Devrait-on négocier avec les terroristes?

Devrait-on négocier avec les terroristes?
Le 2 octobre, le peuple de la Colombie votera sur un accord de paix entre le gouvernement et le groupe des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC).

Malgré leurs activités narcoterroristes et leurs liens avec les cartels, les enlèvements et la distribution de drogues qui finançaient leurs activités, et les meurtres de civils, l'accord verra le groupe se reconvertir en parti politique au sein du système. Serait-il une bonne idée ou un précédent dangereux dans de cette ère de terrorisme rampant ?

INVITES : Jean-Jacques Kourliandski est chercheur à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) sur les questions de l'Amérique latine et de l'Espagne. Il est diplômé en sciences politiques et docteur en histoire et consultant sur les situations relatives à ces régions auprès de l'administration publique et des entreprises. Il a notamment publié en 2011 l'ouvrage « Colombie de A à Z » paru aux Editions André Versailles.

Maurice Lemoine est journaliste spécialiste de l'Amérique latine et militant altermondialiste. Il est rédacteur en chef du Monde Diplomatique. Ancien rédacteur en chef de la Chronique d'Amnesty International, il a soutenu la révolution bolivarienne d'Hugo Chavez. Il a notamment écrit l'ouvrage au sujet des FARC, intitulé « Sur les eaux noires du fleuve » aux Editions Don Quichotte.

Maurice Lemoine : « Les FARC ne sont pas une organisation terroriste. Le conflit colombien est un conflit qui a commencé en 1948, les FARC sont nés en 1964 et elles ont été placées sur la liste des organisations terroristes en 2001, c'est-à-dire que le conflit avait bien commencé bien avant cette liste des Etats-Unis qui venaient de mettre en place le « plan Colombie » pour mettre fin à cette guérilla et en appui d'un président qu'on pourrait dire d'extrême droite, qui s'appelait Alvaro Uribe. On ne peut pas faire l'impasse sur la nature du conflit colombien  […] Est-ce qu'on négocie avec les terroristes, une réforme rurale intégrale, la participation politique, la fin des cultures illicites […] y compris la justice transitionnelle pour donner réparation aux victimes. Alors faire une comparaison entre Daech ou al-Nosra et les FARC n'a pas de sens. Les FARC ne sont pas un mouvement terroriste dans la mesure où ils n'ont jamais menacé le territoire des Etats-Unis, pas plus que le territoire d'un pays voisin, ils agissent dans le cadre d'un conflit interne et c'est un mouvement d'opposition armé.  »

Mais ils ciblent des civils quand même ?

Maurice Lemoine : « Si vous prenez l'ensemble des organismes de défense des droits humains […] tous au long des années, ont attribué 70 % des crimes commis en Colombie au terrorisme d'Etat et aux paramilitaires. Les FARC qui ne sont pas des enfants de chœur, on est dans un conflit armée, sont responsables d'environ 20 %. Après dans toute guerre, il y a évidemment des atrocités qui sont perpétrées d'un côté et de l'autre. Les FARC ont effectivement violé le droit humanitaire international. » « Aucun des pays d'Amérique Latine n'a considéré les FARC comme une organisation terroriste. »

Jean-Jacques Kourliandsky : « Dans chaque conflit, le terroriste c'est l'autre […] A l'époque d'Alvaro Uribe, on associait les FARC au trafic des stupéfiants et on avait forgé le mot de narcotrafiquants, on oubliait que le problème des stupéfiants  en Colombie concernait aussi la délinquance pure et dure, elle concernait aussi le paramilitarisme et elle concernait aussi l'appareil de l'Etat. »

Pourquoi y a t-il eu un changement de vocabulaire et de posture par rapport aux FARC Est —ce que le parallèle entre Daech et  les FARC est possible ?

Jean-Jacques Kourliandsky : « Aujourd'hui la Colombie est un pays urbanisé dont les revenus sont liés à cet type de répartition et les activités. Il y a eu une rupture de consensus au sein de l'élite colombienne, les élites modernes considèrent que cette guerre n'a plus de sens, qu'elle fait perdre 1 à 2 points de croissance économique à la Colombie qui est le pays d'Amérique Latine qui consacre la part de son PIB la plus importante aux dépenses de sécurité, de police et de défense  et que la Colombie aurait certainement beaucoup mieux à faire d'acheter des armes, c'est donc ce qui a poussé le président Santos à rechercher la voie d'un compromis avec les FARC. Quant aux FARC, il est évident que le projet initial qui était un projet de prise du pouvoir est totalement irréaliste. »

Est —ce que le parallèle entre Daech et  les FARC est possible ?

Maurice Lemoine : « Vous partez de présupposés qui ne tiennent pas debout, le problème colombien est un problème social au départ et aujourd'hui encore, et le contrôle des territoires par les FARC n'avait pas pour objectif d'établir un califat. »

Jean-Jacques Kourliandsky : « Je ne vois pas le rapport avec la situation en Syrie […]  Il n'y a pas de dimension religieuse dans le conflit colombien, il n'y a pas d'interférence étrangère […] La particularité du conflit colombien, y compris à la différence de ce qui s'est passé en Amérique Centrale, les FARC avaient gagné leur autonomie financière ce qui leur permettait d'être totalement indépendantes de toute forme de pression. »

Y a-t-il eu des relations entre les FARC et le financement étranger par le biais de la production et la vente de drogues ?

Maurice Lemoine : « S'il y a des forces étrangères en Colombie, ce sont les Etats-Unis, ils ont établi sept bases militaires en Colombie […] La Colombie est le premier producteur de cocaïne au monde et le premier pays consommateur ce sont les Etats-Unis. Il y a donc responsabilité partagée entre producteur et consommateur. »

Est-ce que l'accord va tenir ?

Jean-Jacques Kourliandsky : « Tout dépend de ce qui va se passer après. Apparemment les négociateurs ont tiré les leçons de ce qui fait ce que ça n'a pas marché en Amérique Centrale dans le sens que les anciens combattants n'ont pas reçu les formations, n'ont pas été réintégrés dans la société civile et se sont reconvertis dans ce qu'ils savaient faire c'est-à-dire les armes. Donc il y a tout un projet pendant six mois, dans 20 différents points de concentration, il va y avoir tout un travail qui va être fait avec les ex-combattants des FARC. »

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