Attentats de Tartous et Jableh: politique ou solidarité?

148 personnes ont perdu leurs vie dans les attentats de Tartous et Jableh. Plusieurs grands médias français et occidentaux en déduisent que c’est "le régime syrien qui a été frappé". Pourtant, aucune des 148 victimes n’était militaire. Opinion.

Quand la mort d'innocents est instrumentalisée, c'est grave. Les attentats de Tartous et Jahleh ont emporté 148 vies. Des attentats revendiqués par Daech, les attentats les plus meurtriers dans cette région syrienne depuis 1986 et les plus meurtriers pour l'ensemble de la Syrie depuis le début du conflit. Aucune victime militaire. Par contre, la majorité d'entre eux étaient alaouites, des représentants de cette minorité religieuse dont fait partie Bachar El-Assad. Faut-il pour autant en conclure qu'il s'agit d'une frappe contre l'État syrien, comme le répètent les médias français?

A Syrian army soldier and civilians inspect the damage after explosions hit the Syrian city of Tartous, in this handout picture provided by SANA on May 23, 2016. - Sputnik France
Sept explosions dans deux villes syriennes
Les attentats en Syrie, en Irak ou au Yémen n'ont pas la même résonance que les attentats dans des pays qui ne sont pas en guerre. Certains trouvent cela logique, les autres y voient un manque terrible de solidarité. Chacun fait son choix, mais les médias en ajoutent sûrement une couche, souvent une couche politique. Comme, par exemple, appeler la mort de 148 civils "une frappe contre le régime syrien". Gérard Bapt, membre du PS et président du groupe d'amitié France-Syrie parle d'une négligence incroyable:

"C'est présenté comme un acte politique parce que Lattaquié et Tartous ont été toujours présentés comme le fief plus particulier de la minorité alaouite. Mais en l'occurrence, parler d'une atteinte du régime dans son fief, c'est négliger le fait qu'il n'y a pas de militaires qui aient été tués, ni de responsables politiques; c'est avant tout des civils, des innocents de multiples confessions et très certainement d'ailleurs en majorité sunnites,puisque depuis que Lattaquié accueille autant de déplacés de l'intérieur sa population est désormais en majorité sunnite."

Le deuxième point inexact qui a été repris dans les médiasfrançais, concernant les attentats de Tartous et Jableh, c'est d'estimer que les alaouites ont été "épargnés" depuis le début du conflit, car Bachar El-Assad lui-même appartient à cette minorité religieuse. Certain experts estiment qu'un un tiers des alaouites présent en Syrie avant le début de la guerre civile ont été tués depuis 2011. Les chiffres ne sont pas précis, mais d'après Gérard Bapt, il est faux d'appeler les alaouites "intouchables" alors que c'est exactement le contraire qui se produit:

"La minorité alaouite est au contraire celle qui proportionnellement à sa population globale a été le plus concernée puisque l'on parle de 50 à 60.000 morts et ce sont pas des gens massacrés dans leur grande majorité, ce sont des militaires qui sont morts au combat. Dans la même, on peut dire que la communauté chrétienne est celle qui a été le plus atteinte en ce qui concerne l'immigration puisque de très nombreux chrétiens ont quitté le pays. Voilà pourquoi je pense qu'aujourd'hui, présenter de manière unilatérale les actions des sunnites d'un côté et de minorités de l'autre est totalement inexact. Ce sont toutes les communautés qui souffrent et il faut rappeler que la majorité de l'armée syrienne est composée de sunnites."

Najdat Anzour - Sputnik France
"Pour éradiquer Daech, à elle seule la victoire militaire est insuffisante"
Il est important de revenir sur un autre massacre qui a eu lieu dans la ville d'al-Zara le 12 mai, quand 19 civils ont été tués. On en a peu parlé dans la presse, prétendant de plus que ces personnes ont perdu leurs vies sous lesbombardements. Sputnik a en sa possession des photos terrifiantes sur lesquelles la nature des blessures mortelles prouve bien que ce ne sont pas des bombardements qui ont causé les décès. Et des confirmations de contacts sur place de Gérard Bapt, mettent la responsabilité de cette barbarie sur le compte d'Ahrar Al-Sham et de Jaysh al-Islam, les deux groupes armés que l'ONU refuse toujours de mettre sur la liste des groupes terroristes; malgré les demandes de la Russie.

Cinq explosions en une journée, 148 civils massacrés, qui n'ont rien à voir avec le pouvoir où l'armée. Que la solidarité avec les victimes passe en premier, car la politique trouvera toujours sa place.

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