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BREXIT : Paris, nouvelle “City” à la place de Londres ? Soyons sérieux !

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Parmi les fantasmes qui circulent dans les médias, le BREXIT en suscite de nombreux. Notamment, l’idée, passablement fantaisiste, pour ne pas dire plus, que Paris pourrait devenir “la City à la place de la City”… Qu’en est-il en réalité ?

Paris vs London, nouvelle “City” : en  l’état actuel des choses, un pur  fantasme !

Du fantasme à la réalité.

Quelles sont les questions que se pose un investisseur, notamment un investisseur financier, vis à vis de la Grande Bretagne de la France et de l’Europe aujourd’hui ?

Essentiellement il s’agit de répondre à 3 questions :

1) Quels sont les atouts du Royaume Uni en général, et de Londres en particulier, pour s’adapter au BREXIT ?

2) Mais aussi — et peut être surtout — : Au train ou vont les choses, (crise financière probable en Italie, référendums à venir sans doute hostiles à l’UE) que restera t-il de l’Union Européenne, et éventuellement de la zone Euro, dans 10 ans ?

3) Quel sera l’état de l’économie française, vu l’état catastrophique des ses finances publiques, si il advenait que le “parapluie monétaire” Allemand [1], à travers l’€, et des taux d’intérêts totalement déconnectés de la réalité, n’existe plus ?

Il est très difficile de répondre aux questions 2 et 3, sauf dire que de lourds nuages s’accumulent sur l’horizon financier de l’UE. Par contre, il est très possible de répondre à la question N°1 :

Comment la place de Londres va t’elle s’adapter au BREXIT ?

Plusieurs évidences s’imposent :

© WikipediaBourse de Londres, Paternoster Square
Bourse de Londres, Paternoster Square - Sputnik France
Bourse de Londres, Paternoster Square
Londres est devenu une place économique et financière bien longtemps avant d’avoir été une partie de l’UE. Tout laisse à penser qu’elle continuera de l’être, bien longtemps après avoir quitté celle-ci.

Longtemps après la disparition de son empire colonial, Londres demeure, et demeurera, le point d’entrée puis le point d’ancrage en Europe d’un grand nombre de pays, dans lesquels nous comptons notamment :

Les Etats Unis bien sûr. Mais au delà de raisons linguistiques évidentes, surtout parce que depuis l’époque de Mme Thatcher, l’économie anglaise s’est fortement américanisée, avec notamment une très forte dé-réglementation du marché du travail. La toute puissance syndicale des années 60-70 (les fameux “Trade Unions” qui avaient d’ailleurs contribué à mettre l’économie anglaise à genoux) a été proprement anéantie par la “dame de fer”. La protection sociale et la réglementation y sont aujourd’hui minimales. Tout cela plait aux américains, qui se retrouvent un peu chez eux. Vous l’avez compris, tout le contraire de chez nous !

Les pays du Commonwealth

Moins désuète que les “continentaux” ont pu le croire, cette organisation reste une entité bien réelle, que l’on aurait tort de négliger.

Nous y comptons notamment le Canada (et oui, le Canada est un pays aux ¾ anglophone. Deuxième pays le plus vaste du monde, doté de richesses immenses, il est historiquement tourné vers le Royaume Uni, puis les Usa. Et fort peu vers la France, n’en déplaise à nous français ! La reine Elisabeth, même symboliquement, est reine du Canada…

L’Australie et la Nouvelle Zélande, dans la même situation que le Canada,  2 économies aux potentialités très vastes (notamment l’immense Australie).

