Sous l'Allemagne nazie, une jeunesse insoumise

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Ils étaient blonds, sportifs et tous vénéraient un seul parti: Adolf Hitler rêvait d'une jeunesse allemande uniforme, à l'image des Jeunesses Hitlériennes. Malgré tout, beaucoup étaient loin de rêver de marcher sous la bannière du "sang et de l'honneur".

L'Allemagne avait aussi ses rebelles, qu'ils soient hipsters, "Swing Kids" (portant des pantalons larges et dansant sur la musique interdite) ou encore membres de la "Rose blanche", un vrai groupe de résistance clandestin.

Hipsters des années 1940

En 1938, dans un discours prononcé à Reichenberg, Hitler exprimait sans détour son opinion sur l'avenir de la jeunesse allemande. Il dressait l'image du parcours d'un citoyen-modèle du Troisième Reich: la Jeunesse Allemande (Deutsches Jungvolk), les Jeunesses Hitlériennes (Hitlerjugend), puis le parti ou peut-être la Wehrmacht. "Et ils ne seront plus jamais libres — de toute leur vie…".

Évidemment, beaucoup de jeunes refusaient de se soumettre à une telle vision. C'est justement pour contrer les Jeunesses Hitlériennes que le mouvement des "Swing Kids" a été créé. Né à Hambourg il était, dans une certaine mesure, apolitique: ses jeunes membres se réunissaient dans la soirée sur une piste de danse et s'amusaient en dansant le swing. Le swing, pour l'Allemagne de l'époque, était comme le jazz en URSS. Les autorités n'aimaient pas cette musique, qu'elles avaient qualifiée "d'art dégénératif". Les Swing Kids faisaient également tout à l'anglaise: ils portaient des vestes baggy, de longs manteaux et des cravates larges. Ils laissaient pousser leurs cheveux. Quant aux filles, elles portaient un maquillage vif et s'autorisaient à fumer. Ces détails liés au style, à eux seuls, suffisaient pour déclarer que cette sous-culture était hors-la-loi.

Les premiers Swing Kids apparaissent à Hambourg

Surtout, les Swing Kids ne voulaient pas travailler pour le bénéfice de la Patrie. On les traitait pour cela de "Schlurf" ou de "Lottern", ("fainéant", "oisif"). Certains tournaient même en dérision les signes du nazisme en levant leur bras comme pour faire un salut nazi, mais au lieu du traditionnel "Sieg Heil!", criaient: "Swing Heil!".

Les autorités du Troisième Reich ont perdu patience. Le 18 août 1941, la police a arrêté 300 représentants du mouvement. Certains d'entre eux ont été envoyés dans des écoles et placés sous surveillance rapprochée. Quant aux autres, ont a tondu de force leurs cheveux, et les leaders du mouvement ont été envoyés dans des camps de concentration. Au printemps 1942, l'opération contre les fans de swing a atteint une ampleur sans précédent et la sous-culture a cessé d'exister.

Les Pirates de l'Edelweiss

Un autre mouvement marginal fut celui des Pirates de l'Edelweiss. Dans un premier temps, il était constitué de jeunes pacifiques qui avaient arrêté l'école à 14 ans pour ne pas intégrer la Jeunesse Hitlérienne. Ils portaient des vêtements dans le style des cow-boys américains et écoutaient du jazz. Ils aimaient voyager, la nature, chanter des chansons à la guitare. Leur signe distinctif était leurs vêtements ornés de fleurs d'edelweiss. Parfois, les Pirates de l’Edelweiss chantaient même des chansons russes avec une guitare. Le nom de l'organisation vient des mouvements de jeunesse des années 1920 et n'a rien à voir avec la division des tireurs de montagne "Edelweiss".

 

Le 10 novembre 1944 les bourreaux de la Gestapo ont exécuté publiquement 13 pirates de l'Edelweiss.

Avec le début de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement s'est politisé. Il a commencé par des affrontements locaux avec des membres de la Jeunesse Hitlérienne, qui ont dégénéré ensuite en bagarres plus importantes. Ils imprimaient des dépliants, faisaient du sabotage sur leur lieu du travail, écrivaient des slogans antifascistes sur les murs des maisons. Les Pirates de l'Edelweiss ont également soutenu des ouvriers d'Ukraine et de Pologne, caché chez eux des Juifs persécutés, et apporté de la nourriture — volée dans des entrepôts — aux prisonniers de guerre soviétiques.

Pendant un certain temps, les Pirates ont réussi à éviter la police et à mener une vie normale. Mais ils ont dû passer dans la clandestinité en 1944 car ils ne voulaient pas partir construire des murs de défense sur le front occidental. A l'automne de la même année, la plupart d'entre eux ont été arrêtés et emprisonnés. Le 10 novembre leur exécution publique a été organisée par la Gestapo dans un quartier de Cologne: 13 jeunes Pirates sont morts ce jour là. Gertrude Koch, l'une des leaders du mouvement a vu l'exécution de ses propres yeux. En 1984, l'Institut israélien "Yad Vashem" a officiellement attribué à plusieurs membres des Pirates de l'Edelweiss le titre de Juste parmi les nations. Barthel Schink, tué sans jugement, en faisait partie.

La Rose blanche

Le groupe clandestin de La Rose blanche était le plus célèbre des mouvements d'opposition en Allemagne hitlérienne. Ses membre se basaient principalement sur les règles de la morale chrétienne. Ils ne comprenaient pas comment les Allemands pouvaient faire confiance à un gouvernement qui avait proclamé la supériorité d'une nation sur une autre. Les membres de l'organisation sont devenus particulièrement actifs en 1942: ils ont commencé à publier leurs premiers tracts et à les distribuer anonymement à Munich. Certains membres du mouvement on pu se rendre sur le front de l'Est et, en revenant en Allemagne, ils ont conclu qu'Hitler n'était pas en mesure de gagner la guerre — seulement de la prolonger. Peu après, ils ont publié leur fameux "Appel à tous les Allemands", qu'ils ont distribué dans le Sud du pays. Les membres de La Rose Blanche jetaient les tracts depuis les avions.

Vive la liberté!

Les tracts, à eux seuls, n'étaient pas suffisants. Le 3, le 8 et le 15 février 1943, Alexander Schmorell, Hans Scholl et Willi Graf ont écrit sur des murs à Munich "À bas Hitler" et "Vive la liberté".

Le 18 février, aussitôt après la bataille de Stalingrad, les membres de l'organisation ont apporté des tracts à l'Université de Munich. Sophie, la sœur de Hans Scholl, les a pris avec elle dans le bâtiment et les a jetés par la fenêtre pour les étudiants qui marchaient en bas. Le gardien de la sécurité a remarqué la jeune fille et a appelé la Gestapo. Le 22 février 1943, le frère et la sœur ainsi que leur ami Christopher Probst ont été guillotinés. Ce sont justement ces tracts avec les appels du mouvement La Rose Blanche qui ont ensuite été jetés depuis des avions en Allemagne à l'automne 1943.


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