Le retour de la «loi travail»

© AFP 2022 Georges Gobetmanifestation contre la « Loi travail »
manifestation contre la « Loi travail » - Sputnik Afrique
La mobilisation contre la « Loi travail » a donc repris, avec plusieurs manifestations dans diverses villes, dont Paris qui se sont tenus le jeudi 15 septembre. Elle est visiblement appelé à durer, les manifestations ayant réunis plus de monde que les dernières à la fin du mois de juin.

La loi étant votée, il s'agit maintenant de demander son annulation, ou son remplacement. Certaines de ces manifestations ont été marquées par des violences, qu'il s'agisse de violences policières, et l'un des manifestants, un syndicaliste de SUD, a perdu un œil, comme dans les manifestations de ce printemps, ou de violences venant des manifestants (essentiellement de ce que l'on appelle les «  Black Blocks  »). C'est donc l'occasion de redire ici un certain nombre de choses importantes sur cette loi.

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1. L'autisme du gouvernement sur la «  Loi travail  », son refus de négocier ne peut qu'engendrer des violences à répétitions dont le pays devrait pourtant faire l'économie. Cela n'excuse nullement le comportement des «  Black Blocks  » qui est, dans la situation actuelle, inqualifiable. Mais, la responsabilité profonde des violences incombe bien au gouvernement qui a usé et abusé de l'article 49-3 pour faire passer sans débat un texte largement contesté. Les violences policières dont les manifestants, pour leur immense majorité pacifiques, font l'objet aboutissent à une criminalisation des luttes sociales. En retour, elles dressent la population contre la police ce qui, dans le contexte actuel, est d'une rare irresponsabilité.

2. Cette loi n'est ni nécessaire, ni même utile, dans la situation actuelle. Censée promouvoir une «  flexibilité  » du travail et des salaires et «  libéraliser  » le marché du travail, elle aboutit en réalité à démanteler des pans entiers du code du travail. C'est donc une régression historique qu'engendre cette loi. Pire, selon une étude récente, la stratégie de flexibilisation des salaires dans le cadre d'une union monétaire est particulièrement inefficace, voire contre-productive. Cette étude, signée par Jordi Galí, économiste au Centre de Recherche en Economie Internationale (CREI) de Barcelone, et Tommaso Monacelli, de l'université Bocconi de Milan, montre que dans une économie ouverte, qui est incluse dans une union monétaire ou soumise à un taux de change fixe, les bénéfices que l'on peut attendre de la flexibilité des salaires sont largement compensés par les conséquences négatives de cette flexibilité.

3. Le démantèlement du code du travail auquel se livre cette loi, aura des conséquences graves et durables qui vont fragiliser l'ensemble du salariat. C'est ce qu'ont montré les avocats en droit du travail David Van Der Vlist et Damien Lempereur, ainsi que l'économiste Bruno Amable, qui ont été conviés à donner leur avis sur ce projet controversé dans mon émission sur Radio-Sputnik. La «  Loi travail  » aura donc des conséquences extrêmement néfastes pour les salariés, et en particuliers dans les petites et moyennes entreprises. Alors que le marché du travail est déjà marqué par une très grande flexibilité dans notre pays, cette nouvelle régression du droit du travail aura des conséquences désastreuses sur la consommation et entraînera dans les années qui viennent une hausse importante du chômage.

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4. Cette loi correspond en réalité à la transposition dans le droit français d'un projet de la commission européenne. Le président de cette dernière, Jean-Claude Juncker, a d'ailleurs qualifié d'à peine suffisante cette réforme qui ne fait qu'appliquer un ordre du jour fixé en réalité à la commission. Cette loi traduit en réalité la domination politique concrète de l'Union européenne sur le cadre national. Mais, on peut s'interroger sur le sens qu'il y a aujourd'hui à s'aligner sur les volontés de la Commission européenne, alors que l'Europe, et c'est une évidence à la suite du sommet des dirigeants de l'UE à Bratislava vendredi 16 et samedi 17 septembre, est dans une crise profonde. Cette UE est à l'agonie, comme l'on vient de le constater avec le sommet de Bratislava, qui devait décider du futur de l'UE sans le Royaume-Uni. La lecture du communiqué final montre à quel point les pays sont divisés. Rien de sérieux n'est sorti de ce sommet, et cela n'est nullement étonnant. Les maux dont elle souffre, que ce soit en économie ou dans ses pratiques politiques, ne sont que la traduction directe de ce pourquoi elle a été construite.

5. Cette loi est une loi de régression sociale à l'échelle européenne. De ce point de vue, elle ne fera qu'aggraver la crise de l'UE. On voit bien, dans les différents pays de l'UE et de la zone Euro, se multiplier des mesures de régression sociale. La France y avait en un sens échappé. Elle est désormais contrainte de s'incliner et c'est le meilleur exemple que l'on pouvait choisir pour montrer la nature profondément réactionnaire du «  consensus européen  », défendu tant par le P «  S  » que par les «  Républicains  ». Le débat qui a eu lieu autour de la «  Loi travail  » a confirmé l'importance de la notion de souveraineté. Elle montre que la souveraineté est une condition nécessaire (mais certes pas suffisante) au développement d'un contexte social qui corresponde aux biens des habitants d'un pays. C'est une leçon que les français pourraient bien traduire dans leurs vote lors de l'élection présidentielle d'avril 2017.

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