Ceux qui ne sont pas ou plus membres du Commonwealth, mais restent proches : Afrique du Sud (la plus grande économie d’Afrique, dont le PIB fut un temps égal au PIB de tous les autres pays d’Afrique réunis), le Nigéria (pétrole, l’autre géant de l’Afrique, démographique et économique, avec l’Afrique du Sud, qui compte une église anglicane), l’Inde mais aussi Hong-Kong, Singapour ou encore Dubaï, zones traditionnelle d’influence britannique. Les élites de ces états viennent toujours suivre leurs études en Angleterre. Rattaché aujourd’hui à la Chine, Hong-Kong assure bon nombre de montages financiers chinois et chinois-reste du monde. Londres est la porte d’entrée naturelle des financiers de Hong-Kong vers l’Europe. Ainsi, la HSBC est une banque Hong-Kongaise fondée par… un écossais, Thomas Sutherland, en 1865. Mais son siège est à Canada Square, (qu’est ce que je vous disais) à Londres… Nous pourrions encore citer Chypre ou  Malte. On notera au passage que le développement économique des ex-colonies françaises fait bien pâle figure face à tous ces “dragons” ex-possessions britanniques… Même si la colonisation est désormais une histoire ancienne, le poids économique de ses ex-colonies rejaillit inévitablement sur l’ancienne capitale de l’empire, Londres. 

Les anciens membres de l’AELE (“Association Européenne de Libre échange”)[2]

Suède, Norvège, Autriche…

Qui nous dit d’ailleurs que la Grande Bretagne n’ait pas l’idée dans un proche avenir, de rejoindre et par la même ressusciter en quelque sorte l’AELE dont elle fût membre fondateur ? elle pourrait fort bien entraîner avec elle des états de l’UE, qui n’ont jamais été de chauds partisans de l’intégration européenne, et qui là encore ont toujours des affinités avec le Royaume Uni : dans ce groupe, la Suède, le Danemark.  

Nous noterons enfin que la moitié des paradis fiscaux actuellement recensés sont des possessions ou d’ex possessions britanniques : Jersey, Guernesey, l’Ile de Man, Gibraltar, mais aussi les îles Caïman, ect, ect… au point que les européens eurent quelques doutes, peut être  justifiés d’ailleurs, sur la volonté des anglais de lutter contre l’évasion fiscale… Tout cela fait un nombre incalculable de Milliards de £, de $ ou d’€, qui tôt ou tard transitent par Londres, pour le plus grand profit de ses banques.

Pour conclure ce petit développement, ceux qui s’imaginent que le Royaume Uni se retrouverait isolé car ils ne font plus partie de l’UE se trompent lourdement. Albion a plus d’un tour dans son sac !

 

Face à cela, que pourrait bien proposer aujourd’hui Paris ?

Hélas, mes chers compatriotes, plus grand chose. Car, non seulement Paris est loin du niveau de Londres sur le plan financier, mais l’écart n’a jamais cessé de se creuser.

Ayant été moi même consultant sur les marchés financiers, je me sens bien placé pour en parler. Je ne pourrais pratiquement plus exercer mon métier aujourd’hui sur Paris, tant ont été massives les délocalisations de Paris vers Bruxelles, Londres, Luxembourg et Francfort.    

La réalité économique de Paris en tant que capitale internationale, est tout, sauf reluisante. A cause notamment des errements dus à 15 ans de gestion socialiste écolo-boboïsante, Paris est sur la voie du déclin économique dans pratiquement tous les secteurs. Et ce, tant par rapport à ses concurrentes internationales que par rapport aux autres villes françaises de province.

L’effacement progressif de Paris en tant que place financière depuis les années 1990.

Au nom d’un Européisme béat, les gouvernements français successifs, de gauche comme de droite, ont accompagné le naufrage de la place financière de Paris. Les exemples hélas ne manquent pas.

Je prendrais simplement l’exemple du MATIF (“Marché à Terme International de France”) dont la fonction était d’assurer la liquidité des instruments de taux d’intérêts obligataires sur la place de Paris. Quelques années après sa création (1986), grâce à son dynamisme, le MATIF se hissa au 2ème rang mondial. Et ce devant le LIFFE de Londres, au grand dam des anglais, devancé seulement par le Chicago Board of Trade (qui cote les “Us Treasury Bonds” émis par la Réserve Fédérale américaine). Las ! avec la création de l’€, il fût brillamment décidé que le marché se ferait désormais à Francfort (place financière jusque là marginale) puisque la BCE s’y trouvait désormais. Ce fût, concrètement, la fin du MATIF[3]. Seules, quelques matières premières sont désormais cotées discrètement à la bourse de commerce…  Le reste fût à l’avenant. Le Palais Brogniart est déserté ; et l’essentiel de l’activité de traitement des titres boursiers, via l’organisme Euronext, se fait désormais à Bruxelles. Dans un article du journal “Les échos” de 2014 il est écrit je cite :  “La Place de Paris est passée du statut de Place en déclin à celui de Place à l’agonie[4]. Ainsi, elle ne se range plus qu’à la 26e place mondiale au classement du Global Financial Index (mars 2014) ! A ma connaissance, jamais un homme politique français ne s’est ému de ce déclin…  

