Pourquoi les Etats-Unis sont-ils toujours en Syrie?

Quelques jours à peine après l’accord entre les Etats Unis et la Russie établissant le cessez-le-feu en Syrie pour suspendre le bombardement de toute cible excepté Daech, des frappes aériennes de la coalition internationale dirigées par les Américains ont bombardé l'armée syrienne.

Les Américains ont bombardé une nation en guerre avec Daech sur son propre sol — tuant 62 soldats et blessant 100 autres, selon les autorités russes. Le Ministère de la Défense russe a déclaré que Daech a profité de ce bombardement pour attaquer l'armée syrienne.

Invité : Jean-Louis Esquivié fut officier puis général de brigade de la Gendarmerie dans les années 1970. Il est commandant de Légion de Basse Normandie et des écoles de la Gendarmerie. Il s'implique grandement dans la lutte antiterroriste. Lieutenant-colonel en 1982, il fut notamment choisi par Christian Prouteau pour le seconder à la tête de la cellule antiterroriste de l'Élysée. Fondateur de l'Institut d'Etudes et de Recherche pour la Sécurité des Entreprises (IERSE), il est l'auteur de deux ouvrages et a écrit de nombreux articles sur le terrorisme et la géopolitique.

Bilan de l'intervention russe en Syrie?

J.-L. E. « On est obligé de se dire que l'intervention russe depuis un an a démontré au niveau de l'efficacité des choses dont on nous avait dit qu'elles n'étaient pas possibles avant, ça fait cinq ans que les Américains avec les Alliés bombardent Daech et finalement Daech gagne du terrain, on a même vu Daech arriver jusqu'à Palmyre. Palmyre est pour l'Occident un mythe. Et puis d'un seul coup, l'entrée de la Russie avec des moyens limités, ce n'est pas les moyens que les Américains ont pu mettre en Irak par exemple, avec des moyens limités brusquement, d'abord le terrorisme a été contenu, puis il a reculé, le terrain a changé, la peur a changé de camp, il y a bien d'autres choses, il y a l'implication de la Turquie mais l'intervention de la Russie a prouvé quelque chose, a déterminé un nouvel horizon, un nouvel espace stratégique en Syrie. »

Pourquoi la présence occidentale en Syrie n'a pas fait reculer Daech?

J.-L. E.: « La question qu'on peut se poser c'est pourquoi ce conflit a perduré? A qui profite le crime? Dans la mesure où ces pays se battent, sous un sigle par exemple entre les Sunnites et les Chiites. Tant qu'ils se battent, c'est un pays qui est inabordable aux autres, qui va permettre à force de se battre, de se détruire d'imaginer une autre configuration du pays, une balkanisation […] Les Etats-Unis ont une telle force qu'à la limite il n'y a pas un conflit au monde qu'ils ne peuvent pas régler […] et quand un conflit n'est pas réglé, c'est qu'ils ne veulent pas le régler. »

Comment ça se fait qu'on ne réussisse pas à régler le problème de Daech?

J.-L. E.: « Il y a une dimension spirituelle qui engrange des énergies qui n'étaient pas fondées avec Action Directe [….] Je pense que l'action de Daech contre le Père Hamel est le maximum de l'atrocité qu'ils pouvaient faire, c'était pas un meurtre global, Nice c'est beaucoup plus important mais le meurtre contre un prêtre, je pense que ça concerne le monde entier. […] On ne va pas arriver à la fin de Daech dans les mois qui viennent, on en aura peut-être pour dix ans mais je pense qu'ils ont été au maximum, ça ne veut pas dire la fin du terrorisme, il y aura d'autres formes de terrorisme ».

Qui seront les prochains proxys de l'Occident?

J.-L. E.: « Les Chinois ne peuvent pas se désintéresser du problème de Daech à cause des Ouighours […] Il va rester une petite Syrie, mais cette petite Syrie, il ne faut pas qu'elle ait le lien avec d'autres pays, notamment la voie asiatique, il va falloir peut-être la contenir à l'intérieur de l'Euphrate donc quel que soit les mouvements qui sont le long de l'Euphrate que ce soit Daech, al-Nosra, ou les rebelles, il faut qu'ils les contiennent. Ils sont tous liés. »

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