À Paris, les casseurs ont gâché la fête du 1er mai

© SputnikAffrontements avec les forces de l’ordre, place de la Nation.
Affrontements avec les forces de l’ordre, place de la Nation. - Sputnik France
Après le 28 avril, ce sont les manifestations du 1er mai qui ont été entachées de violences. Sputnik, qui était en tête du cortège parisien, a pu constater l’agressivité et l’organisation des "casseurs", qui semblent contredire la thèse des "provocations policières". Récit.

Cela devait être le grand retour du Premier mai "unitaire": pour la première fois depuis neuf ans, CGT et FO, les deux principales forces syndicales du pays, défilaient ensemble, en compagnie de la FSU. Mais ce seront les violences qui auront marqué l'édition 2016 de la fête du Travail.

Pourtant, la formation du cortège place de la bastille se déroulait dans la bonne ambiance traditionnelle de la fête du Travail: manifestants venus en famille, stands de hot-dog hallal et concert improvisé sur le parvis de l'Opéra par la "Fanfare Debout".

© Sputnik . Maxime Perrotin« Les Fanfares Debout », improvisant un concert sur le parvis de l’Opéra Bastille.
« Les Fanfares Debout », improvisant un concert sur le parvis de l’Opéra Bastille. - Sputnik France
« Les Fanfares Debout », improvisant un concert sur le parvis de l’Opéra Bastille.

© Sputnik . Maxime PerrotinTout autour de la place de la Bastille, de nombreux stands de nourriture sont installés.
Tout autour de la place de la Bastille, de nombreux stands de nourriture sont installés. - Sputnik France
Tout autour de la place de la Bastille, de nombreux stands de nourriture sont installés.
Maoïstes, Parti communiste Turc, indépendantistes Kabyles ou Tigres Tamouls donnaient la note "internationale" de cette célébration, complétés par les revendications pour la Palestine et es sans-papiers. Seuls manquaient à l'appel les syndicats "réformistes", comme la CFDT, l'UNSA et la CGC.

© SputnikAppel à la libération du bengali Rony Chowdhury
Appel à la libération du bengali Rony Chowdhury - Sputnik France
Appel à la libération du bengali Rony Chowdhury
© SputnikMouvement pour l'Autodétermination de la Kabylie (MAK)
Mouvement pour l'Autodétermination de la Kabylie (MAK) - Sputnik France
Mouvement pour l'Autodétermination de la Kabylie (MAK)

Peu avant 15 h, le cortège se prépare, rue de Lyon, toujours en musique, des musiciens et leurs sonos, installés à l'arrière de véhicules de location et accompagnant les cortèges FSU, CGT ajoutent à l'ambiance plutôt festive. Jusque-là, tout s'annonce pour le mieux.

Sur le bas-côté, un chanteur chante à l'adresse de la foule un même refrain "Ouvrez les frontières pour tous les sans-papiers, pour tous les réfugiés."

C'est en remontant en début de manifestation que l'on commençait à trouver qu'il y avait anguille sous roche. En lieu et place des grosses confédérations syndicales habituées des têtes de cortège, se trouvaient la CNT (Confédération Nationale du Travail, anarchiste) et le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste, communiste révolutionnaire) et de nombreux jeunes vêtus de noir, apparemment proche de ces mouvances.

À deux pas de l'avenue Daumesnil, le départ se précise. Le cordon de CRS à l'avant filtre ceux qui souhaitent se joindre au cortège par l'avant: un premier accrochage à lieu avec un homme d'une cinquantaine d'années qui se montre plus qu'insistant pour "rejoindre son cortège". Il tente de forcer le cordon, les CRS s'interposent et lui intime l'ordre de passer par les côtés, la foule réagit immédiatement: "tout le monde déteste la Police!", scande-t-elle aussitôt.

Un refrain qui sera dès lors repris inlassablement et sans interruption à l'égard des policiers qui ouvrent la marche. Dès cette première centaine de mètres, la tension est telle que la foule des journalistes s'équipent de leurs casques et masques. Au même moment, commencent à se mêler à eux des individus vêtus de noir, aux visages masqués.

Peu avant l'angle avec le boulevard Diderot, premier incident: les manifestants du peloton de tête, déjà agités, repèrent un peloton de CRS qui évoluait difficilement le long des immeubles, en parallèle du cortège. Le groupe fait demi-tour et encercle les policiers, les invectivant, les insultant. L'un des officiers, le doigt sur la goupille d'une grenade assourdissante, semble nerveux. Je me recule avant qu'il ne dégage son peloton avec trois grenades.

Le groupe repart finalement, mais dès le début du boulevard Diderot, les premiers projectiles fusent sur les policiers, tout y passe: planches de bois, pierres, bouteilles, fusées de détresse, les forces de l'ordre ripostent avec les premières grenades lacrymogènes de cette manifestation parisienne du 1er mai…

La progression est dès lors ralentie, la tension monte… à chaque passage d'un troquet, d'une terrasse, d'un kiosque, qui sur le trottoir où évoluent les CRS, les ralentissent en formant un goulet d'étranglement, les policiers sont pris à partie.

Après un épisode plus violent encore, où des explosifs artisanaux ont été projetés contre les CRS — illuminant de vert le boulevard dans toute sa largeur — les individus cagoulés se regroupent aux abords du carrefour de la rue Chaligny, elle-même bloquée par les unités de police. Un protestataire déploie sa banderole devant les journalistes, avant d'être repoussé par les cordons de police, qui bloquaient la rue Chaligny, se regroupent au milieu du boulevard Diderot et isolent les casseurs du reste de la manifestation.

