et bien d'autres.

De nouveaux hôtels luxueux ont été construits et les hôtels historiques ont adopté une touche occidentale.

 

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