Jeux d’espions: Quels services de renseignement domineront les enjeux de l’avenir?

Jeux d’espions: Quels services de renseignement domineront les enjeux de l’avenir?
Un rapport interne extrêmement critique sur les failles des services de renseignement américains datant de 2005 a été discrètement déclassifié. C’est évident que plus de dix ans plus tard, les mêmes problèmes persistent – et viennent se greffer à encore de nouveaux défis.

Est-ce que les services de renseignement des autres pays sont aussi dans le même bateau?

Invité: Eric Denécé est Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), et ancien officier-analyste du renseignement pour le Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN).

Les USA sont-ils le seul pays dont les services de renseignement font face à des problèmes d'adaptation?

"C'est le pays qui connait principalement cette difficulté, à cause du gigantisme de l'appareil de renseignement américain: près de 200 000 personnes dans la communauté du renseignement américain, 800 000 si on intègre toutes les administrations et les consultants privés; ils sont très technocratiques, et il y a beaucoup de gaspillage et donc de l'inefficacité.
Les USA tendent à sous-estimer les importances culturelles et leur approche est déconnectée du terrain. […]

Les autres pays connaissent surtout des difficultés de moyens financiers. Deux pays échappent à cette règle, la Russie et Israël, qui grâce à leur tradition et leur pratique du renseignement, ont de bonnes performances."

De qui/quoi serait constitué l'appareil de renseignement de Daech?

"Leur appareil de contre-espionnage et de renseignement a été monté par des anciens officiers irakiens et il est extrêmement performant. Il faut distinguer les opérations clandestines, peu connues, et le reste d'un service de renseignement, qui peut parfois être ciblé par des groupes violents."

Quels sont les types de couvertures les plus importantes dans le climat actuel?

"Le travail clandestin continue aujourd'hui, et il est indispensable. Mais il est de plus en plus difficile, donc il ne concerne qu'une partie minime des renseignements. C'est la pointe du diamant.
Puis, il y a la recherche opérationnelle: des individus qui rentrent dans un pays étranger, qui y restent quelques semaines et qui repartent après, sans avoir besoin du même niveau de clandestinité.
Il y a ceux qui travaillent sous couverture diplomatique, qui peuvent échanger avec les services locaux, mais aussi recruter certaines sources, et l'essentiel du renseignement moderne se fait par ces moyens-là.
Aujourd'hui infiltrer des organisations terroristes ou criminelles est extrêmement difficile, car elles sont très fermées et ont un système de sécurité efficace, et se montent entre personnes qui se connaissent et parlent le même dialecte."

La France peut-elle infiltrer Daech?

"Contre le terrorisme ou le crime, on utilise plutôt: des repris de justice, des islamistes, des radicaux qu'on recrute, ou alors des gens déjà dans l'organisation terroriste, et sur qui on exerce différents moyens (chantage, pression, négociation) afin d'avoir un levier pour qu'ils travaillent pour le service de renseignement. Dans les deux cas, on a du mal à trouver des individus fiables."

Quel serait le rôle de la technologie dans le renseignement aujourd'hui?

"La technologie est une solution; il n'y a jamais eu d'opposition entre renseignement technique et renseignement; ce sont les deux faces d'une même médaille. Nous utilisons de plus en plus la technologie dans notre vie de tous les jours: tout est connecté, et tous les appareils laissent des traces; tout usage de réseaux sociaux laisse des marqueurs sur le profil des individus. Toutes les informations ne peuvent être obtenues que par des moyens techniques.

Le renseignement technologique prend une part de plus en plus importante dans le renseignement. Mais la partie humaine est toujours essentielle, surtout dans l'espionnage et le contre-espionnage." 

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