“Mon ennemi, c’est la finance” (F. Hollande, Président de la république, janvier 2012)

La politique socialiste sonna, naturellement, le coup de grâce.

Réglementations tatillonnes, voire kafkaïennes, mentalité de lutte des classes de nombreux dirigeants socialistes qui ne comprennent rien au monde des affaires, fiscalité confiscatoire : tout ce qu’il faut pour que les financiers prennent leurs jambes à leur cou !

Et, cerise sur le gâteau, peut être le pire de tout : une instabilité fiscale chronique, se traduisant par une incertitude permanente pesant sur l’avenir, avec un gouvernement en mal de ressources qui mijote une nouvelle taxe tous les 6 mois ou qui augmente les anciennes.

Comme l’a dit fort justement l’ancien président Valery Giscard d’Estaing, “La France est le seul pays développé ou l’on en connaît pas les impôts de l’année prochaine”.

Plus qu’il n’en faut pour que Paris soit le dernier endroit ou un financier international ait envie de s’installer. 

Sachant que la finance crée des emplois très bien  payés, qui, outre les capitaux qu’ils brassent et qui irriguent l’économie locale, contribuent à la consommation et à l’investissement. Ils vont le faire… mais ailleurs qu’à Paris, hélas.         

La triste réalité d’aujourd’hui : le déclin lent et continu de Paris, déserté par les entreprises, ou le commerce périclite, et transformé peu à peu en ville musée.

Le taux de chômage y est comparable à la moyenne nationale… qu’il est loin, le temps ou les provinciaux “montaient” à Paris pour y trouver du travail… 

En moyenne, 500 entreprises quittent Paris chaque année !

… au point que les entreprises qui quittent la capitale sont devenues un véritable enjeu économique pour les villes de Province qui comptent les capter, grâce au TGV et à des mesures attractives : terrains peu chers, politique fiscale incitative…

Sur les errements de la politique socialiste et leurs effets délétères sur notre capitale, on se référera avec profit au site “Delanopolis” de Serge Federbusch, ancien conseiller du 10ème arrondissement toujours très au fait des dernières péripéties de la mairie.

En résumé, pour avoir une petite chance d’inverser la machine à décliner, il faudrait effectuer un virage politique à 180°, c’est à dire tout le contraire de ce qui se fait à Paris depuis de (trop) longues années. Mais avant tout, faire un constat lucide de la situation telle que je viens de la décrire, à gauche comme à droite, d’ailleurs. Je ne crois pas que ce soit le cas actuellement.

Faute de quoi le déclin de Paris, la ville que nous aimons tant, et que le monde entier nous envie, continuera. Ce ne sera plus qu’une ville musée, pour les touristes et les bobos. Et ce n’est pas demain, ni même après demain, que notre ville remplacera Londres dans le cœur des investisseurs !   

— -

[1] Sans ce “parapluie” monétaire allemand via l’Euro et la BCE, jamais, au grand jamais, le gouvernement Hollande n’aurait pu impunément emprunter des centaines de milliards d’€ à des taux quasi nuls. Avec une monnaie nationale, nous aurions subi une dévaluation sévère, des taux d’intérêts à 2 chiffres, et l’état français serait en banqueroute… On comprend que Mr Hollande soit farouchement pour l’€ !  

[2] L’AELE a été une sorte de “contre marché commun”. Il ne compte plus aujourd’hui que la Suisse, la Norvège, l’Islande, Le Liechtenstein. Mais comptait jadis dans ses rangs l’Autriche, tous les pays scandinaves et le GB.  

[3] Article paru dans les échos : Le MATIF se meurt 

[4] http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2014/04/13/cercle_95534.htm#

 

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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