Une manœuvre immédiatement critiquée, car elle stoppe la progression du cortège d'où les manifestants n'hésitent pas à fustiger la police "laissez-nous passer!", certains jettent des projectiles sur les forces de l'ordre, les CRS déploient un double cordon, pour faire aussi bien face aux casseurs qu'aux manifestants "pacifiques" qui les prennent à parti.

Une manœuvre aussi bien critiquée sur les réseaux sociaux que sur les plateaux de télévision, comme par Olivier Besancenot — dont le NPA était au départ de la manifestation — alors qu'il était invité de BFMTV en début de soirée, celui-ci a refusé de condamner les violences. Critiquant la position du gouvernement, de la préfecture et les actions des forces de l'ordre:

"On a vu un dispositif policier particulier, très particulier […] On met un dispositif policier au contact de la manifestation. Mieux, on met des cordons de CRS à l'intérieur même des cortèges. C'est-à-dire qu'on crée cette promiscuité dont on sait exactement ce que ça va créer. C'est une stratégie politique qui consiste à créer les conditions pour qu'il y ait des débordements."

Les manifestants sont retenus par les cordons de CRS une bonne heure. Ils s'échapperont de la nasse par la porte-cochère d'un immeuble restée ouverte. Les manifestants n'ont plus qu'à arracher une clôture de la cour arrière qui donne sur le parking, pour rejoindre la rue Érard.

Peu après, la progression du cortège reprend, ceux restés bloqués derrière semblent solidaires des "casseurs", invectivent les policiers, des bouteilles volent dans leurs direction… des grenades lacrymogènes détonnent, nombreux sont ceux qui, les yeux en larmes, tous âges confondus cette fois, reculent.

© Sputnik . Maxime PerrotinDégradations boulevard Diderot
Les casseurs laissent derrière eux un parcours jonché de débris… Dégradations boulevard Diderot - Sputnik France
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Dégradations boulevard Diderot
© Sputnik . Maxime PerrotinLes casseurs laissent derrière eux un parcours jonché de débris… Dégradations boulevard Diderot
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Les casseurs laissent derrière eux un parcours jonché de débris… Dégradations boulevard Diderot
© Sputnik . Mixime PerrotinLes casseurs laissent derrière eux un parcours jonché de débris… Dégradations boulevard Diderot
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Les casseurs laissent derrière eux un parcours jonché de débris… Dégradations boulevard Diderot
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Les casseurs laissent derrière eux un parcours jonché de débris… Dégradations boulevard Diderot
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Dégradations boulevard Diderot

Place de la Nation, l'arrivée est calme, rien à voir avec jeudi dernier, les jeunes sont au centre de la place, attendent, bannières rouge et noir au vent. La foule s'amoncelle autour d'eux, avec camion de kebabs. Puis, après plus d'une demi-heure de répit, mélangé à cette foule, le groupe s'élance et les projectiles fusent à coups de lance-pierre et de fronde vers la police, qui réplique copieusement. Les détonations se succèdent, puis rapidement les casseurs se replient et "étrennent" le cordon de CRS de la rue adjacente.

Non loin de là, un groupe de CRS tente une sortie rapide afin de mettre la main un manifestant qui, probablement lassé de les narguer, avait décidé de changer d'endroit leur tournant le dos… ils reviendront bredouilles.

Le gouvernement semble avoir adopté la ligne prudente de faire la distinction entre les "casseurs" et l'ensemble des manifestants. En témoigne la déclaration de Manuel Valls le matin même de la manifestation:

"Nous répondrons avec la plus grande détermination face aux casseurs que je ne confonds évidemment pas avec les manifestants"

… pas d'amalgame, en somme.

Le positionnement des manifestants de ce dimanche vis-à-vis des auteurs de ces violences demeure quant à lui plus ambigu. En effet, si un bon nombre de manifestants déplorent les destructions occasionnées lors des affrontements entre les forces de l'ordre et ces 300 — d'après la préfecture — individus masqués, beaucoup semblent néanmoins prendre fait et cause pour ces derniers, blâmant la police.

Je me trouvais ainsi à proximité du pub Irish Corner, dont la terrasse, qui donne sur la place de la Nation, était bondée malgré l'agitation environnante. Le cordon de CRS, posté à l'embouchure de l'avenue Bel-Air qui jouxte le bar, ripostait à une pluie de projectiles lancés par les casseurs dans leur direction… de manière très approximative, puisqu'une bonne part des bouteilles, ordures et autres morceaux d'asphalte atterrissaient au beau milieu de la terrasse, menaçant de blesser les badauds attablés. C'est alors qu'émergeant du nuage de gaz lacrymogène, un homme s'est mis à haranguer les CRS, demandant aux policiers "pourquoi vous nous faites ça" étant donné qu'"ils manifestaient pacifiquement."
Pas rancuniers pour les projectiles reçus quelques instants auparavant, les clients du pub se sont alors levés pour applaudir l'orateur…

Croyaient-ils vraiment à la "provocation policière"? Pour ma part, je n'ai pu constater de telles manœuvres de la part des forces de l'ordre, dans ce cas précis comme dans les autres incidents dont j'ai été le témoin. Ce qui est certain, c'est que la présence inhabituelle en tête de cortège des éléments les plus agressifs, venus pour en découdre avec la police, ne pouvait que perturber la manifestation dans son ensemble. Défaut d'organisation ou volonté délibérée de jouer le "dérapage"? Les syndicats rejettent en tout cas la faute sur l'insuffisance de l'encadrement policier, semblant oublier la responsabilité de leurs propres services d'ordre, qui savent habituellement "tenir" une manifestation…

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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